Un Lohengrin de rêve à l'Opéra de Saint-Etienne

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Après Angers Nantes Opéra en début de saison, c’est au tour de l’Opéra de Saint-Etienne de relever – avec tout autant de brio – le défi d’un titre comme celui de Lohengrin de Richard Wagner. Défi d’autant plus grand que l’efficace duo Eric Blanc de la Naulte et Jean-Louis Pichon - directeur général et artistique (pour le premier) et Conseiller aux voix (pour le second) de l’institution rhône-alpine - a réuni une distribution entièrement française, à l’exception du rôle-titre (suite au départ de Jean-Noël Briend qui devait initialement incarner le chevalier au cygne). La mise en scène très sombre (à l’instar de sa récente Tosca marseillaise) de Louis Désiré a pour grande vertu de permettre aux chanteurs, dirigés avec beaucoup de soin, de s’exprimer pleinement. L’homme de théâtre français renoue avec la sobriété et l’élégance qui sont les vertus cardinales de son travail scénique, et il a eu la judicieuse idée de s’entourer à nouveau du talentueux Patrick Méeüs pour les lumières (irréelles) du spectacle. Avare en décors encombrants, la scénographie ne comprend guère que deux grands cubes qui viennent souligner l’antagonisme des deux couples : un fatras d’armures, de lances et d’épées pour le duo belliqueux et malfaisant que constituent Telramund et Ortrud, et un amoncellement de livres anciens pour les garants de la beauté, de la vertu et du savoir que représente le couple Elsa/Lohengrin. Désiré signe là un spectacle d’une rare beauté et d’un intense pouvoir de suggestion, qui oppose également l’obscurité du monde terrestre et la blancheur aveuglante du symbole de l'au-delà que représente le cygne – incarné ici par un ange blond omniprésent (mais muet) pendant toute la soirée.

La soprano française Cécile Perrin maîtrise ce soir bien mieux son vibrato que de coutume et fait montre d’une technique sûre, d’un timbre agréable et d’aigus d’une belle netteté. Son Elsa est cependant un personnage en retrait, sans véritable caractère, se positionnant trop en victime. Face à elle, il est vrai, à la fois cobra (avec ses morsures fatales) et python (qui s’enveloppe lentement autour du corps d’Elsa), notre soprano wagnérienne nationale Catherine Hunold incarne (à nouveau) une électrisante Ortrud (après sa prise de rôle à Angers Nantes Opéra en septembre dernier). Son assurance et son engagement sont tels qu’elle occupe sans peine toute la scène. Du côté des hommes, le ténor autrichien Nikolaï Schukoff apporte à Lohengrin un timbre plus sombre que celui qu’on entend d’habitude dans cette partie (hors Kaufmann bien entendu…). Négociant sa difficile entrée avec autant d’aisance que d’élégance, il aborde le récit du Graal avec des ressources intactes et un sens du mystère poignant. On descend malheureusement d’un cran avec le Telramund du baryton français Laurent Alvaro qui – outre un allemand parfois exotique – accuse de sérieuses baisses de tension au cours de la soirée. Quant à la basse française Nicolas Cavallier – dont nous venons de recueillir une interview –, il campe un Roi aux accents rayonnants et au legato de violoncelle, tandis que le jeune baryton Philippe-Nicolas Martin, déjà présent à Angers, incarne un héraut plein d’énergie.

Dernier bonheur de la soirée, la direction musicale du chef français Daniel Kawka qui tient la formation orchestre et chorale (80 instrumentistes et 60 choristes !) d’une main de fer, ne leur permettant aucune incartade. A la splendeur des cordes, il allie la justesse des cuivres, portant la phalange stéphanoise au niveau des meilleures formations de l’hexagone (et même au-delà…). Il fait également ressortir à merveille les tensions conflictuelles des protagonistes, la rage obsessionnelle du désespoir d’Elsa, sa névrose, sa rage existentielle. Avec une nervosité, une acuité, voire une violence unique. Qui oserait dire que la France n’a pas de grands chefs ?

Emmanuel Andrieu

Lohengrin de Richard Wagner à l’Opéra de Saint-Etienne, jusqu’au 13 juin 2017

Crédit photographique © Cyrille Cauvet 

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