Saison 2026-2027 de l’Opéra de Lille : « sentiments d’appartenance »

Xl_opera_de_lille_saison_2026_2027 © Saison 2026/27 de l'Opéra de Lille

La saison 2026-2027 de l’Opéra de Lille explore les « sentiments d’appartenance » au travers de quatre thématiques qui se déclinent chacune autour d’une œuvre lyrique et d’une multitude de rendez-vous musicaux : de l’opéra baroque avec Alcina à l’opéra contemporain avec MARS, en passant par l’opéra-tango María de Buenos Aires ou l’Otello de Verdi donnés dans des mises en scène qui interrogent l’actualité. 

La saison dernière lors de sa prise de fonctions à la tête de l’Opéra de Lille, la dramaturge Barbara Eckle articulait sa première programmation autour de quatre « constellations », comme autant de saisons et de thématiques : pour chacune de ces constellations, la scène lilloise accueillait une grande œuvre lyrique et la déclinait au travers d’une myriade de rendez-vous musicaux, lyriques ou chorégraphiques, invitant tous les profils de publics à explorer une œuvre dans toute sa diversité. L’Opéra de Lille dévoile maintenant sa saison 2026-2027 et de nouveau, Barbara Eckle imagine quatre constellations, cette fois articulées autour de quatre œuvres qui questionnent le « sentiment d’appartenance » via différentes perspectives : Alcina en automne, MARS de Jennifer Walshe en hiver, María de Buenos Aires au printemps et enfin Otello pour la constellation d’été. Tour d’horizon des temps forts de cette saison 26/27 de l’Opéra de Lille.

Constellation d’automne : Alcina de Händel

Le début de la saison 26/27 de l’Opéra de Lille est placé sous le signe de la musique baroque, avec une nouvelle production d’Alcina de Händel. Cette première constellation d’automne s’intéresse à ceux et celles ayant « choisi de vivre en dehors des normes, qui enchantent les autres par leur force et leur esprit indépendant », pour mieux questionner la diversité. Il faut dire que la sorcière Alcina s’y connait en enchantements, elle qui ensorcelle les hommes pour les tenir captif sur son île que d’aucuns imaginent comme une illusion.

Pour autant, l’Opéra de Lille confie cette nouvelle production à la jeune metteuse en scène de théâtre Ewelina Marciniak, qui s’est notamment distinguée par « son travail sur les identités et le regard nouveau qu’elle porte sur les rôles féminins dans les œuvres classiques ». Elle invitera le public à « explorer le royaume d’Alcina comme un lieu de tous les possibles, où le désir s’épanouit au-delà des normes admises et des logiques de possession ». Elle interrogera aussi « ce potentiel de liberté, si effrayant pour certains qu’ils le soupçonnent d’être une machination ». Pour faire vivre cette lecture insolite de l’œuvre, le rôle de l’envoûtante Alcina est confié à Karine Deshayes face au Ruggiero d’Adèle Charvet. La direction musicale revient à une grande spécialiste du répertoire händélien, Emmanuelle Haïm, à la tête du Concert d’Astrée.

Autour de l’opéra de Händel, la constellation proposera notamment des « Siestes » (des concerts courts donnés à 13h) dont le programme s’inspire des Métamorphoses d’Ovide et des concerts « Heure bleue » tout en intimité qui promettent généralement une proximité envoûtante avec les artistes, tantôt articulés autour du répertoire de compositrices inspirées par le désir, tantôt autour du répertoire baroque.

Constellation d’hiver : MARS de Jennifer Walshe

Du baroque à l’opéra contemporain. La constellation d’hiver de l’Opéra de Lille conduit vers des « territoires inconnus, qu’ils soient lointains ou intérieurs » et s’articule autour de MARS, opéra de la compositrice irlandaise Jennifer Walshe créé l’année dernière en Irlande et dont l’Opéra de Lille est coproducteur. Volontiers caustique et excentrique, l’ouvrage retrace l’expédition spatiale de quatre femmes astronautes vers la planète Mars, rachetée en cours de route par un milliardaire amateur de conquête spatiale. L’ouvrage est l’occasion d’interroger les relations au sein de l’équipage, mais aussi une fois arrivé à destination, les enjeux de l’isolement, le futurisme réactionnaire et le pronatalisme, ou plus largement « les futurs troublants qui empiètent sur notre présent ».

