Rencontre avec Stéphanie d'Oustrac à l'occasion de sa première Charlotte dans Werther

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Du 6 au 15 mai prochain, l'Opéra national de Lorraine (à Nancy) proposera une nouvelle production de Werther, mise en scène par Bruno Ravella. Ce qui marque notamment cette production est la prise de rôle de Stéphanie d'Oustrac qui sera alors Charlotte aux côtés d'Edgaras Montvidas (superbe Edgardo dernièrement à Dresde) qui tiendra le rôle de Werther. La mezzo-soprano, dont les talents de comédienne et de chanteuse ne sont plus à prouvés, a accepté de répondre à quelques questions pour cette occasion...

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Opera Oline : Vous êtes loin d’en être à vos débuts, et pourtant vous allez bientôt interpréter Charlotte pour la première fois de votre carrière. Lorsque l’on a votre expérience, comment appréhende-t-on une prise de rôle ?

Est-ce que ça change vraiment quelque chose d’avoir de l’expérience ? Ce qui change, c’est que l’on a davantage de chance de déjà connaître les personnes avec qui l’on va travailler. Dans le cas présent, je connais en effet déjà Edgaras Montvidas, qui interprète Werther. Il est vrai que c’est toujours plus rassurant de connaître quelques personnes sur une production, mais à part ça, je pense que l’on a toujours la même excitation qu’au début... En tout cas pour ma part ! Finalement, je n’ai pas l’impression que cela change beaucoup. Après, comme il s’agit d’une prise de rôle, on arrive totalement vierge : je n’ai pas d’idée préconçue sur le personnage, mais je crois que de toutes manières, il faut se forcer à chaque production d’avoir cette démarche-là. Donc finalement, le fait d’avoir de l’expérience rassure un peu car on sait comment on travaille, mais à part ça, je ne suis pas particulièrement rassurée. Si je commence à être sûre de moi, c’est que c’est déjà fini ! J’avoue tout de même que cette expérience acquise durant vingt ans, cette maturité, fait que maintenant, on profite davantage des choses qui arrivent. On est moins dans l’idée de faire ses preuves ou dans le challenge. Cela reste de la découverte, mais on en profite davantage. Voilà finalement la qualité apportée par ces vingt années passées.

Outre Charlotte dans Werther, il y a également les rôles de Cassandre dans Les Troyens (à Paris), ou celui du compositeur dans Ariane à Naxos à Toulouse la saison prochaine

En effet, je vais avoir une série de prises de rôles, ce qui est très exaltant ! En même temps, on sait que cela représente beaucoup de travail : je ne me repose pas sur des acquis, comme par exemple pour le personnage de Carmen que je connais très bien maintenant. J’ai envie de rester stimulée, et stimulante par la même occasion. C’est donc bien de voir des répertoires différents, des styles différents. Le but est de toujours avancer, et bien sûr de voir si cela me va. Il faut toujours se questionner, se demander où on en est, quelles sont nos capacités, etc… Il faut toujours évoluer.

Il s’agit donc d’évoluer avec ces prises de rôles ?

Oui. Par exemple, Cassandre fait partie des rôles de tragédiennes que j’ai commencés dans le baroque. C’est alors un peu une suite « normale », mais avec une musique beaucoup plus ample. Cela reste cependant un personnage extrêmement fort, et c’est ce qui me plaît. En revanche, pour ce qui est du Komponist dans Strauss, il s’agit là d’une écriture que j’ai toujours aimée et dont je rêvais. Après, il s’agira d’Octavian (dans Der Rosenkavalier)… C’est une écriture que j’ai pour ma part entendue très tôt dans mon éducation musicale et qui m’attire. Je pense que vocalement, ça peut être extraordinaire à chanter. C’est pour ça que j’avais envie d’explorer ce registre-là.

Et pour ce qui est de Charlotte ? Est-ce que cette prise de rôle est uniquement due au fait que vous attendiez que votre voix soit prête, ou bien est-ce parce qu’il a aussi fallu attendre qu’on vous propose ce rôle ?

Ici, c’est un peu particulier car c’est comme pour Mélisande : Claude Cortèse (le directeur de l’administration artistique de l’Opéra national de Lorraine) m’a demandé ce que je voulais faire, ce qui est quand même un luxe suprême ! Je lui ai alors répondu que, ce que je trouvais étrange, c’est qu’on ne m’avait encore jamais proposé le rôle de Charlotte. Autant Mélisande, je pouvais comprendre que l’on ne me voit pas forcément dedans, mais j’ignore pourquoi on ne m’a jamais proposé Charlotte. C’est donc à partir de là que Claude Cortèse a monté Werther ! Je reprendrai ensuite ce rôle ailleurs…

Comment voyez-vous le personnage de Charlotte ?

Justement, pour le moment, je n’ai pas envie de le voir : j’attends vraiment le travail avec le metteur en scène, car si on a trop d’idées préconçues, cela risque de parasiter ce travail. En tout cas, je sais que c’est une vocalité qui me correspond totalement. Le personnage me porte et la musique est tellement belle ! D’ailleurs, j’adore aussi le rôle de Werther qui a des parties qui sont tout simplement sublimes… Pour moi, cet opéra-là est musicalement extraordinaire et me transporte. Il faut maintenant voir avec la mise en scène ce que l’on peut en faire…

Finalement, ce rôle est donc venu presque tout seul sans un gros travail particulier pour chanter cette partition ?

Il faut toujours travailler, mais c’est vrai que c’est comme si je l’avais déjà, comme s’il était déjà là, en moi. C’est assez amusant…

Avez-vous déjà travaillé avec Bruno Ravella (le metteur en scène) ?

Non, jamais. Nous nous sommes croisés en Angleterre, lors d’un festival, mais nous ne nous connaissons pas. Je n’ai pas non plus vu son travail : j’ai effectivement la chance de beaucoup travailler, mais en contrepartie, je ne vois malheureusement pas tellement de spectacles. Toutefois, j’entends beaucoup de bien le concernant, donc je suis plutôt enthousiaste. Je vais tout découvrir, et j’aime bien cette idée. Dans tous les cas, lorsque l’on tombe sur des personnes intelligentes et investies qui réussissent à nous convaincre et à nous transmettre leurs idées ou leur univers, c’est ensuite notre travail à nous d’être convaincants. J’attends donc les répétitions avec impatience !

Enfin, la fameuse question des projets… Y aurait-il par exemple des idées d’albums ? Un nouveau rôle qui va arriver et que vous attendez ?

Oui, en effet. Avec Harmonia Mundi, nous devrions normalement débuter notre partenariat et enregistrer en septembre, si tout va bien. Il ne s’agirait pas d’un album baroque : je m’orienterais plutôt sur un disque de musiques française et allemande, un petit peu dans la continuité de l’album de mélodies françaises Invitation au voyage (sorti chez Ambronay en 2014), et également dans celle des rôles que je vais interpréter pour ce qui est de l’allemand. Je retrouverai d’ailleurs mon ami pianiste Pascal Jourdan qui avait également ce genre de projet en tête. Nous avons d’ailleurs planifié une série de propositions qui seraient cohérentes avec mes différentes saisons qui arrivent. Il y a donc une logique globale, ce qui est génial. Pour ce qui est d’un nouveau rôle, ce sera dans le bel canto… J’ai effectivement des propositions de metteurs en scène, afin qu’on ne s’arrête pas seulement à la partie chantée mais qu’on travaille vraiment sur l’expression. Je vais donc également partir dans cette direction, et voir ce qu’il en est.

Propos recueillis par Elodie Martinez

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