© Saison 2026/27 La Monnaie de Bruxelles
Quels sont les temps forts de la saison 2026-2027 du Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles ? Christina Scheppelmann et Alain Altinoglu composent une programmation très éclectique, parfois audacieuse, qui alterne les grandes œuvres de répertoire, les raretés et des ouvrages contemporains. Tour d’horizon des promesses lyriques de La Monnaie.
Comment se compose une saison de maison d’opéra ? Selon Christina Scheppelmann et Alain Altinoglu qui présentent la saison 2026-2027 du Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles, définir une programmation relève d’abord d’une œuvre collective, en ce sens qu’elle sera mise en action par les 480 personnels de la maison et que le duo veille « aussi à ne pas tuer les musiciens et les chanteurs ». C’est ensuite la volonté d’ancrer la programmation dans le temps présent avec des œuvres qui évoquent des problématiques actuelles (comme Lucidity sur la maladie d’Alzheimer ou M. Butterfly qui évoque les rapports entre homme et femme, mais aussi entre Orient et Occident). C’est enfin faire vivre un répertoire divers, « selon les époques, les pays, les traditions, les écoles » et notamment donner à voir des opéras qui n’avaient plus été présentés à Bruxelles depuis longtemps, comme Roméo et Juliette ou Ariadne auf Naxos, absents de l’affiche de La Monnaie depuis respectivement 1959 et 1997.
La saison 2026/27 du Théâtre Royal de La Monnaie de Bruxelles en un coup d'œil
- Roméo et Juliette, par Julia Burbach / Valentina Paleggi
- Wozzeck, par Christophe Coppens / Alain Altinoglu
- La Cenerentola, par Daniel Kramer / Speranza Scappucci
- Lucidity, par Mathilda du Tillieul McNicol / Patrick Leterme
- Ariadne auf Naxos, par Mariusz Treliński / Ariane Matiakh
- Cavalleria Rusticana et Pagliacci, par Damiano Michieletto / Alevtina Ioffe
- M. Butterfly, par Krystian Lada / Carolyn Kuan
- Burmese Days (création d'après George Orwell)
- Boris Godounov, par Vasily Barkhatov / Alain Altinoglu
Concrètement, la saison 26/27 de La Monnaie s’ouvrira avec une nouvelle production de Roméo et Juliette de Gounod, poursuivant l’exploration du répertoire français menée par Christina Scheppelmann depuis sa prise de fonctions. La mise en scène est confiée à Julia Burbach, qui fait là ses débuts à La Monnaie après avoir déjà travaillé pour nombre de grandes scènes européennes, et notamment à Londres. En fosse, la cheffe italienne Valentina Paleggi dirigera l’Orchestre de la Monnaie pour la première fois. Sur scène, la production promet une prise de rôle à Jeanine De Bique en Juliette face au Roméo très expérimenté du ténor espagnol Ismael Jordi (qui a déjà chanté le rôle à Amsterdam, Athènes, Montréal ou encore Oviedo).
Alain Altinoglu à la baguette
Au cours de cette saison 26/27, cinq des sept productions dans la Grande Salle de La Monnaie seront dirigées par des cheffes d’orchestre (selon Christina Scheppelmann, « c’est un peu par hasard ») et les deux restantes, les nouvelles productions de Wozzeck et Boris Godunov, le seront par Alain Altinoglu, le directeur musical de l’institution bruxelloise.
« Deux immenses chefs-d’œuvre » que le chef dit avoir « toujours rêvé de diriger ». Selon Alain Altinoglu, Wozzeck est un « trésor absolu, intense, émouvant, au-delà des mots » qui se dévoilera à La Monnaie dans une nouvelle production de Christophe Coppens, décorateur, costumier et metteur en scène belge déjà très présent dans les précédentes programmations de l’institution bruxelloise. Sur scène, la production sera notamment défendue par un autre grand habitué de La Monnaie, le baryton américain Scott Hendricks dans le rôle-titre.
En coproduction avec l’Opéra de Lyon qui a accueilli la production en octobre dernier, Boris Godounov (donné dans sa première version de 1869) sera repris dans la mise en scène de Vasily Barkhatov, qui a l’on doit notamment la mise en scène de la Lady Macbeth de Mzensk qui a ouvert la saison de La Scala de Milan en décembre dernier. Comme à Lyon, c’est la basse russe Dmitry Ulyanov qui interprétera le rôle-titre.
L’opéra ancré dans son temps
Selon Christina Scheppelmann, l’opéra doit aussi être le reflet de son temps et aborder des thèmes de société contemporains. Ce sera le cas par exemple de Lucidity (donné dans la petite salle Malibran de La Monnaie en janvier 2027) de la compositrice américaine Laura Kaminsky. L’ouvrage traite de la maladie d’Alzheimer et de ses conséquences : la démence et la perte de mémoire, pour les malades eux-mêmes et ceux qui les entourent – mais aussi du pouvoir de la musique dont les échos perdurent même quand la communication ne passe plus par la parole. Le livret poétique de David Cote met en scène une chanteuse à la retraite atteinte de la maladie d’Alzheimer (interprétée par Susan Bullock), entourée par son fils qui s’occupe d’elle (le baryton sud-africain Sakhiwe Mkosana), d’une chercheuse en musicothérapie (Florence Losseau) et d’un jeune clarinettiste (Margo Jacquart). Lucidity a été créé à New York en 2024, mais comme Christina Scheppelmann estime qu'il faut faire vivre le répertoire récent, c'est dans une nouvelle production que l'ouvrage se dévoilera à La Monnaie, confiée à la metteuse en scène britannique Mathilda du Tillieul McNicol, accompagnée en fosse par Patrick Leterme.