Pour cette création française de l’ouvrage, l’Opéra de Lille reprend la mise en scène de la création irlandaise signée Tom Creed et Jennifer Walshe. L’équipe artistique reste inchangée : la cheffe Elaine Kelly assure la direction musicale à la tête de l’Orchestre de l’Irish National Opera pour accompagner les sopranos Nina Guo et Jade Phoenix, et les mezzos Sarah Richmond et Doreen Curran sur scène.

Pour poursuivre son exploration des « territoires inconnus », l’établissement imagine aussi un récital à deux pianos en « Échos de l’exil ». Les 3 et 6 décembre 2026, l’Opéra accueillera aussi Ermonela Jaho (accompagnée par Anna El-Khashem) pour un « concert mis en scène » par Jan Schmidt-Garre, spécialement créé pour la soprano albanaise, autour d’un programme d’airs d’opéras italiens et des Six Épigraphes antiques de Debussy. Elle sera accompagnée par le chef Francesco Cilluffo à la tête de l’Orchestre National de Lille et du Chœur des femmes de l’Opéra de Lille.

Constellation de printemps : María de Buenos Aires

Au printemps, María de Buenos Aires d’Astor Piazzolla alimentera des « histoires de Passion ». L’unique opéra du compositeur argentin est confié à la metteuse en scène allemande Giulia Giammona : elle entend s’affranchir des « clichés folkloriques » de l’œuvre, en « confiant l’ensemble des rôles à des femmes » (à commencer par Stéphanie d'Oustrac qui emmène la distribution) pour « rendre à l’héroïne sa propre histoire, interroger les codes genrés du tango, et dénoncer la persistance d’un mécanisme où l’idéalisation du corps féminin par les hommes mène aux violences sexistes et sexuelles ».

Cette thématique articulée autour de la passion se complète notamment d’un récital de Camille Chopin accompagnée par Emmanuelle Haïm à l’orgue avec Le Concert d’Astrée, dans un répertoire de François Couperin et Marc-Antoine Charpentier.

Constellation d’été : Otello

Enfin, l’été déploiera une constellation explorant « l’amour brisé par les préjugés » avec Otello. L’opéra de Verdi met en scène le héros consumé par la jalousie. Le metteur en scène hongrois Árpád Schilling en proposera une lecture articulée autour de l’exclusion sociale : « il raconte Otello comme la tragédie d’un amour brisé par la discrimination ; le regard stigmatisant porté sur celui que l’on perçoit comme un étranger déploie une violence telle que l’homme finit par devenir le monstre que la communauté projette sur lui ». Pour défendre cette nouvelle production, le ténor sud-africain Owen Metsileng interprétera le rôle-titre face à la Desdémone d’Elena Tsallagova et à l’infâme Iago de Seth Carico.

En écho au Maure de Venise, l’Opéra de Lille programme aussi l’opéra itinérant Un voyage en bateau qui sera donné en tournée dans la métropole lilloise et la région Haut-de-France. À partir du madrigal Barca di Venetia per Padova d’Adriano Banchieri (créé à Venise en 1605), la metteuse en scène Franziska Kronfoth imagine une œuvre de théâtre musical « vive et colorée », aux allures de « projet d’opéra immersif autour du voyage, du désir d’ailleurs et de ceux qui restent ».

Dans le cadre de cette saison 26/27, Barbara Eckle signe une programmation riche et éclectique, qui explore des genres très divers mais dont les lectures promettent de révéler « la résonance contemporaine des œuvres », pour mieux inviter le public à « écouter le monde dans une forme sensible et poétique ». En attendant de la découvrir sur scène, le détail de cette saison est disponible sur le site de l’Opéra de Lille.

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