Crise et conflit social au Metropolitan Opera

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Alors qu'en France, on oscille entre espoir, attente et doutes quant à la réouverture des salles de spectacles dès mardi prochain, et que plus largement en Europe, des productions continuent à être proposées le plus souvent en streaming afin de permettre au monde musical de continuer à vivre, aux Etats-Unis, le Metropolitan Opera fait face à un tout autre problème. La maison new-yorkaise a en effet annulé l'intégralité de sa saison 2020-2021, entraînant des pertes financières lourdes, mais aussi des problématiques sociales et salariales : comment payer ses employés, et que sont-ils prêts à accepter comme sacrifice(s) ?

En mars, alors que l'on faisait face aux premières fermetures d'institutions sans encore avoir conscience de leur durée, le Metropolitan Opera avait choisi de demander un effort à son personnel, en diminuant le salaire de ses administratifs, voire en cessant de le rémunérer. Un choix toujours d'actualité, ce qui signifie concrètement que les employés de la maison new-yorkaise bénéficient toujours de leur couverture santé mais ne touchent plus aucun salaire depuis avril. Il faut dire qu’avec un déficit estimé à plus de 150 millions de dollars pour 2020 (pour un budget annuel de 312 millions de dollars), et une estimation de seulement 49 millions de dollars de recettes en 2021, la santé financière du géant lyrique américain n’est pas au beau fixe.

Néanmoins, sous la pression des syndicats face à ce qui pourrait presque s’apparenter à des congés sans soldes forcés, le directeur Peter Gelb a proposé aux salariés de rétablir leur rémunération, mais sous certaines conditions. Ainsi, dans le projet présenté fin novembre, les employés toucheraient à nouveau un salaire, mais significativement réduit pendant toute la période de fermeture de la maison, et même au-delà, le temps pour celle-ci de se remettre à flot. Une réduction d'abord de 30% avant d’être ramenée à 15%, le temps pour le Met Opera de retrouver un équilibre financier convenable, en sachant que selon Peter Gelb et quelques spécialistes, que la billetterie pourrait être affectée jusqu’en 2025.

De leurs côtés, les syndicats craignent notamment que ces baisses de salaire ne soient en réalité définitives, et que « l’approche opportuniste du Met cherche à vider définitivement nos contrats bien au-delà de la fin de cette crise. Nos adhérents n’ont aucun intérêt à brader leur avenir » (selon Len Egert, directeur exécutif de l’American Guild of Musical Artists – AGMA). S’en suit donc un conflit social auquel la maison new-yorkaise doit faire face.

D’ailleurs, suite au refus du plan de réduction salariale par les syndicats, le Met Opera a imposé une sorte de chômage technique à ses quelques 300 machinistes, alors que l'entreprise est placée sous le statut de lock-out (fermée par la direction le temps du conflit social). En effet, les représentants du personnel et plus particulièrement le syndicat des machinistes (Alliance internationale des employés de scène du théâtre – IATSE) ont estimé que cette réduction de salaire était bien trop importante. L’IATSE estime que « le Met veut que les travailleurs assument tout le poids » de la crise que rencontre la maison. Une contre-proposition a été formulée, mais sans être retenue par la direction. Et le conflit pourrait s’étendre aux musiciens, puisque le représentant au sein de la Fédération américaine des musiciens (AFM) a déclaré que son syndicat avait fait de son côté sa propre proposition de réductions salariales qui ne « déprécieraient pas le contrat des musiciens pour les décennies à venir ».

Un cas qui reste néanmoins exceptionnel puisqu’en effet, le New York Philharmonic et les musiciens qui le composent se sont mis d’accord sur un nouveau contrat de travail de quatre ans, durant lequel les musiciens toucheront 75 % du barème minimum jusqu’à la fin de l’exercice 2023, puis 80 % pour les six premiers mois de 2013, et 90 % après cela. Plus tôt en septembre, le Boston Symphony Orchestra avait été parmi les premiers à annoncer la mise en place d’un nouveau protocole jusqu’en août 2023, durant lequel les musiciens ont accepté une baisse de salaire de 37% la première année. Sans oublier les musiciens de l’Orchestre de Philadelphie qui ont accepté une baisse de 25% de leur salaire de manière rétroactive (en remontant au 12 septembre), mais uniquement jusqu’à mi-mars 2021. A voir d’ici là comment la crise sanitaire et sociale évoluera, y compris au sein du Metropolitan Opera.

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