Un Hansel et Gretel bicéphale à l’Opéra national du Rhin

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Hänsel und Gretel, le conte théâtral d’Engelbert Humperdinck, star de la programmation des maisons d’opéra germanophones pendant les fêtes de fin d’année, était le titre choisi par l’Opéra national du Rhin pour vibrer au rythme des marchés de Noël de la région, aux côtés d’une adaptation en français (Gretel et Hansel) pour un plus jeune public. Or l’extension d’au moins trois semaines de la fermeture des salles de spectacle n’a pas permis à Strasbourg de faire représenter les dates prévues, et les dernières annonces du porte-parole du gouvernement tout comme le nouveau couvre-feu à 18h dans le Grand Est ont déçu encore une fois le moindre espoir de spectacle vivant. Quatre chaînes locales (Alsace 20, Canal 32, viàVosges et viàMoselle) ont toutefois pu diffuser le spectacle, capté en décembre place Broglie.

Cette nouvelle production signée Pierre-Emmanuel Rousseau offre son lot de bonnes surprises, mais aussi de raccourcis légèrement bâclés. Si l’illustration de la misère, dans le bidonville du premier acte, et du glamour dans le III font mouche, on reste davantage sur sa faim dans la partie de la forêt (qu’on imaginait avec plus de substance que ces rachitiques toiles éclairées sans imagination), ou dans le finale de l’œuvre (la cuisson incompréhensible de la sorcière et la libération des enfants). La structure scénographique semble n’avoir pour seul objectif que de culminer avec le show de la sorcière (le passage le plus attendu et réussi), ici une pédophile cloîtrée dans son palais des glaces forain et se rêvant en Marlene Dietrich. Pierre-Emmanuel Rousseau remplit alors le plateau d’un maximum d’éléments et utilise les différents niveaux de décor avec ingéniosité. L’idée d’un Marchand de sable et d’une Fée rosée employés par la maléfique sorcière reste une lecture intéressante, mais finalement peu développée, car l’armada de sbires lubriques prend un peu trop de place. Malgré ses imperfections et ses transitions scéniques un peu lourdes, cette vision fait battre le pouls du spectacle vivant, comme un concept en voie d’extinction, entre les deux enfants s’émerveillant devant un monde de cirque et de cabaret, et la sorcière s’accrochant dans l’idéal d’un personnage qu’elle n’est plus ou ne sera jamais. Par les temps qui courent, il ne faut pas l’oublier…

La distribution ne souffre aucune faiblesse. Markus Marquardt est un père gai luron, dont la tournure de prosodie suit l’humeur changeante dans une sévérité à demi-mot. Il s’inquiète pour ses enfants dans un superbe timbre mouillé, et songe à la sorcière dans une dimension haletée. La mère impulsive d’Irmgard Vilsmaier sait lâcher prise en confessant la fatigue et le désarroi de sa situation précaire, et Hélène Carpentier s’avère apaisante sur tous les registres de ses deux bulles d’air en Marchand de sable et en Fée rosée. Le numéro de Spencer Lang recueille tous les suffrages : perché sur ses talons, il s’amuse comme un petit fou (comme dans Princesse Czardas à l’Opernhaus Zürich en début de saison) à s’adonner aux chorégraphies outrancières et au pole dance de la sorcière, fort d’une ligne vocale constamment magnétique. Anaïk Morel, qu’on avait déjà applaudie en 2018 à l’Opéra national du Rhin dans Werther, a la voix coussinée d’un Hansel accompli, au legato délectable. Élisabeth Boudreault paraît étonnamment avoir l’âge de Gretel. Sœur courage et résolue, légère et enchanteresse, elle affirme la peur comme une tragédienne, restituant à la perfection la spontanéité de l’enfance.

La version de la partition pour orchestre de chambre inspire à Marko Letonja une interprétation élégante, contenue de gloutonnerie. Le directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg guide ce dernier sans paysannerie, avec un grand travail de variété des détachés. Il sort du carcan attendu du conte pour livrer une fresque musicale minute par minute, soucieuse de développements instantanés. Malgré des violons parfois un peu rêches, les instrumentistes soutiennent vigoureusement le chef au cours de l’œuvre. 2020 est terminée, on les retrouvera bientôt…

Thibault Vicq
(alsace20.tv, 30 décembre 2020)

Hansel et Gretel, d’Engelbert Humperdinck, annulé à l'Opéra national du Rhin (Strasbourg et Mulhouse)

Gretel et Hansel, (adaptation française de Hansel et Gretel, dirigée par Vincent Monteil et mise en scène par Jean-Philippe Delavault, avec les artistes de l’Opéra Studio), théoriquement à l’Opéra national du Rhin les 23 et 24 janvier (Colmar)

© Klara Beck

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