Semiramide à l'Opéra de Lyon (Version concertante)

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Disons-le sans ambages, la « fébrilité » que nous évoquions à la fin de notre dossier sur Semiramide en début de semaine s'est fracassée contre le mur de la réalité à l'issue de la deuxième et dernière représentation lyonnaise de l'ouvrage : les chanteurs réunis à Lyon (hors Osborn) - mais le chef surtout - ne se sont pas montrés à la hauteur de l'enjeu que constitue une exécution (ici sous forme concertante) du chef d'œuvre seria du Cygne de Pesaro. 

Après avoir interprété le rôle de Norma ici-même la saison dernière, Elena Mosuc déçoit dans le rôle-titre : la soprano roumaine manque singulièrement de puissance, de largeur et de charisme. Son grand air à l'acte I « Bel raggio lusinghier » met en exergue dès le début toutes les insuffisances techniques et les limites de la cantatrice, dont le chant se montre bien avare de couleurs comme d'expressivité. Souvent à bout de souffle, elle peine par ailleurs dans les vocalises, émet quelques aigus à la limite de la justesse, accuse de problématiques changements de registre, et ses notes graves, enfin, s'avèrent bien souvent inaudibles.

Sa compatriote Ruxandra Donose, si elle possède un timbre superbe, n'a pas exactement l'aura d'Arsace, ni l'ampleur et la couleur vocale requises par son personnage. Elle témoigne néanmoins d'une assez bonne préparation vocale et stylistique, avec un sens efficace de la déclamation, et une certaine habileté à déjouer les pièges les plus redoutables. Rôle qu'il interprète à la scène depuis plus de vingt ans – le rédacteur de ces lignes se souvient avec émotion de sa participation à la Semiramide marseillaise de 1997, aux côtés de Gasdia, Blake et Dupuy... - l'Assur de la basse italienne Michele Pertusi a malheureusement beaucoup perdu de sa superbe d'antan, l'autorité et la puissance naguère admirées chez ce chanteur n'étant plus qu'un lointain souvenir. La rigueur du cantabile et le souci des nuances trouvent néanmoins, eux, un bel aboutissement dans sa superbe scène de la folie « Dehti ferma, ti placa » (mais il s'efffondre dans la cabalette...).

Alors qu'il est le seul, ce soir, à rendre véritablement justice aux exigences du belcanto (et de quelle éclatante manière !), le formidable ténor américain John Osborn – frénétiquement applaudi par nous le mois dernier en Des Grieux à l'Opéra de Lausanne – se voit misérablement réduit, à Lyon, au statut de simple comprimario, suite à la suppression pure et simple de son premier air « Dovè, dov'è il cimento », et au raccourcissement - nous semble t-il - de son second : « La speranza più soave ». Dans ce dernier, il nous régale de sa technique prodigieuse, d'un chant dosé avec un raffinement extrême, d'incroyables sauts de registre...et d'un contre-Mi émis fortissimo - et longuement tenu - qui a légitimement fait délirer d'enthousiasme le public !

Enfin, la basse belge Patrick Bolleire se confirme plus qu'une promesse dans Oroe, par une couleur intéressante et une technique en constants progrès, tandis que le chœur maison - désormais confié aux bons soins de Gianluca Capuano - s'avère magnifique de précision et d'engagement (comme toujours).

La direction d'Evelino Pido constitue l'autre grande déception de la soirée. A la tête d'un orchestre inhabituellement somnolent, sa lecture scolaire, lente et routinière innerve la sublime partition de Rossini de tout poids dramatique, et transforme la soirée (de près de quatre heures) en un long pensum.

Bref, le « miracle » rossinien de la semaine précédente à l'Opéra de Marseille ne s'est pas reproduit à celui de Lyon !

Emmanuel Andrieu

Semiramide de Rossini à l'Opéra de Lyon (les 18 & 20 novembre) et au Théâtre des Champs-Elysées (le 23 novembre).

Crédit photographique © Suzanne Schwiertz   

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