Un beau et énigmatique Werther à l'Opéra national du Rhin

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Étrennée à l’Opéra de Zurich l’an passé, la production de Werther que propose actuellement l'Opéra national du Rhin est due à la metteure en scène allemande Tatjana Gürbaca, dont nous avions plutôt aimé le Vaisseau fantôme à l’Opéra de Flandre la saison passée, malgré les nombreuses interrogations et « zones d’ombre » dont sa mise en scène était émaillée. Sa lecture du chef d’œuvre de Jules Massenet n’est pas exempte non plus de nombreuses scènes ou personnages mystérieux, comme la présence appuyée de vieillards (en solo, en duo ou en groupe) à certains moments-clés du drame. Un drame qui se déroule ici dans l’espace clos d’un grand séjour en bois clair, truffé de chausse-trappes dans le sol ou dans les parois d’où apparaissent – et se volatilisent pareillement – les différents protagonistes (et un certain nombre de comédiens vêtus de manière festive…). Symbole de l’enfermement psychologique des deux principaux personnages, il n’y a qu’à la toute fin de l’ouvrage que les parois du décor s’ouvriront toutes ensemble – pour laisser entrevoir une onirique image de la Voie lactée d’où émerge bientôt la Terre (photo) –, vision aussi belle qu’énigmatique…

Familier du rôle(-titre), le ténor italien Massimo Giordano offre – dès son entrée en scène – l’incarnation même du Sturm und Drang goethéen. Que faut-il admirer le plus ? L’extraordinaire maîtrise vocale, la sûreté de l’émission, la qualité de la diction, la perfection du style, la science des sons filés ou encore sa capacité à transformer sa voix en un moyen d’expression d’une magie irrésistible ? S’il ne fallait retenir qu’un seul instant de son incarnation, ce serait la phrase « Mais comme après l’orage… ». Il obtient un triomphe amplement mérité au moment des saluts.

Dans le rôle de Charlotte, la mezzo française Anaïk Morel ne lui cède en rien, faisant valoir un timbre aussi homogène que superbe, ainsi qu’un volume et une ampleur impressionnants. Et si la sobriété de la ligne de chant n’est pas toujours respectée, on ne le lui reprochera pas car sa Charlotte à quelque chose de fondamentalement voluptueux, ce qui ajoute de la crédibilité à la passion dévastatrice du héros. Nous trépignons d’impatience de la retrouver dans le rôle de Carmen le mois prochain à l’Opéra de Montpellier, où la flamboyance de sa voix et de son tempérament devrait en faire une héroïne idéale pour le chef d’œuvre de Bizet.

Doté d’une belle, ample et sonore voix de baryton, mais aussi de solides dons d’acteur, Régis Mengus campe un Albert stylé et élégant. La voix de la jeune Jennifer Courcier (Sophie) est aussi ensoleillée que l’astre qu’elle célèbre, tandis que Kristian Paul possède toute la noblesse et la faconde requises par le personnage du Bailli. Enfin, Loïc Félix (Schmidt) et Jean-Gabriel Saint-Martin (Johann) forment un duo cocasse des plus réjouissants.

Dernier motif d’enthousiasme, la baguette de la cheffe française Ariane Matiakh. Placée à la tête de l’Orchestre Symphonique de Mulhouse, elle offre une direction vibrante et passionnée qui rend pleinement justice à la partition de Massenet, avec une tension dramatique sans faille, qui ne se fait cependant jamais au détriment de l’équilibre fosse/plateau. Elle est indéniablement une des bonnes raisons de courir écouter ce Werther à l’Opéra national du Rhin !

Emmanuel Andrieu

Werther de Jules Massenet à l’Opéra national du Rhin, jusqu’au 4 mars 2018

Crédit photographique © Klara Beck
 

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