La Chauve-Souris à l'Opéra Grand Avignon

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Die Fledermaus fut composé, on le sait, pour damer le pion aux opérettes de Jacques Offenbach dont le succès allait croissant à Vienne. C'est – ironiquement – en s'inspirant d'une pièce de Meilhac et Halévy (les librettistes attitrés du petit Mozart des Champs-Elysées) - que cette opérette de Johann Strauss II vit le jour, et c'est dans sa version française (La Chauve-Souris), retraduite dans notre langue, qu'elle est présentée - pour les Fêtes de fin d'année - à l'Opéra Grand Avignon, où la production a récolté un triomphe mérité (à la première).

Il ne faut pas s'attendre de Jacques Duparc – signataire in loco de plus d'une quinzaine de productions ! - plus qu'une mise en scène soignée et efficace : point de réflexion ici sur la décadence d'une société ou sur une quelconque lutte des classes entre bourgeois installés et serviteurs, et pas davantage de transposition à l'époque contemporaine, comme on a pu en voir ici ou là. Duparc signe une proposition scénique d'un classicisme de bon aloi - dans des costumes (signés par l'Association Art Musical) et des décors (conçus par Christophe Vallaux) d'époque - avec des envolées bienvenues vers l'ironie et/ou l'absurde... et les incontournables clins d'œil à notre contemporanéité ! Au crédit de la production également, la fameuse scène avec le gardien de prison Léopold (drôlissime Jean-Claude Calon), qui ouvre le III, et qui a fait se tordre de rire le public provençal.

La distribution réunie par Raymond Duffaut – entièrement francophone et composée pour l'essentiel d'habitués de la maison – ne mérite que des éloges, avec un sens du rythme et une verve communicatifs. La ravissante Gabrielle Philiponet – dont nous avons déjà beaucoup apprécié, cette année, le timbre chaleureux et la virtuosité, comme dans Le Marchand de Venise à Saint-Etienne, Les Contes d'Hoffmann à Toulon ou encore Barbe-Bleue au Grand-Théâtre d'Angers – est une charmante Caroline, drôle et mutine, avec force regards et moues appuyées, qui s'attire vite la complicité des spectateurs. Son mari volage et cocu, le ténor messin Florian Laconi – véritable pilier de la maison avec pas moins de quatre rôles à son calendrier cette saison ici-même – se dépense beaucoup, et ne cesse de courir (une nouveauté pour un chanteur dont on a longtemps regretté le statisme scénique), sans que le chant ne s'en ressente. Il fait par ailleurs preuve d'une diction toujours aussi impeccable et d'un chant d'une réelle expressivité. Le jeune (et déjà excellent) ténor français Enguerrand de Hys (superbe Arturo le mois dernier à Limoges) est un amant digne du théâtre de boulevard, ne se faisant pas prier pour jouer au ténor d'opéra, et si la voix manque encore de puissance, son timbre magnifique et ses qualités d'émission le font rapidement oublier. L'Adèle de la soprano suisso-canadienne Laure Barras possède l'éclat vocal et la présence scénique requis par son personnage, notamment dans la scène « du rire ». La (très) jeune mezzo nîmoise Valentine Lemercier – à la carrière prometteuse – dessine un Prince Orlofsky au cynisme désinvolte et plein de séduction. De leur côté, Yann Toussaint donne beaucoup de relief à Duparquet tandis que Lionel Peintre campe un désopilant Tourillon. Enfin, Julie Mauchamp (Flora) et Virgile Frannais (Bidard) complètent efficacement l'affiche.

En fosse, Jérôme Pillement - grand spécialiste de l'opérette en France (au côté de Dominique Trottein) – impose souffle, légèreté et équilibre à un Orchestre Régional Avignon Provence en très grande forme. La valse est consommée sans excès, les couleurs tziganes s'imposent avec naturel, le clinquant est ignoré. Bref, c'est ce Strauss là que l'on aime entendre !

Emmanuel Andrieu

La Chauve-Souris de Johann Strauss II à l'Opéra Grand Avignon – Les 27, 28 et 31 décembre 2015

Crédit photographique © Cédric Delestrade

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