Attila à l'Opéra de Lyon : et de huns...

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Hier, l’Opéra national de Lyon donnait sa coproduction annuelle avec le Théâtre des Champs-Elysées, un rendez-vous désormais incontournable pour les amoureux du bel canto. Après un cycle Bellini (proposant I Capuleti et i Montecchi avec Anna Caterina Antonacci et Olga Peretyatko en 2011, I Puritani avec Olga Peretyatko et Dmitry Korchak en 2012, ou Norma avec John Osborn et Elena Mosuc en 2013), puis un cycle Rossini (Semiramide en 2014, Zelmira en 2015 et Ermione en 2016), c’est au tour de Verdi d’être mis en avant avec Attila, une œuvre de jeunesse (lire notre dossier à ce sujet).

Toujours donné en version concertante, ce rendez-vous est devenu avant tout celui de la musique et des voix. Porté d’abord par Evelino Pido, puis par le regretté Alberto Zedda l’an passé, l’Orchestre de l’Opéra de Lyon a toujours été soutenu par de grands maestros pour cette occasion. Cette année, c’est le jeune chef italien Daniele Rustioni, chef permanent de la maison lyonnaise depuis septembre, qui est à la tête de l’orchestre. Force est de reconnaitre qu’il amène la phalange au sommet de son talent, restant à l’écoute de chaque pupitre, le laissant s’exprimer tout en le canalisant selon les moments. Energique dans sa direction, sautant sur son pupitre, il sait également adoucir sa gestuel au gré de la partition et est l’un des grands gagnants (si ce n’est le grand gagnant) à l’applaudimètre lors des premiers saluts. Vraiment, l’Opéra de Lyon sait se doter des meilleurs éléments en matière de direction.

En matière de chœurs aussi, la maison est loin d’être en reste : ses chœurs, souvent salués par le public et la critique, avaient quelque peu perdu en précision et homogénéité sous Philip White après l’ère Alan Woodbridge, et ce malgré un haut niveau maintenu. Lors de War Requiem, nous avions déjà noté le changement obtenu par Geneviève Ellis (lire la chronique). Une autre femme était cependant à la tête des chœurs pour cet Attila, Barabara Kler. Là aussi, le résultat obtenu n’est que pur plaisir pour l’auditoire : puissance, nuances, couleurs ou encore diction étaient au rendez-vous.

Côté solistes, ainsi que nous vous l’annoncions en fin de semaine dernière, des changements ont été opérés dans la distribution. Nous avons donc retrouvé le baryton-basse Erwin Schrott dans le rôle-titre et non Dmitry Ulyanov comme prévu initialement. Si le premier air laisse entendre une ou deux respirations très bruyantes et une puissance vocale un brin ostentatoire, tout le reste du concert fera rapidement oublier ce très léger bémol des premiers instants. La voix profonde et puissante n’a aucun mal à se faire entendre dans la salle tandis que la prestance du baryton-basse le pose en roi des Huns : col ouvert, main posée sur la barre du chef, charisme... A l’opposé, se trouve Grégoire Mour (Uldino) : projection faible, il est loin de laisser un souvenir impérissable dans ce rôle très court.

Deuxième nom qui n’était pas prévu, celui de Massimo Giordano interprétant Foresto à la place de Riccardo Massi. Si la projection est claire et le timbre non dénué d’intérêt, le chant manque d’une certaine linéarité, comme si le chanteur restait enfermé dans la partition et ne parvenait pas à lier les notes entre elles. Après deux défections dans la distribution, l’hypothèse d’une fatigue ou bien d’un début de maladie n’est ici pas à exclure. Pour sa part, le Ezio d'Alexey Markov offre lui aussi une belle projection et un timbre clair de baryton dans une belle ligne de chant qui sert à merveille la fougue romaine du personnage.

Enfin, seule femme de la distribution, Tatiana Serjan incarne une Odabella au timbre dévastateur qui parvient à venir à bout de cette partition difficile : capable de monter dans les aigus sans perdre d’intensité dans les graves, elle offre des mediums ambrés de toute beauté, le tout dans une fort belle projection qui ne manque pas de nuances. Quel dommage alors que l’excès de vibrato vienne ici gâcher tout ceci, sans oublier une prononciation qui s’en trouve affectée.

Une belle soirée dans son ensemble donc, bien qu’elle soit quelque peu en-deçà de l’attente très élevée que pouvait susciter ce rendez-vous du bel canto, que le public parisien pourra entendre ce mercredi au Théâtre des Champs-Elysées, et que le public lyonnais pourra réentendre à l’Auditorium de Lyon dans le cadre du festival Verdi de l’Opéra le 18 mars prochain avec, pour l’heure actuelle, Dmitry Ulyanov annoncé dans le rôle-titre.

Elodie Martinez

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