2024 : l'année de Pesaro et du Festival Rossini

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Pesaro a été déclaré Capitale italienne de la culture 2024, mettant la ville au premier plan ainsi que son patrimoine culturel et, naturellement, son célèbre festival Rossini. Pesaro succède à Bergame et Brescia – les deux municipalités ayant été retenues en 2023 – et ajoute ce nouveau titre à celui de l’Unesco qui l’avait reconnue comme ville créative de la musique. Une brève présentation se tenait à l'Institut Culturel Italien de Lyon hier soir afin de communiquer sur le sujet, avant de laisser place à un court concert de Chiara Tirotta et Alessandro Uva en avant-goût du festival.

Le titre de Capitale italienne de la culture 2024

Le titre de Capitale italienne de la culture existe depuis 2014 et prévoit, entre autres, un million d'euros de financement public. Il fut créé afin de valoriser le patrimoine culturel et paysager, ainsi que d’améliorer les services destinés aux touristes. On comprend donc que les candidatures ne manquent pas, et dix villes ont dû jouer des coudes pour se retrouver sur la liste des finalistes : Ascoli Piceno, Chioggia, Grosseto, Mesagne, Pesaro, Sestri Levante avec Tigullio, Siracusa, Unione dei Comuni Paestum-Alto Cilento, Viareggio et Vicenza. Avant Pesaro, Bergame et Brescia, il a déjà récompensé Mantoue en 2016, Palerme et Parme en 2020.

Le dossier de la ville de Pesaro a donc conquis le jury : « La ville de Pesaro offre au pays une excellente candidature basée sur un projet culturel qui valorise un territoire déjà extraordinairement riche de témoignages historiques et précieux au niveau environnemental, en favorisant aussi l’intégration, l’innovation, et le développement socio-économique ». Ville balnéaire de la région des Marches, au bord de la mer adriatique, Pesaro multiplie les attraits, entre paysages, gastronomie et bien sûr, musique classique.

Le Festival Rossini 2024

On se doute qu’un tel titre promet une 45ème édition du Festival Rossini un peu particulière et qui gagne en importance, plus longue que d’habitude, du 7 au 23 août 2024. Si le programme avait déjà été esquissé l’été dernier, les détails sont à présent connus, notamment les distributions attendues qui devraient plaire au public italien, mais aussi étranger – ce dernier représentant 65 % du public de l'événement, dont une bonne partie de Français.

C’est par une nouvelle production de Bianca e Falliero que débuteront les festivités, dans une mise en scène de Jean-Louis Grinda et sous la baguette de Roberto Abbado. Jessica Pratt et Aya Wakizono interpréteront les rôles-titres face à la Costanza de Carmen Buendia, au Priuli de Nicolo Donini, au Contareno de Dmitry Korchak ou au Capellio de Giorgi Manoshvili. Suivra à partir du 8 août Ermione, dirigée par Michele Mariotti et mise en scène par Johannes Erath. C’est à Anastasia Bartoli qu’incombera le difficile rôle-titre, mais la soprano italienne – fille de la cantatrice Cecilia Gasdia, première femme nommée à la tête des Arènes de Vérone – devrait nous réserver une belle surprise. Elle nous avait particulièrement marqué dans Macbeth à Marseille et a fait ses premiers pas à Pesaro l’été dernier dans Eduardo e Cristina. Dans cette nouvelle production, elle devra faire face à l’Andromaca de Victoria Yarovaya, au Pirro d’Enea Scala ou encore à l’Oreste de Juan Diego Florez.

L'equivoco stravagante imaginé par Moshe Leiser et Patrice Caurier en 2019 reviendra sur scène, sous la direction de Michele Mariotti. La distribution comprendra Maria Barakova (Ernestina), Nicola Alaimo (Gamberotto), Carles Pachon (Buralicchio), Pietri Adaini (Ermanno), Patricia Calvache (Rosalia) et Matteo Macchioni (Frontino). Le Barbier de Séville de 2018, signé par Pier Luigi Pizzi, sera lui aussi repris cette fois-ci sous la baguette de Lorenzo Passerini. Le public pourra compter sur le baryton polonais Andrzej Filonczyk pour briller en Figaro, tandis que Maria Kataeva« Isolier superlatif » ici-même en 2022 – devrait être une Rosina pleine de ressources. Quant à Carlo Lepore, on se souvient encore de son Don Pomponio mémorable, et il nous tarde de le retrouver en Bartolo face au Comte Almaviva de Jack Swanson, que nous avions également entendu au festival en 2022.

Sous la baguette de Diego Matheuz, Le Voyage à Reims viendra clore cette édition dans une version de concert, 40 ans après la première direction moderne de l’œuvre par Claudio Abbado. Une retransmission en direct sera proposée sur la Piazza del Popolo afin d’entendre la distribution réunissant Vasilisa Berzhanskaya, Dmitry Korchak, Karine Deshayes, Jack Swanson, Sara Blanch, Vito Priante, Erwin Schrott, Nicola Alaimo, Maria Barakova et bien d’autres.

Le rare Il vero omaggio sera lui aussi proposé en version de concert le 15 août avec Sara Blanch, Victoria Yarovaya, Ruzil Gatin et Alejandro Baliñas Vieites. Ce dernier sera également présent pour la Messa di Ravenna le 11 août, aux côtés de Jorge Juan Morata et Tianxuefei Sun. Enfin, un concert instrumental « Rossinimania » sera proposé le 22 août.

Chiara Tirotta et Alessandro Uva en avant-goût du festival

Afin de parfaire la présentation d’hier – toutefois très lacunaire sur le festival – nous avons eu la chance et le plaisir d’entendre la mezzo-soprano Chiara Tirotta accompagnée au piano par Alessandro Uva dans différents airs de Rossini. Il faut bien entendu replacer ce concert dans le contexte de la soirée et dans la salle de l'Institut Culturel Italien, loin d’être une salle de spectacle. Si la cantatrice a su intégrer sa voix au lieu, le jeune pianiste s’est pour sa part quelque peu laisser emporter en oubliant la taille de la pièce et en offrant un accompagnement pas toujours en adéquation à la mesure de l’interprétation vocale : bien qu’il ne soit pas dépourvu, il n’a pas pour autant été un modèle de nuances. Le public présent est toutefois ressorti ravi, ce qui demeure le principal.

La mezzo-soprano était présente au festival en 2022, et a fait partie des demi-finalistes du concours Operalia en 2018. Après un vibrato légèrement trop présent dans les toutes premières notes de la soirée, la cantatrice a délivré une voix claire dans « Il Rimprovero » avant d’entamer le célébrissime « Una voce pocco fa » – parasité par des discussions dans la salle que l'artiste à ignorer avec sagesse –, laissant aller un très beau port de voix et de beaux effets. L'extrait « Oh patria ! Tu che accendi questo core » (Tancredi) a été très bien relevé par Chiara Tirotta, malgré le fait que le pianiste ne soit pas toujours en adéquation avec ses intonations plus nuancées, mais l’équilibre entre les deux artistes se retrouve pour « La danza » qui suit avant l’ultime air « Nacqui all’affanno, e al pianto » (La Cenerentola) et un bis : « Cruda sorte ! » (L'italiana in Algeri).

Un petit concert très agréable, en forme d’amuse-bouche du gargantuesque banquet que sera le festival Rossini de cette année, cerise sur le gâteau pour Pesaro, capitale italienne de la culture 2024.

Elodie Martinez
(Lyon, le 16 janvier 2024)

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