Il Trovatore cloture brillament la saison de l'Opéra de Monte-Carlo

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Si l’on en croit la célèbre formule (attribuée selon les sources... à Enrico Caruso ou Arturo Toscanini !), il faudrait, pour réussir Il Trovatore, disposer des « quatre meilleurs chanteurs du monde ». Des meilleurs ? peut-être pas, mais à coup sûr de chanteurs d’exception, capables de répondre aux exigences d’une partition d’un romantisme exacerbé, à travers laquelle Giuseppe Verdi jette un dernier regard vers les sortilèges du belcanto finissant. Ceux qu’a réuni Jean-Louis Grinda à l’Opéra de Monte-Carlo – pour cette coproduction avec le Teatro real de Madrid – s’inscrivent plutôt bien dans la lignée des grands noms qui ont marqué ces rôles mythiques.

A commencer par le Luna puissant et investi du baryton italien Nicola Alaimo – vibrant Guillaume Tell sur cette même scène en janvier 2015, et dont nous avons recueilli un bref entretien à l’issue de la représentation – qui dispose incontestablement du format et des qualités d’un authentique baryton verdien : voix pleine et sonore, à l’aigu acéré, ligne châtiée, noblesse d’accent, ardeur et legato de violoncelle, comme nous l’avions également souligné après sa prise de rôle de Simon Boccanegra à l’Opéra d’Anvers il y a deux mois. Avec sa cavatine « Il balen del suo sonriso », et la flamboyante cabalette qui suit, la température s’élève d’un coup de quelques degrés et le finale du II reste le moment le plus magique de la production. Touchante Traviata à la Royal Opera House de Londres l’an passé, la soprano italienne Maria Agresta n’est pas le lirico spinto auquel on attribue généralement (à tort) le rôle de Leonora, et se rapproche ainsi plus de l’idéal romantique désiré par Verdi. Et si la vocalise est parfois précautionneuse, notamment dans le superbe air « D’amor sull’ali rosee », l’interprète déploie suffisamment de ressources expressives pour emporter l’adhésion. Elle trouve en Francesco Meli un partenaire au chant fier et péremptoire, capable cependant de superbes nuances comme dans « Ah si ben mio », et bien que le deuxième contre-ut du fameux « Di quella pira » soit escamoté, le ténor italien ne s’impose pas moins comme l’un des rares Manrico crédibles aujourd’hui, par l’ardeur de l’accent et la santé des moyens. Maquillée à l’excès, et de ce fait effrayante, la mezzo russe Marina Prudenskaja, à la voix ample et aux impérieux accents graves, confère au personnage d'Azucena une expression convaincante et nuancée. Enfin, la basse espagnole José Antonio Garcia est-il un Ferrando plausible ? Le chanteur trahit malheureusement une technique encore hésitante pour répondre par l’affirmative.

On sait que l’intrigue d’Il Trovatore, prise au premier degré, est peu vraisemblable et d’une réalisation scénique difficile. Confiée aux soins de l’homme de théâtre espagnol Francisco Negrin, ce dernier imagine de construire le spectacle autour du personnage d’Azucena (mais aussi de sa mère et de l’enfant jeté aux flammes, deux personnages omniprésents sur scène…), nous rappelant, par la même occasion que Verdi voulait initialement appeler son opéra d’après le nom de la bohémienne. Toutes les séquences se dérouleront un peu comme si Azucena les revivait en mémoire, non sans quelques aberrations et hallucinations. Le décor unique imaginé par Louis Désiré (qui signe également les costumes) prend des allures de symbole, avec ses murs épais et grisâtres évoquant ceux d’une prison sous les éclairages faibles et blafards de Bruno Poet. Une conception scénique âpre et austère qui, par chance, ne fait nullement obstacle au développement des passions et des sentiments.

Enfin, à la tête d’un Orchestre philharmonique de Monte-Carlo rutilant, le jeune chef britannique Daniel Harding – nommé récemment directeur musical de l’Orchestre de Paris – offre une lecture du chef d’œuvre de Verdi qui se caractérise tant par le sens dramatique que par la beauté de la ligne mélodique, en un séduisant équilibre entre élans héroïques et épanchements lunaires. Bref, une brillante fin de saison monégasque !

Emmanuel Andrieu

Il Trovatore de Giuseppe Verdi à l’Opéra de Monte-Carlo, jusqu’au 30 avril 2017

Crédit photographique © Alain Hanel 

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