Disparition d'Isabelle Andreani, grande Carmen du siècle dernier

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Le 3 juin dernier s’est éteinte à Toulon à l’âge de 95 ans la mezzo-soprano Isabelle Andreani, figure emblématique de Carmen qu’elle a marquée par son interprétation.

Née dans le sud de la Corse en 1923, elle est reçue à l’unanimité au concours d’entrée du Conservatoire de Marseille dans la classe de Jeanne Fourestier. Elle est remarquée pour les qualités naturelles de sa voix et ses Prix de chant et d’Art Lyrique. Elle est alors engagée à l’Opéra de Marseille et fait ses débuts sur scène dans Rigoletto où elle tient le rôle de Madeleine, avant de chanter Mignon dans l’œuvre éponyme d’Ambroise Thomas et Charlotte dans Werther. Elle sera par ailleurs Marina dans Boris Godounov de Moussorgski avant de devenir Carmen, son rôle le plus marquant.

Poursuivant sa carrière, elle se fait remarquer dans Lakmé dans le rôle de Malika aux côtés de Mado Robin qui lui conseille de se présenter à Paris où elle est engagée suite à une audition. Elle devient titulaire du rôle de Fatime dans Obéron de Weber, puis de celui de Carmen à la salle Favart. Elle incarnera l’héroïne sur de nombreuses scènes, comme à Nancy ou Lyon, mais on retiendra surtout sa participation (en alternance avec Jane Rhodes) en 1959 à la production de Raymond Rouleau qui sera donnée 367 fois au Palais Garnier jusqu'en 1970 et qui connaîtra plus de 450 reprises en deux ans en Europe. La production ira même jusqu’au Japon. Cette production marque l’Histoire de l’Opéra et la carrière d’Isabelle Andreani dont la notoriété explose alors. Elle poursuit sa brillante carrière parisienne dans des registres divers : Le Chevalier à la Rose, Les Indes Galantes, Zoroastre, Cosi fan Tutte, Eugène Oneguine, Dialogues des Carmélites où elle chante le rôle de Mère Marie, entre autres. 

Outre la scène, elle se distingue également dans l’exercice du récital grâce à sa diction irréprochable, tant dans les mélodies françaises que dans les Lieder de Schubert, Schumann et Brahms. Elle est également soliste à l’ORTF, aux concerts Colonne, Lamoureux et Pasdeloup, et épouse le chef d'orchestre Pierre Cruchon, sous la direction duquel elle enregistre en 1955 un disque consacré aux héroïnes de l'Opéra-Comique Charlotte et Mignon.

Toutefois, après la dissolution de la Réunion des théâtres lyriques en 1965, Isabelle Andreani débute une carrière de professeur de chant et d’Art Lyrique. Elle se voit nommée au Conservatoire National d’Aix en Provence puis s’installe à Toulon avec son époux (alors professeur au Conservatoire de Paris et auteur d‘une méthode renommée de hautbois), et devient professeur au Conservatoire de la ville. Après plusieurs mois d’hospitalisation, elle est décédée le 3 juin dernier et c’est un véritable deuil pour l’art lyrique, la ville de Toulon, et le personnage de Carmen qu’elle a tant marqué.

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