Die Fledermaus pétille pour les fêtes à l'Opéra de Lausanne

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Après le triomphe remporté par son Barbier de Séville - d’abord in loco à l’Opéra de Lausanne (en 2014), puis à Monte-Carlo (en 2017) et aux Chorégies d’Orange (l’été dernier) -, le moins que l’on puisse dire est que la nouvelle production du metteur en scène italien Adriano Sinivia était très attendue, en l’occurrence une régie de Die Fledermaus, chantée en allemand avec des dialogues parlés (réécrits pour l’occasion) en français. Comme de coutume, de nombreux clins d’œil liés à l’actualité (« Me too, me too, me too ! ») et aux particularités régionales (« Tarte à la résinée » et autre « Chasselas »…) émaillent le spectacle. Pour le reste, le dispositif scénographique d’Enzo Iorio (qui signe également de mirifiques costumes), très étudié et virevoltant (chambre d’Adèle tombant des cintres, arrivée en parachute de Frank…), participe à l’impression générale de frénésie qui anime toute la soirée. Mais c’est surtout le comique de situation et la direction d’acteurs qui font ici merveille, réussissant à fondre dialogues parlés et chant dans un même mouvement, prouesse que l’excellente distribution réunie à Lausanne par Eric Vigié n’a pas de mal à réaliser.

Alfred de luxe (il sera à nouveau dans la cité vaudoise la saison prochaine pour un rôle plus « à sa mesure », celui d’Hoffmann…), Jean-François Borras ne se fait pas prier pour jouer au ténor d’opéra, et nous fait ainsi languir de l’entendre dans Otello (il entonne le fameux « Esultate ! ») ou Turandot (il esquisse le non moins célèbre « Nessun dorma »), rôles qu’il ne manquera pas d’aborder un jour (mais pas trop tôt non plus on espère…). Un rien plus en retrait, Stephan Genz n’en campe pas moins un Eisenstein extrêmement solide, remarquable de finesse et de musicalité, tandis que la belle Eleonore Marguerre est une splendide Rosalinde, grâce à son timbre pulpeux et chaud, d’une impressionnante virtuosité (quand bien même le contre- de sa Czardas s’avère un peu « tiré »). La jeune soprano suisse Marie Lys - Lauréate du prestigieux Concours International de Belcanto Vincenzo Bellini en 2017 - campe une impeccable Adèle, parfaitement à l’aise dans toutes les situations. Il est vrai que c’est à ce personnage que Johann Strauss offre et demande le plus : deux airs, dont le premier, « Mein Herr Marquis », est ici varié avec beaucoup de fantaisie, d’une strophe à l’autre. De son côté, habillée et grimée en Vamp transexuelle, la mezzo française Lamia Beuque compose un Prince Orlofsky irréprochable, sombre de timbre et magnétique d’allure. Aussi bon comédien que chanteur, le baryton allemand Björn Bürger (en troupe à l’Opéra de Francfort) possède un sens du style et une éloquence dans le phrasé qui doivent être la règle pour ce type d’ouvrage (et qui font merveille dans l’air du Dr Falke « Brüderlein und Schwesterlein »). On pouvait faire confiance à l’épatant Jean-François Vinciguerra de prêter au personnage de Frank sa bonhommie naturelle (et le costume de highlander qu’il porte lui va si bien !), tandis que Pier-Yves Têtu se montre simplement correct en Dr Blind. Au final, le seul point noir de l’interprétation n’est pas vocal : il s’agit de l’improvisation de Frosch, le gardien de prison au troisième acte. On a confié l’affaire à la comédienne Shin Iglesias (une femme pour incarner Frosch ??...) qui nous inflige un numéro d’une tristesse sans nom,  pour ne pas dire lamentable, réussissant l’exploit de ne pas susciter le moindre rire parmi l’audience !...

Enfin, à la tête du Sinfonietta de Lausanne, le chef allemand Frank Beermann enlève le tout avec efficacité, sinon avec les éclairs de légèreté, de poésie, voire de sublime dont les plus grands (il n’y a qu’à écouter l’insurpassable enregistrement de Carlos Kleiber !) savent parer cette partition étincelante.

Emmanuel Andrieu

Die Fledermaus de Johann Strauss à l’Opéra de Lausanne (du 21 au 31 décembre 2018)

Crédit photographique © Alan Humerose

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