Corinne Winters et Xabier Anduaga conquièrent le public de Gstaad lors d'une "nuit divine"

Xl_dietzi_gnymf_2025_h7a0423_2_copie © Patricia Dietzi/Gstaad New Year Music Festival

Indubitablement, le Gstaad New Year Music Festival est un véritable petit miracle au cœur des montagnes Suisses, permettant d’entendre des artistes plébiscités sur les plus grandes scènes dans un cadre intimiste proposé nulle part ailleurs. Une vérité plus vraie encore en cette fin d’année célébrant ses 20 années d’existence.

Pour son deuxième rendez-vous de cette édition anniversaire, le festival place la barre haute avec deux grands noms lyriques internationaux, Corinne Winters et Xabier Anduaga, accompagnés au piano par Maciej Pikulski (le luxueux tourneur de page de la veille). Dans son discours introductif, la princesse Caroline Murat nous invite à profiter de cette « deuxième nuit de nos 20 ans dans la joie, l’allégresse et l’immense plaisir ». Une directive suivie sans mal par l’ensemble du public présent.

Xabier Anduaga © Patricia Dietzi/Gstaad New Year Music Festival
Xabier Anduaga © Patricia Dietzi/Gstaad New Year Music Festival

Le ténor ouvre la soirée par « Ah mes amis » (La Fille du Régiment) avec force et vigueur. Très vite, les décibels envahissent la petite église de Rougemont, de manière peut-être un peu trop puissante pour les lieux : si, la veille, nous avions particulièrement apprécié la maîtrise de l’acoustique de l’artiste, c’est ce soir le seul bémol notable. Malgré cette projection digne d’une grande salle, les nuances ne sont pas écartées, les couleurs scintillent, la ligne demeure flexible à souhait.

La soprano poursuit avec « Sola, perduta, abbandonata » (Manon Lescaut). Derechef, elle impose une ligne de chant en émotions, chatoyante. Elle a dans la voix la chaleur d’un soleil couchant dont les rayons bercent.

Corinne Winters © Patricia Dietzi/Gstaad New Year Music Festival
Corinne Winters © Patricia Dietzi/Gstaad New Year Music Festival

Les deux artistes alternent ensuite à nouveau, d’abord avec le tube « La Dona e mobile » (Rigoletto) puis un superbe « Un bel di, vedremo » (Madama Butterfly) servi à nouveau avec une très belle émotion. Corine Winters vit son chant et nous le fait vivre, amenant l’opéra à l’église, avant de chanter en duo avec son collègue « Parigi o cara » (La Traviata). Nuances, couleurs, cohérence sont au rendez-vous pour une exécution qui ravit le public, à juste titre. Toutefois, un point demeure perfectible : celui de l’équilibre entre les deux projections, le ténor ayant parfois tendance à passer au-dessus de la soprano malgré un effort noté depuis son premier air.

Place ensuite à l’interlude du pianiste Maciej Pikulski qui a opté pour la Paraphrase de Rigoletto de Liszt. Le doigté du musicien sait se montrer à la fois assuré et doux, galopant sur les touches avec force et légèreté. Un régal !

Corinne Winters et Xabier Anduaga © Patricia Dietzi/Gstaad New Year Music Festival
Corinne Winters et Xabier Anduaga © Patricia Dietzi/Gstaad New Year Music Festival

Suivent « Fra poco a me ricovero » (Lucia di Lammermoor) et « Stridono lassù » (Pagliacci), puis Xabier Anduaga offre au public un enthousiasmant « No puede ser » (La Tabernera del puerto) à la prononciation impeccable, au chant coulant, enrobant les notes, déferlant dans les rangées de l’église pour mieux distribuer toute la musicalité de cet air. Pour un instant, les lieux se parent d’un soleil hispanique bienvenu. Le dernier aria solo de Corinne Winters, « Meine Lippen sie küssen so heiß » (Giuditta) est un autre moment très agréable, entraînant, la cantatrice n’hésitant pas à prendre la pause, habitée par son personnage. S’en suit leur deuxième duo, « O soave fanciulla » (La Bohème), accueilli par les cloches saluant leur performance au moment de débuter. Après un court moment d’attente amusé, les artistes entament cet ultime titre du programme se clôturant de manière bien pensée par « amor », le fil conducteur de la soirée.

Trois bis sont servis au public totalement conquis : après un très bel air espagnol de Xabier Anduaga et une superbe « Song to the Moon » (Rusalka) de Corinne Winters, les artistes se réunissent pour un moment de grâce en interprétant un grand classique de Noël, à savoir « Oh Holy Night ». La soirée se conclut ainsi sur des mots la définissant parfaitement : « Oh night divine ! »

Elvira Montez
Gstaad, décembre 2025

Récital de Corinne Winters et Xabier Anduaga Joys And Sorrows Of Love au Gstaad New Year Music Festival 2025-2026, le 27 décembre 2025

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