Même approche très actuelle pour M. Butterfly du compositeur sino-américain Huang Ruo, qui sera donné en avril et mai 2027. L’opéra, créé en 2022, s’inspire indirectement de faits incroyables mais réels : le diplomate français René Gallimard a longtemps entretenu une liaison avec « une chanteuse d’opéra envoutante », Song Liling, sans savoir qu’elle était en réalité un espion chinois se faisant passer pour une femme pour lui soutirer des informations confidentielles sur la guerre du Vietnam afin de les transmettre aux services secrets chinois. Le récit a été adapté au théâtre et au cinéma, avant que le compositeur Huang Ruo n’en fasse un opéra en miroir à la Madame Butterfly de Puccini. Là où l’opéra de Puccini repose sur la manipulation de Cio-Cio-san par l’officier américain Pinkerton et donc sur une domination de l’Occident sur l’Orient, M. Butterfly de Huang Ruo renverse la logique notamment pour questionner la notion d’impérialisme. Ici c’est la chanteuse d’opéra (travestie) qui manipule l’officier, en même temps que l’Orient manipule l’Occident. Pour cette création européenne, la cheffe d’orchestre taïwanaise Carolyn Kuan interprétera la partition de Huang Ruo (elle dirigerait déjà la création de l’œuvre) pour accompagner une mise en scène de Krystian Lada – ancien directeur de la dramaturgie de La Monnaie. Le contre-ténor franco-coréen Kangmin Justin Kim reprendra le rôle de Song Liling qu’il a créé en 2022 à l’Opéra de Santa Fe face au baryton britannique Robin Adams fait ses débuts dans le rôle de René Gallimard.
Notons enfin la création mondiale de Burmese Days du compositeur thaïlandais Prach Boondiskulchok, opéra de chambre adapté du roman homonyme de George Orwell. Le livret de Sarah Howe situe l’action en Birmanie (l’actuel Myanmar) aux lendemains de l’occupation britannique, autour d’un club-house réservé aux Européens alors qu'il accueille son premier membre birman. L’ouvrage met en avant les relations entre les personnages, soulignées par « un paysage sonore qui explore les contrastes entre, d’une part, la cosmologie bouddhiste, et d’autre part, la machine coloniale avec son héritage complexe ». La distribution de l’ouvrage, qui sera donné dans la salle Malibran de La Monnaie, sera communiquée ultérieurement.
Des opéras de répertoire
Comme pour compenser les audaces contemporaines, La Monnaie programme aussi des œuvres de répertoire populaires, qui parfois étaient absentes de la scène bruxelloise depuis longtemps, défendues par des distributions alléchantes.
La Monnaie annonce ainsi une nouvelle production de La Cenerentola confiée au metteur en scène Daniel Kramer. C’est la toujours enthousiasmante Speranza Scappucci qui dirigera l’Orchestre de la Monnaie, pour accompagner une distribution emmenée par Gaëlle Arquez dans le rôle-titre – aux côtés notamment des jeunes Margaux de Valensart et Marie-Juliette Ghazarian pour leur prise de rôle respective des sœurs Clorinda et Thisbe.
Ariane à Naxos reviendra aussi à La Monnaie après 70 ans d’absence de la scène bruxelloise, dans une production de Mariusz Treliński « presque de science-fiction » : le metteur en scène invite à « une réflexion fascinante et contemporaine sur l’art et les relations humaines », où la technologie apparait comme un vecteur d’isolement émotionnel. En fosse, la production sera dirigée par la cheffe Ariane Matiakh, avec notamment Jacquelyn Wagner dans le rôle-titre.
Enfin, La Monnaie reprendra aussi le très populaire diptyque Cavalleria Rusticana / Pagliacci, dans la mise en scène de Damiano Michieletto créée en 2018. Pourl ‘occasion, la cheffe Alevtina Ioffe fera ses débuts à La Monnaie, tout comme Clémentine Margaine qui reprendra ici le rôle Santuzza aux côtés notamment de Niamh O’Sullivan pour sa première Lola. Dans Pagliacci, Adriana González chantera sa première Nedda. Elle partagera notamment la scène avec Martin Mühle en Canio, mais aussi l’énergique Sahy Ratia pour son premier Beppe ou Mikhail Timoshenko qui ajoutera le rôle de Silvio à son répertoire.
La saison lyrique de La Monnaie, très riche de diversité, se dévoile en détail sur le site de l’institution bruxelloise.
publié le 15 avril 2026 à 10h45 par Aurelien Pfeffer
15 avril 2026 | Imprimer
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