Un Werther sur-mesure pour Benjamin Bernheim au Festival de Salzbourg 2026

Xl_werther-festival_de_salzbourg_2026-sf-marco-borrelli-06-2000x1334 © Benjamin Bernheim (Werther), Adèle Charvet (Charlotte) (c) SF/Marco Borrelli

Ténor lyrique renommé, Benjamin Bernheim se démarque tout particulièrement dans le répertoire français. Très sollicité par les plus grandes maisons d’opéra, l’artiste franco-suisse a débuté sa carrière vocale à Genève et à Zurich, et se produit cette année au Festival de Salzbourg dans une version de concert du Werther de Jules Massenet.

Et derechef, Benjamin Bernheim captive le public salzbourgeois, qui lui réserve une ovation enthousiaste, grâce à une voix de ténor chaleureuse au timbre rayonnant et dotée d’une projection solide et bien soutenue. Il répond à cet enthousiasme communicatif en reprenant dans un bis le grand air de Werther, « Pourquoi me réveiller », y insufflant un souffle printanier supplémentaire ainsi qu’une charge émotionnelle intense, propre aux amours tragiques. La prestation est exemplaire, il y déploie toute la palette de ses qualités, tant sur le plan vocal que dramatique. Son incarnation de cet être en marge, éperdument et passionnément amoureux de Charlotte, s’impose à la fois convaincante, cohérente et authentique.

Le jeu dramatique est d’ailleurs très présent ce soir-là, et la rigidité habituelle d’une version de concert est ici habilement dissipée avec charme. Deux fauteuils rouges à garniture contribuent à cet effet de mise en scène décontractée, tout en servant le dénouement tragique de l’ouvrage. L’amour de Werther est voué à Charlotte, qui lui reste inaccessible en raison de son sens du devoir. Bien qu’une annonce ait précisé en début de soirée qu’Adèle Charvet souffrait d’une réaction allergique, elle incarne avec maestria cette femme déchirée et tourmentée, prisonnière de son sens du devoir et de l’honneur. Si sa prestation vocale semble d’abord prudente et contenue, elle gagne en puissance expressive et en assurance dramatique dans la seconde partie, et jusque dans la scène finale.

Werther 2026: Adèle Charvet (Charlotte), Sandra Hamaoui (Sophie), Alain Altinoglu (Conductor) (c) SF/Marco Borrelli
Werther 2026: Adèle Charvet (Charlotte), Sandra Hamaoui (Sophie), Alain Altinoglu (Conductor) (c) SF/Marco Borrelli

Avec l'insouciance de la jeunesse et confrontée à ses premiers émois amoureux, Sandra Hamaoui parvient habilement à composer le personnage de Sophie et donne admirablement vie à ce petit rôle. Andrey Zhilikhovsky transforme Albert, le fiancé d’abord naïf et traditionnellement réservé, puis futur mari de Charlotte, en une figure d’autorité de premier plan. Sa voix de baryton sombre se révèle souple, agile et pleine de vitalité. Manuel Winckhler livre une prestation tout aussi solide dans le rôle du Bailli.

Depuis le pupitre de l’Orchestre symphonique de la Monnaie (l’orchestre de l’Opéra de Bruxelles), dont il est le directeur musical, Alain Altinoglu façonne la trame musicale et la dimension à la fois symphonique et dramatique de l’œuvre. Chef d’orchestre d’opéra chevronné et spécialiste du répertoire français, il est un invité très apprécié des maisons d’opéra du monde entier. Le chef fait ici encore preuve d’une maîtrise incontestable dès les premières mesures, même s’il lui arrive d’anticiper l’action dramatique avec une puissance et une ampleur sonores considérables. Il demeure un accompagnateur attentif pour les chanteurs, les soutenant grâce à une direction d’orchestre parfaitement structurée. Jules Massenet intensifie la dimension dramatique de l’œuvre par divers préludes et interludes symphoniques, qu’Alain Altinoglu laisse s’épanouir pour susciter toute l’émotion requise.

Les jeunes choristes du Chœur d’enfants du Festival et du Théâtre de Salzbourg ravissent le public par leur enthousiasme, leur assurance vocale et leur présence scénique.

Le grand succès de cette production auprès du public démontre comment une distribution équilibrée et parfaitement soutenue par l’orchestre peut transformer une prestation en version de concert en une expérience théâtrale saisissante.

traduction libre de la chronique en allemand de Helmut Pitsch
Salzbourg, 1er août 2026

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