La Clemenza di Tito à l'Opéra National du Rhin

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Comme cinquième titre d'une saison jusqu'à présent particulièrement réussie, l'Opéra National du Rhin frappe à nouveau très fort avec cette nouvelle production de La Clemenza di Tito de W. A.  Mozart, signé par la talentueuse metteure en scène allemande Katharina Thoma. Cette dernière transpose l'action dans l'Italie post-fasciste des années cinquante, période d'une permanente agitation sociale, comme vient le souligner le Chœur (le peuple) qui n'accepte pas le pardon accordé par Titus à son ami Sesto (après l'attentat qu'il vient de commettre contre sa personne), agitant des pancartes où sont inscrits des slogans comme « Justice pour les victimes » ou « La loi est la même pour tous ». Katharina Thomas l'entend également ainsi qui fait se suicider Sesto à la toute fin du spectacle, après qu'il ait arraché l'arme d'un membre des forces de l'ordre pour la retourner contre lui...

La production bénéficie aussi d'un superbe et efficace dispositif scénique, composé d'une plaque tournante tripartite qui apporte une extrême fluidité à l'action : une pièce tout en marbre noir (et dépouillée) qui traduit toute la solitude de l'Empereur Tito, le luxueux bureau de Vitellia où trônent les bustes des grandes figures de l'histoire italienne auxquelles elle s'identifie (la dernière niche abrite un miroir...), et enfin une orangerie parsemée d'élégants cyprès et autres citronniers, qui abrite les tendres amours d'Annio et Servilia. Enfin, rarement Clemenza aura été tout exclusivement concentrée sur le drame, pour le plus grand bénéfice de l'œuvre, où il apparaît, contrairement à la légende toujours répandue, qu'il se passe au moins autant pendant les airs – mais dans les âmes -, que lors des péripéties d'action exposées dans les récitatifs.

A cette production exemplaire, d'une haute rigueur, s'ajoute une distribution idéale. On retient ainsi le Tito du ténor allemand Benjamin Bruns qui résout avec beaucoup d'art et d'aplomb les difficiles vocalises de son morceau de bravoure « Se all'impero ». Le médium est par ailleurs d'un métal vraiment impérial, et la composition du personnage d'un saisissant relief.
Autour de lui, dans une équipe remarquablement homogène, on donnera tout de même la palme à la mezzo française Stéphanie d'Oustrac (qui nous a accordé une interview), Sesto d'une étonnante crédibilité « masculine », chanté avec une voix d'un velours égal, qui sert admirablement un personnage fragile, tourmenté, constamment partagé. Mais la Vitellia de la soprano étasunienne Jaquelyn Wagner impressionne tout autant, d'une égale perfection, et d'une égale ardeur, des pianissimi les plus raffinés au déploiement d'un aigu éclatant aux vocalises sans failles, comme dans le superbe « Non piu di fiori ».

La mezzo polonaise Anna Radziejewska est un Annio très beau en scène, doté d'un séduisant timbre bronzé tandis que la jeune soprano belgo-suisse Chiara Skerath campe la plus délicieuse des Servilia, avec son timbre tout de fraîcheur : elle complète ce quatuor féminin qui sert magnifiquement l'ouvrage, avec un engagement de tous les instants. Une mention enfin pour l'imposant Publio de la basse serbe David Bizic, un véritable luxe pour cet emploi.

Au pupitre de l'Orchestre Symphonique de Mulhouse – à qui Mozart réussit décidément fort bien -, le chef allemand Andreas Spering impose une lecture resserrée de la partition, dont il fait ressortir les innombrables beautés, de la splendeur imposante des musiques cérémonielles au ton parfaitement naturel de la conversation dans les récitatifs.

Une nouvelle réussite à mettre au crédit de l'Opéra National du Rhin dont on a appris, via un communiqué de presse ce matin, que son directeur général Marc Clémeur - dont le contrat devait courir jusqu'en 2018 - quitterait finalement ses fonctions dès septembre 2016, « pour se concentrer sur un nouveau projet ».

Emmanuel Andrieu

La Clemenza di Tito à l'Opéra National du Rhin – Jusqu'au 8 mars 2015

Crédit photographique © Alain Kaiser

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