Cosi fan tutte au Théâtre du Capitole : un brillant début de saison !

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La saison 20/21 du Théâtre du Capitole devait débuter par une nouvelle production des Pêcheurs de perles, mais la Covid-19 est passée par là et a tout chamboulé, et à l’instar du Grand-Théâtre de Genève qui a troqué La Cenerentola contre Turandot (lire ici), c’est finalement un Cosi fan tutte que s’est vu proposer le public toulousain ! La production n’est autre que celle imaginée par le metteur en scène français Ivan Alexandre, en 2017, pour le célèbre théâtre baroque de Drottningholm (à quelques kilomètres de Stockholm), et Christophe Ghristi a ainsi pu « repêcher » les quatre artistes initialement prévus sur le premier titre…

Ivan Alexandre, aidé par Antoine Fontaine pour la scénographie, qui présente un théâtre de tréteaux dans une optique très XVIIIème siècle, organise l’essentiel de son travail autour de la mise en abyme et du jeu de miroirs. Mise en abyme du théâtre dans le théâtre, allant jusqu’à mettre en scène le faux évanouissement d’« Anna-Catherine », où Don Alfonso réclame un médecin au premier acte (qui viendra d’ailleurs au second sous les traits de Despina déguisée...). Jeu de miroirs à l’intérieur du plateau, quand les deux amants regardent depuis l’avant-scène les évolutions des amantes sur les tréteaux au premier acte, et que ces positions sont inversées au second. Jeu sur le jeu même, puisque les cartes sont présentes dans un véritable kaléidoscope : sur les tentures des tréteaux, dans les mains des personnages qui jouent au début et à la fin de la représentation, dans le pari des hommes au début du premier acte, et dans les échanges amoureux, puisque Guglielmo offre sa carte à Dorabella quand il dit lui offrir son « cœur », et ne manque pas ensuite, comme Ferrando, de tendre des piques aux amantes infidèles. La direction d’acteurs très précise ajoute la vivacité nécessaire à l’entreprise, et les qualités propres des chanteurs font le reste.

Fiordiligi exige sans doute des moyens un peu supérieurs à ceux d’Anne-Catherine Gillet, mais la soprano wallonne franchit les écueils de ses deux arie avec l’intelligence stylistique qu’on lui connaît, en jouant d’un phrasé varié et expressif, d’un aigu agile et sûr, et d’un grave qui, pour n’être pas très sonore, n’en reste pas moins suffisamment timbré. La mezzo québécoise Julie Boulianne incarne, de son côté, une Dorabella chaleureuse et nuancée, à la diction aussi précise que chargée de sens. Nous aurions dû entendre Mathias Vidal dans le rôle-titre de Platée in loco en mars, et c’est donc dans celui de Ferrando que nous le retrouvons sur la scène capitoline. Ce n’est peut-être pas le meilleur des rôles pour lui, à cause d’un manque de puissance vocale et de suavité dans le timbre, mais l’émotion est néanmoins au rendez-vous, notamment dans un « Tradito, schernito » particulièrement touchant. Quant à Alexandre Duhamel, égal à sa réputation, il prête son assurance et sa roublardise, en plus de son émission mordante, au personnage de Guglielmo. Enfin, dans le rôle de Don Alfonso (ici omniprésent sur scène), le jeune baryton-basse français Jean-Fernand Setti marque les esprits, tant par sa forte présence scénique que par sa voix superbement timbrée, tandis que Sandrine Buendia, dotée d’une voix facile et d'un abattage irrésistible, est parfaite en Despina.

En fosse, on retrouve Speranza Scappucci, tant de fois plébiscitée dans ces colonnes, notamment à Liège où elle officie comme directrice musicale de l’ORW. C’est même là que l’on ressent la plus grande satisfaction de la soirée : la cheffe italienne n’est que souplesse et tendresse, toujours attentive à mettre en avant tel accent de cordes graves, telle intervention des cors, telle phrase de la clarinette. L’Orchestre national du Capitole, porté par des tempi toujours soutenus, apporte toute la lumière et la sensualité que le chef d’œuvre de Mozart appelle.

Un brillant début de saison… dont on espère que le virus épargnera le cours !...

Emmanuel Andrieu

Cosi fan tutte de W. A. Mozart au Théâtre du Capitole, jusqu’au 11 octobre 2020

Crédit photographique © Mirco Magliocca

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