Julien Ostini signe un Faust onirique et effrayant à l'Opéra de Saint-Etienne

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Commémorant le 200ème anniversaire de la naissance de Charles Gounod, c’est à une floraison de Faust à laquelle nous assistons depuis quelques mois : après Genève en Février, puis Monte-Carlo en Mars, c’est à l’Opéra de Saint-Etienne que nous avons pu voir une (nouvelle) production de l’ouvrage, dans une mise en scène du jeune et talentueux homme de théâtre suisse Julien Ostini, déjà aux manettes scéniques - in loco - pour Aladin de Nino Rota et Siegfried d’après Richard Wagner. Dans son très beau texte du programme de salle, Ostini nous explique « Faust nous raconte qu’un monde mû par l’égoïsme, par la poursuite d’une seule émancipation, d’un unique intérêt, est voué à l’échec (…) Il sera emporté par lui-même au plus profond de ses pulsions ». Pas de relecture à l’esbroufe ici, ni de clins d’œil à la mode, mais un récit intemporel, froid et implacable - bien que teinté de poésie quand elle surgit de la musique (notamment grâce aux lumières de Simon Trottet et aux vidéos d'Etienne Guiol). On n’est pas près d’oublier certaines scènes particulièrement saisissantes, pour ne pas dire glaçantes, telle celle où marguerite noie avec sauvagerie sa progéniture dans un puits (son frère Valentin s’y jette à son tour, mais arrive trop tard pour sauver l’enfant...) ou celle, finale, où Marguerite se retrouve subitement pendue à un gibet avant que des figurants ne la jettent comme un vulgaire déchet dans une fosse commune... 

Le jeune ténor bordelais Thomas Bettinger – que nous avions découvert ici-même en 2015 grâce à un éclatant Caravadossi (Tosca) – compose un Faust aussi fringant que stylé, qui s’exprime dans un français châtié avec une ardeur, et s’il le faut, une vaillance dont on n’a pas si souvent l’exemple aujourd’hui. En constant progrès, avec une voix qui s’est considérablement élargie, Gabrielle Philiponet se présente comme une Marguerite radieuse, sachant gérer la montée dramatique de son personnage, et diffusant, avec la science la plus sûre, la brillance autant que l’émotion. Diable ex machina de ce spectacle, ganté de cuir rouge et le crâne rasé à blanc, l’excellent baryton-basse français Nicolas Cavallier s’impose tant par sa présence scénique, qui crève littéralement l’écran, que par ses forts belles couleurs et nuances vocales. Dans le rôle ingrat de Valentin, Régis Mengus – déjà entendu dans cette partie à Lausanne en juin 2016 - fait à nouveau merveille, attentif qu’il se montre à respecter au plus près un certain style français, avec par ailleurs un timbre au grain particulièrement charmeur. Du côté des rôles « secondaires », la pétulante mezzo française Catherine Trottmann campe un Siébel aussi musical que crédible, tandis que Dame Marthe est croquée de manière plus que savoureuse par Marie Gautrot.

A la tête d’un OSSEL (Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire) que nous plaçons parmi les meilleurs orchestres de l’Hexagone, David Reiland - Premier chef invité de la phalange stéphanoise – témoigne d’une complète maîtrise de la partition : légère dans la valse du II, lyrique dans les épanchements amoureux, la baguette du chef belge préserve avec brio l’architecture des ensembles, tandis que le Chœur lyrique Saint-Etienne Loire, superbement préparé par Laurent Touche, se couvre de gloire dans une partition où il est ardûment sollicité.

Un triomphe bien légitime vient couronner la soirée !

Emmanuel Andrieu

Faust de Charles Gounod à l’Opéra de Saint-Etienne (juin 2018)

Crédit photographique © Cyrille Cauvet
 

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