De bouleversants Dialogues des carmélites à la Staatsoper de Hambourg

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Au lendemain d’une nouvelle production assez décevante de La Femme sans ombre de Strauss, la Staatsoper de Hambourg reprenait Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc, dans une production – signée pour la maison hanséatique au début des années 2000 par Nikolas Lenhoff – qui s'est avérée d’un grand impact tant visuel qu’émotionnel. La sobriété de traitement règne au sein d’une production qui, loin de diminuer l’impact de l’œuvre, en accentue au contraire l’intériorité et qui doit dans le même esprit à Raimund Bauer un décor stylisé, se prêtant à une continuité sans accroc du déroulement du drame, grâce auquel chaque lieu de l’action, depuis l’appartement du Marquis de la Force jusqu’au tableau final, et surtout naturellement l’intérieur du Carmel, possède une atmosphère échappant à l’anonymat qui résulte de solutions exclusivement fonctionnelles. Climax de la représentation, le tableau final, qui montre chacune des carmélites s’avançant tour à tour, en chantant le Salve Regina, vers le devant de la scène jusqu’au moment où la chute d’un rideau, symbole de la tombée du couperet de la guillotine, la soustrait au regard du public. Effet poignant, pour ne pas dire bouleversant, auquel le silence précédant les applaudissements témoigne de l’intense émotion ressentie par les spectateurs. 

De la distribution vocale, homogène, l’on détachera cependant l’extraordinaire première Prieure (Madame de Croissy) de Doris Soffel dont la mort, abordée d’une voix pénétrante, glace littéralement le sang. La jeune soprano coréenne Hayoung Lee se jette corps et âme dans les tourments de Blanche de la Force et sa conviction fait mouche, d’autant que le timbre est beau et les aigus sûrs. De son côté, l’allemande Christina Gansch déploie beaucoup de charme, de précision vocale et de fraîcheur en Sœur Constance. La soprano britannique Emma Bell – Eva (Die Meistersinger) de haut vol à la Royal Opera house de Londres l'an passé – campe une forte et solide Madame Lidoine, ceci n’excluant en rien le frémissement de la ligne et l’art de la demi-teinte. Katja Piewek, pour sa part, incarne une Mère Marie vocalement percutante, mais à laquelle une diction confuse fait perdre beaucoup d’impact. Côté Messieurs, le ténor turkmène Dovlet Nurgeldiyev – très beau Naraboth sur cette même scène l'hiver dernier – est un Chevalier de la Force aux accents pudiques, presque rêveurs, tandis que Marc Barrard, seul français de la distribution, offre un Marquis exemplaire, grâce à une assurance, une projection, une diversité dans les couleurs, mais aussi une articulation du texte qui devrait servir de base de réflexion à tous les jeunes chanteurs. Enfin, Jürgen Sacher, malgré un français là aussi « exotique » n'en est  pas moins percutant en Aumônier.

A la tête de l’Orchestre Philharmonique de Hambourg, le chef suisse Stefan Blunier – qui nous avait « scotché » il y a deux mois avec sa lecture de Wozzeck à l'Opéra des Nations de Genève – démontre un sens aigu du drame et une parfaite connaissance musicale de l’univers de Poulenc, tout en apportant un soutien sans faille aux chanteurs. Le public hambourgeois ne s’y trompe pas et l'accueille par de nombreux vivats au moment des saluts.

Emmanuel Andrieu

Dialogues des carmélites de Francis Poulenc à la Staatsoper de Hambourg, le 5 mai 2017

Crédit photographique © Brinkhoff-Mögenburg
 

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