Rencontre avec Ted Huffman autour de Madama Butterfly

Xl_huffman

L'Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie propose dès la semaine prochaine pour son ouverture de saison lyrique la reprise de Madama Butterfly, une production signée Ted Huffman et déjà donnée à Zürich en 2017-2018. Nous avons profité de cette occasion afin de discuter avec lui de cette production et du regard qu'il porte sur l'oeuvre et sur le travail de reprise avant de le retrouver plus tard dans la saison avec Il trionfo del tempo e del disinganno, puisqu'il est actuellement en résidence à la maison montpellieraine.

***

Vous allez reprendre Madama Butterfly pour l’ouverture de saison de Montpellier, où vous êtes maintenant en résidence. Pouvez-vous nous parler de cette relation que vous entretenez avec cette maison d’opéra ?

C’est un plaisir de revenir à Montpellier, une ville et un opéra que j’aime beaucoup. La ville a une belle énergie, pleine de vie mais aussi un aspect plus détendu qui vient de son côté méditerranéen. Valérie Chevalier a proposé cette manière de travailler ensemble, à savoir la résidence, qui, à mon avis, a beaucoup de sens : cela me donne l’opportunité rare de développer une relation plus profonde avec la maison ainsi qu’avec le public de Montpellier. Nous avons choisi quatre opéras au total pour cette résidence, et ces pièces ne pourraient pas être plus différentes les unes des autres.

Comment travaille-t-on la reprise d’une mise-en-scène (et plus précisément celle de Madama Butterfly) par rapport à une création ? Quelles difficultés rencontrez-vous éventuellement ?

J’aime faire des reprises. Elles me permettent de revenir sur des idées et de les améliorer ou de les développer. Je pense que la plupart des metteurs en scène ont cette même sensation. De plus, aucune distribution n’est la même, donc chaque reprise est unique et, d’une certaine manière, une expérience à part. Dans ce cas précis, comme j’ai écrit et mis en scène un nouvel opéra à Philadelphie, mon associé Jodok Schweitzer et ma directrice scénique Sonoko Kamimura-Ostern ont dirigé la reprise jusqu’à mon arrivée. Ce sont deux artistes incroyables et la pièce n’a pu que devenir encore meilleure dans leurs mains.

Cette œuvre est aujourd’hui extrêmement connue et jouée, beaucoup de metteurs en scène ont donc déjà proposé leurs visions de ce drame. Comment fait-on pour proposer la sienne dans un tel contexte ? Pensez-vous qu’il faille s’inspirer de ce qui a déjà été fait, ou bien au contraire partir d’une « page blanche » ?

Eh bien, la « page blanche » est définitivement ce qui correspond le mieux à cette esthétique, en ce sens que nous avons été inspirés par l’art de la gravure japonaise, qui consiste souvent en des formes colorées sur du papier blanc, ainsi que par les célèbres photographies de théâtres de Hiroshi Sugimoto. Madama Butterfly est un opéra très connu et les thèmes qu’il aborde sont tellement convaincants qu'il est nécessaire de chercher un espace qui n'a pas déjà été occupé par une autre production. Nous avons opté pour replacer l’histoire plus ou moins durant sa période historique d’origine, mais aussi pour changer de perspective et que les objets "exotiques" de notre spectacle soient le lourd mobilier américain de Pinkerton et non celui de Butterfly ou de son monde physique. De cette façon, nous avons essayé de voir l'histoire davantage à travers les yeux de Butterfly.

Comment voyez-vous Madama Butterfly ? Est-ce seulement un drame personnel sur fond de politique ? Qu’est-ce qui vous touche dans cette œuvre ?

Quand Zürich (où cette production a été donnée pour la première fois) m’a demandé une liste des œuvres classiques du grand répertoire que je souhaitais mettre en scène, Butterfly était dans les premiers. Il s’agit d’un opéra qui me semble tellement contemporain par ses thèmes, à la fois personnels et politiques, sans oublier la manière dont Puccini intensifie et humanise l’histoire avec la musique. Comme je l’ai dit plus haut, je voulais m’écarter – ou du moins, créer une perspective plus intéressante – de l’exotisme que l’on trouve dans la pièce. Mais cette œuvre fonctionne quelle que soit la production : je ne crois pas l’avoir jamais vue sans avoir été bouleversé.

Propos receuillis et traduits de l'anglais par Elodie Martinez

| Imprimer

En savoir plus

Commentaires

Loading