Marie Claude Chappuis clôture (en Mélodies) la première édition du Festival Lucens Classique

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Il en fallait de l’audace et du courage pour, en pleine pandémie, créer un nouveau festival de musique classique : le Festival Lucens Classique ! C’est pourtant le rêve fou (et le pari réussi !) que viennent de réaliser deux jeunes et enthousiastes musiciens suisses – le chef d'orchestre Guillaume Berney et le violoniste Guillaume Jacot – dans le somptueux écrin que constitue le Château de Lucens dans le canton de Vaud en Suisse. Et à l’instar de ce qui se fait déjà dans plusieurs festivals dans le Bordelais et en Bourgogne, les deux compères ont eu l’idée de mélanger musique classique et gastronomie, pour une expérience multisensorielle. Ainsi, avant et après (voire pendant) chaque concert, des mets et vins choisis par le chef Xavier Bats sont servis aux convives tantôt dans la magnifique cour du château médiéval, tantôt directement dans la grande salle d'apparat où se déroulent les concerts.

Après deux concerts de musique de chambre les vendredi et samedi (dont un avec l’excellente violoncelliste française Camille Thomas), le concert de clôture du dimanche 25 juillet accueillait la mezzo suisse Marie-Claude Chappuis, accompagnée par le pianiste helvète Christian Chamorel, pour un récital dédié à la Mélodie française. Et c’est par un air de cour (« Amis, enivrons-nous ») que la cantatrice fait une spectaculaire entrée depuis la cour vers la somptueuse pièce principale du château, se faufilant au milieu des tables dressées pour un premier plaisir des sens. La chanteuse y fait valoir une diction d’époque plus vraie que nature, tandis que son compagnon de route excelle dans la confection d’un tapis sonore d’une égale subtilité. Un talent que les auditeurs auront la chance de goûter par deux fois durant le concert, grâce à deux extraits des fameuses Romances sans parole de Felix Mendelssohn, dans lesquelles le pianiste fait « chanter » son piano : le son y est généreux, le toucher très juste, et les tempi toujours judicieusement choisis. C’est par Gabriel Fauré que la chanteuse débute son voyage dans la Mélodie du début du XXème siècle, avec notamment le célèbre « Après un rêve » de Gabriel Fauré, où l’on peut admirer tant la souplesse de sa ligne de chant, ici déroulée sans aucune afféterie, que sa prononciation irréprochable, sa tessiture étendue dans l’aigu ou son très beau legato, toujours soutenu par le piano très poétique et riche en couleurs de Chamorel. Les airs d'Erik Satie qui suivent (« La Diva de l’empire » ou « Je te veux ») introduisent une note d’humour dans le concert, ces morceaux faisant la part belle à des textes, aphorismes et réflexions extrêmement originaux et drôles du génial compositeur français. A noter que dans un souci de pédagogie, les artistes présentent chacun leur tour les morceaux qu’ils interprètent, offrant des clés de compréhension pour le public.

La seconde partie du concert, après de nouveaux plaisirs bien terrestres, est entièrement consacrée à des extraits d’opérettes de Jacques Offenbach et des Mélodies de Francis Poulenc. Dans l’air de la Griserie extrait de La Périchole ou le fameux « Dis-moi Vénus » (La Belle Hélène), elle fait étalage de ses dons de comédienne autant que de panache vocal, avec un registre grave étoffé et une extension dans l’aigu qui n’a rien perdu de sa superbe. Quant aux sublimes Mélodies de Poulenc, elles sont elles aussi délivrées avec une élocution parfaite, sans affectation et sans emphase, restant aussi spontanée que naturelle. C'est sur un fil qu'elle distille Hôtel ou Les Chemins de l'amour : dans cette dernière mélodie, la reprise en mezza voce sur un tempo extrêmement lent est absolument magnifique. En bis, la mezzo livre un émouvant « Mai » de Gabriel Fauré sur un poème de Victor Hugo, pour lequel elle est chaleureusement applaudie (ainsi que son pianiste) par un public qui n’a plus ensuite qu’à se laisser chouchouter avec une troisième et dernière série d’agapes !

Emmanuel Andrieu

Marie-Claude Chappuis en récital au Festival Lucens Classique, le 25 juillet 2021

Crédit photographique © Emmanuel Andrieu

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