Falstaff au Festival d'Aix-en-Provence, un divertissement de bon aloi

Xl_falstaff_festival-aix-en-provence_2021 © DR

On est si heureux de retrouver la cour de l’Archevêché, d’y retrouver des spectateurs, des chanteurs, un orchestre, une scène, un spectacle, qu’on est plein de bienveillance pour ce Falstaff qui fait plaisir à voir et à entendre. Est-ce à dire que la soirée est à marquer d’une pierre blanche ? Sans doute pas mais elle fait pourtant passer un bon moment. Traité comme une métaphore goûteuse, l’opus final de Verdi bénéficie en premier lieu d’une mise en scène très vive de l’australien Barrie Kosky : on le connaissait déjà imaginatif, inventif même (cf ses Maitres chanteurs à Bayreuth), il est ici encore une fois très en verve.


Falstaff, Festival d'Aix-en-Provence © Photo by Monika Rittershaus / Festival d’Aix-en-Provence 2021

Dès la première scène, dans le décor d’une minable cantine sans âme qui s’avère bientôt le rendez-vous des paumés et des solitaires, le Cavaliere Falstaff fait la cuisine avec gourmandise, cul nu sous son tablier mal fermé, avec un entrain scénique irrésistible. Tout au long de la soirée, de rocker frustré à pleutre avéré, ce Falstaff amusera efficacement la galerie. La réussite de Barrie Kosky tient à cet entrain, à cet accent plaisant mis sur le picaresque en chambre de ces aventures à la petite semaine, avec des personnages sans envergure, tout cela affuté par une direction d’acteurs pétillante qui fait qu’on s’amuse constamment de ce personnage de bande dessinée.

Mais Falstaff n’est pas qu’une farce, c’est aussi un opéra, qui exige donc d’être chanté et pas seulement joué : hélas, de ce point de vue, Christopher Purves est un choix un peu bancal, indéniablement le comédien qu’il faut, tout aussi indéniablement pas le chanteur qu’il faut. Car la voix, inégale, mate, voire creuse dans le bas du registre, sans soutien, sans harmonique, trop souvent à la limite du parlando plutôt que du cantando, tire le personnage vers une marionnette bouffe en en occultant la mélancolie et la profondeur. On mesure d’ailleurs ce manque dans la différence avec l’autre baryton du spectacle, le Ford impeccable de Stéphane Degout, timbré, phrasé, projeté, stylé, joué à point : du grand art qui résonne cruellement pour Christopher Purves lors du duo de leur rencontre.


Falstaff, Festival d'Aix-en-Provence © Photo by Monika Rittershaus
/ Festival d’Aix-en-Provence 2021

Tous les autres personnages sont d’ailleurs joliment dessinés, du Dr Cajus, Gregory Bonfatti, petit avorton sans voix comme il est sans consistance, au couple des comparses, Bardolfo et Pistola, avatars des Vladimir et Estragon d’En attendant Godot, Rodolphe Briand et Antonio di Matteo, choisis autant pour leurs voix que pour leurs trognes, et jusqu’au charmant Fenton, très Tintin au pays des amours adolescentes, de Juan Francisco Gatell. Mais, face à Stéphane Degout, ce sont les femmes qui tirent le mieux leur épingle du jeu, dans des costumes colorés et des manières qui jouent avec les images d’Epinal, du lit de poupée Barbie encombré de pâtisseries au babil en quatuor mi commedia dell arte mi comédie musicale. On y distingue en particulier la ravissante Nanetta de Giulia Semenzato, timbre joliment fruité à la souplesse mozartienne, qui fait merveille dans le chant de la fée au troisième, la savoureuse Meg à laquelle Antoinette Dennefeld donne un relief inaccoutumé avec sa voix très ronde et expressive, la pétulante Quickly de Daniela Barcellona, géante drôlissime à la voix aux registres un rien disparates mais au dynamisme parfait. Seule Carmen Giannattasio est un peu en retrait dans ce quatuor, sa voix durcie et à l’intonation fluctuante dessinant une Alice plus banale.

Et tout cela est emmené comme dans une farandole permanente par la baguette amphétaminée de Daniele Rustioni qui parvient à tirer de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon (où le spectacle sera repris la saison prochaine) et de son Chœur des sonorités variées, comme une pluie d’épices qui ravivent un plat pour lui donner toute sa dynamique. On sort de la belle cour de l’Archevêché heureux et léger, comme après un déjeuner provençal entre amis.

Alain Duault
Aix-en-Provence, juillet 2021

Falstaff, Festival d'Aix-en-Provence, jusqu’au 13 juillet.

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