La machine Macbeth s’enraye à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège

Xl_e._plonka_-_m._desole_-_g._buratto_-_l._micheletti__c__j_berger_orw-li_ge © J. Berger ORW-Liège

Les nouvelles productions de Macbeth de Verdi ont le vent en poupe en ce début de saison. Après celui de la Hamburgische Staatsoper et avant celle du Metropolitan Opera (diffusée dans les cinémas le 17 octobre) et de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen, au tour de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège de se positionner. Hélas, les valeurs sûres n’alimentent pas toujours comme on l’imaginerait la machinerie dramaturgique de ce chef-d’œuvre de jeunesse…

Le directeur musical Giampaolo Bisanti, en place depuis 2022, connaît son orchestre, connaît Macbeth, connaît Verdi. Cependant, il semble à courts d’idées pour apporter du relief en dehors des coups de timbales et des forte belliqueux. Il ne révèle que le résultat, et en omet le raisonnement qui y mène. Macbeth est une route sinueuse de la peur ; le chef ne fournit que des jump scares. On est loin du panache de sa Traviata de 2024, qui lançait des motifs en rampes de décollage et dont le point de vue changeait constamment de camp. En cette rentrée, il trouve peu de matière entre la tendresse du grain de son et les saillies trop massives. Peu de climats peuplent les lignes (sauf peut-être celles à l’unisson avec les chanteurs), encore moins l’entre-les-lignes. La musique n’avance pas ; quelque chose contribue toujours à la bloquer. L’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège en est probablement partiellement responsable : vibrato abusif chez les violons, cuivres despotiques qui engloutissent tout espoir de tuilage, et micro-retards partout dans l’horlogerie rythmique, au-delà de la justesse imparfaite des pupitres (notamment des violoncelles-contrebasses). La dynamique chétive de la soirée, et ce dès le Prélude, n’aide en rien à certifier Macbeth dans sa dialectique de l’angoisse.

Macbeth - Opéra Royal de Wallonie-Liège (2026)
Macbeth - Opéra Royal de Wallonie-Liège (2026) (c) J. Berger ORW-Liège

À force d’auto-référencement, Stefano Poda s’auto-parodie, à l’instar des intelligences artificielles qui se nourrissent du contenu qu’elles génèrent. Son décor en portes, escaliers, et étagement de corps pétrifiés plagie son propre Ariane et Barbe-Bleue de Toulouse. Ses notes d’intention ne changent guère d’un spectacle à l’autre, et de Macbeth, il n’a rien à commenter de neuf. Seul lui importe de rester fidèle à son univers à lui, à ses marottes, à son esthétique, plutôt qu’à l’opéra qu’il est censé servir. On l’a en revanche connu plus travailleur sur les lumières et les effets. La vague tiédeur générale (hormis ses chorégraphies de « danse contemporaine » (sic), d’un risible assez catégorique), telle sortie d’une publicité vintage pour shampoing, est de surcroît engoncée dans des stéréotypes des années 70. Son théâtre fait semblant de jouer, d’être là, dans une tragique succession de vains tableaux qui ne savent même pas ce qu’ils racontent. En stratégie de l’évitement, on n’aurait pas pu faire pire.

L’habituellement solide Chœur de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège peine à tenir le tempo et à se dépêtrer de son hétérogénéité dans la projection. Toutefois méritant pour sa présence décidée, il finit la représentation fatigué. En Lady Macbeth, Ewa Płonka superpose enveloppe vocale robuste et dentelle d’articulation musicale. Elle se veut conquérante un peu trop tôt, puis se trouve par la suite coincée dans une incertitude du caractère. En tentant des ruptures dans sa phrase, en restant très précautionneuse, elle n’aboutit parfois pas aux ambitions de chant auxquelles elle aspire dans ce rôle. Gianluca Buratto tient rigoureusement les rênes de Banco dans un squelette prosodique sans détours, même s’il n’en soigne pas toujours la netteté. Malgré une petite tendance à ralentir sur ses interventions, Matteo Desole a la vigueur demandée par Macduff. Luca Micheletti est quant à lui le meilleur garant de la mécanique verdienne dans ce spectacle. Son Macbeth guerrier au récitatif schizophrénique valorise le feu de l’action, avant de se rendre compte de la gravité des faits. L’inclination à la finesse spontanée et mesurée lui fait porter une large panoplie des matières de l’épouvante, où la confusion des masques concorde avec une beauté de timbre et d’émission.

Thibault Vicq
(Liège, 18 septembre 2026)

Macbeth, de Giuseppe Verdi, à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège jusqu’au 26 septembre 2026

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