Stéphane Lissner à l’Opéra de Paris

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Dimanche dernier, Nicolas Joel alors directeur de l'Opéra de Paris, annonçait ne pas se porter candidat à sa propre succession en septembre 2015 (justifiant sa décision par les coupes budgétaires imposés à l'établissement parisien en période de crise). Ce lundi 8 octobre, le ministère de la Culture et de la Communication annonce la nomination de son successeur, Stéphane Lissner. Alain Duault dresse le portrait de cette personnalité audacieuse du monde de l'art lyrique.

Stéphane Lissner est un personnage assez étonnant : sans vraiment connaître la musique et l’opéra au départ, il s’est finalement imposé comme une des personnalités majeures du monde lyrique international, s’attirant la confiance d’artistes exigeants comme Patrice Chéreau, Daniel Barenboïm, Peter Brook, Pierre Boulez, Luc Bondy et tant d’autres. Car cet ancien élève du collège Stanislas et du lycée Henri IV, qui se destinait avant tout au théâtre, a une puissance de séduction alliée à une puissance de conviction qui le font emporter des combats que d’autres, plus raisonnables, n’oseraient pas lancer.

Et ses passions du théâtre et de l’art contemporain lui ouvrent des horizons à l’écart de la tradition des institutions lyriques qu’il est régulièrement parvenu à revivifier : c’est ainsi que, reprenant le flambeau de Jean-Albert Cartier au Châtelet, il a dynamisé le Théâtre pour en faire une salle aussi attractive que l’Opéra de Paris.
Nommé dix ans plus tard à la tête du Festival d’Aix-en-Provence, il a su secouer une institution assoupie, convaincre la municipalité de lancer la construction d’un nouveau théâtre, ouvrir des lieux nouveaux comme le Grand Saint-Jean, renouveler le répertoire sans porter atteinte à la tradition mozartienne, mettre en œuvre (pour la première fois à Aix) un Ring de Wagner porté par la Philharmonie de Berlin, créer une Académie européenne d’art lyrique…
Là encore, il a passé dix ans avant d’être choisi pour diriger la Scala de Milan en pleine crise, premier directeur étranger de ce temple de l’art lyrique. Dosant la tradition (les grands Verdi, quelques reprises de Zeffirelli ou autres icônes) et la modernité (un Tristan de Wagner ou De la Maison des morts de Janacek par le tandem Chéreau/Boulez), sachant aller chercher des capitaux chez les mécènes pour pallier la diminution des subventions, réglant avec doigté des problèmes intérieurs tout en modernisant le fonctionnement du théâtre, osant des incursions dans des répertoires nouveaux, fidélisant des artistes sur des projets multiples, il a acquis la stature du dirigeant de grande maison que la France attend : son arrivée à la tête de l’Opéra de Paris, que beaucoup espéraient sans trop y croire, sera-t-elle le retour de l’enfant prodigue ? C’est en tout cas assurément une chance offerte à la première institution lyrique française.

Alain Duault 

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