Disparition de Teresa Zylis-Gara

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C’est une grande perte que le monde lyrique connaît avec le décès de la soprano Teresa Zylis-Gara, considérée par beaucoup comme l’une des plus grandes cantatrices de la deuxième moitié du XXème siècle. Elle nous a quitté le 28 août, à l’âge de 91 ans, ainsi que l’a annoncé l’Opéra National de Varsovie. Ce dernier rend hommage à une cantatrice « incomparable au timbre envoûtant qui a conquis le public des salles de concert et des maisons d’opéra du monde entier ».

Teresa Zylis-Gara était née le 23 janvier 1930 à Landwarów, dans la voïvodie de Wilno en Pologne (l'actuelle Lentvaris en Lituanie). Elle a étudié à l’école supérieure de musique de Lodz dès l’âge de 9 ans et a gagné le premier prix au Concours de jeunes chanteurs polonais à Varsovie en 1954. Grâce à cela, elle chantait à la radio nationale de Pologne et collaborait comme soliste avec le Kraków Philharmonic. Deux ans plus tard, elle faisait ses débuts de chanteuse d'opéra à l'Opéra de Cracovie en interprétant le rôle-titre de Halka (de Moniuszko), avant d’y retourner l'année suivante, cette fois-ci en Cio-Cio-San dans Madame Butterfly de Puccini.

Elle a ensuite enchaîné les réussites : en 1958, la soprano remportait le deuxième prix au Concours de Toulouse, puis le troisième prix au Concours international de musique de Munich deux ans plus tard. Ce dernier prix lui ouvrait alors les portes de l’Allemagne, où sa carrière va particulièrement se développer les années suivantes. Elle signait d’ailleurs un contrat avec l’Opéra de Dortmund en 1962, et dès 1965, elle faisait ses débuts au festival de Glyndebourne en Octavian dans Le Chevalier à la rose de Richard Strauss, année durant laquelle elle a rejoint les principaux chanteurs du Deutsche Oper am Rhein à Düsseldorf.

L’année suivante marque une véritable percée dans sa carrière grâce à son interprétation de Donna Elvira dans Don Giovanni à l’Opéra de Paris, qui lui propose un contrat jusqu'en 1969. Elle était de retour à Glyndebourne en 1967 en tant que Donna Elvira, et faisait ses premiers pas à la Royal Opera House de Londres en 1968, alors en Violetta (La Traviata). La même année, elle a enchaîné les débuts : au Festival de Salzbourg dans le rôle de Donna Elvira, au San Francisco Opera le 8 novembre et au Metropolitan Opera le 17 décembre. Rudolf Bing, directeur de l’Opéra new-yorkais, a tout de suite été séduit et lui a également offert un contrat de long terme. Ainsi, en janvier 1970, Teresa Zylis-Gara interprétait sur cette même scène Pamina (La Flûte enchantée), puis a figuré sur la liste des artistes du Metropolitan Opera durant les quatorze saisons suivantes, multipliant les rôles : la comtesse Almaviva dans Les Noces de Figaro, Amelia dans Un bal masqué, Cio-Cio-San dans Madame Butterfly, Desdemona dans Otello, Elisabeth dans Tannhäuser, Elsa dans Lohengrin, Fiordiligi dans Così fan tutte, et bien d’autres. Son ultime apparition sur la scène du Metropolitan remonte au 31 mars 1984, dans le rôle-titre de Manon Lescaut, aux côtés de Vasile Moldoveanu (Des Grieux) et d'Allan Monk (Lescaut), sous la direction de Nello Santi.

Durant ces années, elle ne se cantonnait naturellement pas à la seule scène new-yorkaise, et Teresa Zylis-Gara est restée particulièrement active au Deutsche Oper Berlin et au Wiener Staatsoper. Elle a chanté chaque année au Royal Opera de Londres de 1976 à 1980, mais s'est produit également à La Scala de Milan, au Grand Théâtre de Varsovie, au Teatro Colón de Buenos Aires, au Teatro Real de Madrid, à l'Opéra lyrique de Chicago et encore au Théâtre Bolchoï de Moscou.

À la fin de sa carrière, le répertoire de Teresa Zylis-Gara comprenait pas moins de vingt-quatre grands rôles dans des opéras de Giuseppe Verdi, Richard Strauss, Giacomo Puccini, Wolfgang Amadeus Mozart et Ernest Chausson, et elle eut pour partenaires certains des plus grands noms de l’époque : Carlo Bergonzi, José Carreras, Franco Corelli, Fiorenza Cossotto, Plácido Domingo, Sherrill Milnes, Luciano Pavarotti, Ruggero Raimondi, ou Jon Vickers.

En 1980, Teresa Zylis-Gara partit s’installer à Monaco avant de rejoindre Lodz où elle s’est éteinte ce 28 août 2021. L’Opéra National de Pologne avait fêté ses 90 ans lors d'un gala, et elle laisse derrière elle une discographie témoin de son grand répertoire, enregistrée chez EMI, Deutsche Grammophon, Harmonia Mundi, Erato, ainsi que Polskie Nagrania.

Elodie Martinez

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