Mort de Jessye Norman : disparition d'une grande dame

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La nouvelle est tombée il y a quelques heures : l’immense cantatrice américaine Jessye Norman nous a quitté ce lundi à New York, âgée seulement de 74 ans, des suites d’une septicémie consécutive aux complications d'une blessure à la colonne vertébrale en 2015, selon le communiqué transmis par la famille. Les témoignages se multiplient déjà sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook et Twitter où de nombreux artistes, anonymes et maisons d’opéra lui rendent hommage.

« C’est avec tristesse et chagrin que nous annonçons la mort de la star internationale de l’opéra Jessye Norman. (...) Nous sommes fiers de ses réussites musicales et l’inspiration qu’elle a donnée aux publics du monde entier continuera à être une source de joie, est-il ajouté. Nous sommes également fiers des causes humanitaires qu’elle a défendues, comme la lutte contre la faim, l’aide aux sans-abri, le développement des jeunes et l’éducation artistique et culturelle. » (selon le communiqué transmis par un porte-parole de la famille)

Née le 15 septembre 1945 à Augusta dans l'État de Géorgie (alors soumis à la ségrégation) dans une famille de musiciens amateurs, mais aussi de militants de la NAACP pour les droits des Afro-Américains, elle s’initie d’abord à la musique par la voie de l’Eglise. Grâce à une bourse, elle poursuit ensuite des études musicales à l’université Howard d'où elle ressort diplômée en 1967 avant d’intégrer le conservatoire de Baltimore durant l’été, puis d’obtenir un master à l’université du Michigan. Elle reçoit également une bourse de l'Institute of International Education qui lui permet de participer au concours international de musique de la Radiodiffusion bavaroise ARD à Munich, dont elle ressort lauréate. Un événement qui marque alors son début de carrière en Europe, où elle s’installe par ailleurs en 1969.


Jessye Norman ; © Julio Donoso/Getty Images

A seulement 23 ans, elle fait sensation à la Deutsche Oper de Berlin dans le rôle d’Elisabeth dans Tannhäuser, et les contrats et premiers rôles se succèdent alors à travers de nombreuses scènes, dont la France cinq ans plus tard dans Aida, un rôle qu’elle interprètera à de nombreuses reprises tout au long de sa carrière et sur les scène du monde entier, comme en 1972 à Berlin, Milan et aux Etats-Unis. Elle sera également conviée au festival d'Aix-en-Provence pour Hippolyte et Aricie en 1983 où elle triomphe en Phèdre sous la direction de John Eliot Gardiner, à l’Opéra-Comique en 1985 pour Ariane à Naxos, ou encore au Châtelet en 1983, puis régulièrement à partir de 2000 pour ne retenir que quelques exemples. Elle marque d’ailleurs le pays entier par son interprétation de La Marseillaise le 14 juillet 1989, lors du bicentenaire de la Révolution, alors drapée en bleu, blanc, rouge (une robe imaginée par le styliste Azzedine Alaïa). Une image qui a marqué les Français, mais aussi au-delà des frontières. Elle avait également chanté lors des cérémonies d’investiture des présidents américains Ronald Reagan et Bill Clinton, ou encore pour le 60e anniversaire de la reine Elizabeth II en 1986.

Outre cette histoire d’amour entre la soprano et la France, Jessye Norman parcourt les scènes du monde et n’hésite pas, dans les années 1970, à freiner sa carrière opératique afin de se consacrer à l’exercice du concert qui lui permet d’élargir son répertoire et sa tessiture. Elle retourne à la scène en 1980 dans Ariane à Naxos à Hambourg et fait ses débuts au Metropolitan Opera dès 1983 dans le rôle de Cassandre, dans une production des Troyens de Berlioz dirigée par James Levine.

Elle enchaine les succès et les triomphes se multiplient : la cantatrice reçoit des ovations parfois interminables, comme à Tokyo en 1985 (environ trois quarts d’heure) ou à Salzbourg l'année suivante (presque une heure). Elle se fait cependant rare sur les scènes d’opéras et multiplie les concerts, sans oublier les nombreux enregistrements qui ont gravé cette voix exceptionnelle pour les générations futures (et notre plus grand plaisir).


Jessye Norman et Barack Obama ; © Mandel Ngan/AFP/Getty Images

En 2009, elle reçoit la Médaille nationale des arts des mains du président Barack Obama. Une distinction qui s’ajoute aux multiples autres déjà reçues : celle du Kennedy Center Honors, de l’Ordre des Arts et des Lettres, sans oublier les nombreux Grammy Awards durant et pour l’ensemble de sa carrière. En 2014, elle publie ses mémoires sous le titre Stand Up Straight and Sing!, dans lesquelles elle raconte notamment les femmes qui l'ont marquée et le racisme auquel elle a été confrontée.

Enfin, véritable femme de convictions, elle n’a pas hésité à s’engager pour les sans-abris, contre le racisme, ou encore pour les artistes des milieux défavorisés en fondant dans sa ville natale d’Augusta la Jessye Norman School of the Arts, une institution gratuite pour les plus démunis.

Ce n’est pas seulement une immense artiste qui nous a quittés, mais une grande dame qui manquera tant au chant et à la musique qu’aux combats sociaux qu’elle menait.

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