Rencontre avec la soprano catalane Sara Blanch

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En novembre 2021, Sara Blanch interprétait Marie dans La Fille du régiment dans le cadre du Festival Donizetti de Bergame, et enchainait avec un récital lyrique notamment articulé autour du répertoire du compositeur lombard, aux côtés de son complice Paolo Bordogna.  La jeune soprano catalane a pu y faire tout l’étalage de sa technique belcantiste infaillible, en même temps qu’offrir au public une voix tout en fraîcheur, avec un timbre lumineux et des aigus stratosphériques. Nous avions déjà pu apprécier son talent l’été dernier au Circo Massimo de Rome dans le rôle de Musetta (La Bohème), et nous sommes allé à sa rencontre pour quelques questions sur son parcours, le fameux Concours Vinas qu’elle a remporté, ou encore son travail avec la grande Mariella Devia qui fut un temps sa professeure de chant…

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Opera-Online : Où et quand votre vocation pour le chant est-elle née ? 

Sara Blanch : Je crois que ma vocation pour le chant est née… quand moi-même je suis née ! (rires) Mes parents sont musiciens et notre maison a toujours été un lieu riche de musique et de culture. J’ai commencé à chanter à l’église, dans le chœur de mon village, dirigé par mon père, et dans lequel ma mère jouait du piano. Cela s’est donc fait naturellement. J’ai toujours aimé chanter et je le faisais continuellement : les mélodies de Disney, les morceaux religieux, les chansons populaires… Tout était prétexte pour chanter. Puis, à l’âge de quatorze ans, j’ai pris mes premières leçons de technique de chant, elles m’ont permis de découvrir les possibilités de ma voix. Ce fut à ce moment-là que j’ai compris que le chant m’accompagnerait toute ma vie.

Comment décririez-vous votre voix ?

Ma voix possède un registre assez large, avec des nuances plus sombres quand il s’agit du registre central et très lumineuses pour ce qui est des aigus et suraigus. C’est une voix qui possède une aisance dans l’agilité, avec de nombreuses couleurs. Je dois avouer que dernièrement - et avec les années qui passent -, mon registre central devient toujours plus lyrique et j’ai acquis plus de souplesse dans le cantabile et le legato. Pour l’heure, je suis confrontée à des types d’écriture et de répertoires variés que j’ai pu explorés : ils m’ont permis de prendre conscience que ma voix est capable de bien répondre à ces exigences. Cela m’offre un éventail de possibilités très grand. En outre, au-delà de la question technique concernant mon instrument, ce qui me tient le plus à cœur, c’est que le son provienne surtout du fond de mon âme. C’est ainsi que je souhaite atteindre le public, en déclenchant en eux des émotions et des sentiments plus vrais.

Vous avez remporté le prestigieux concours de chant Viñas à Barcelone, ville où vous résidez. Cette victoire a-t-elle eu un impact sur votre carrière ?

En effet, le concours Viñas a vraiment marqué une étape cruciale pour moi. Bien que je n’aie pas obtenu le premier prix, le jury m’a récompensé huit fois tout de même. Certains de ces prix m’ont permis de commencer à travailler dans des théâtres importants, comme le Gran Teatre del Liceu de Barcelone, le Teatro Real de Madrid, le Teatro de la Zarzuela et le Festival Castell de Peralada. C’est grâce à cela que j’ai entrepris d’évoluer dans des environnements pleinement professionnels, composés de grands musiciens et de grands chanteurs, dont j’ai tant appris et avec lesquels j’ai acquis cette dose d’expérience qui est un des ingrédients fondamentaux de ma profession.

Toutefois, s’affirmer lors d’un concours n’est jamais la garantie d’avoir une carrière assurée. Avec le concours Vinas, j’ai eu l’opportunité d’entrer dans les maisons d’opéra, d’abord dans de petits rôles, mais que j’ai toujours abordés avec le plus grand sérieux et l’engagement le plus total. Ensuite, j’ai continué à me présenter aux auditions et, petit à petit, j’ai commencé à décrocher des rôles principaux. Une carrière comme la mienne - comme toute autre carrière que l’on veut mener à un haut niveau, si l’on en prend soin chaque jour - offre la garantie d’une évolution constante. Si nous accompagnons cette carrière d’une quête de nous-mêmes, des profondeurs de notre cœur, cela nous permet de réaliser toujours davantage que c’est seulement en nous mettant au service de la musique que nous pourrons être capables de faire vivre des émotions inoubliables au public.

Nous avons appris que vous avez eu comme professeure la fantastique soprano italienne Mariella Devia. Comment furent les leçons avec elle ? Quelles sont les choses les plus importantes qu’elle vous a enseignées ?

Le travail avec Madame Devia a toujours été très intéressant et ce fut un privilège de l’avoir comme professeure. Elle met en place un dispositif d’apprentissage très scrupuleux et exigeant. Elle sait parfaitement quelles indications donner pour faire changer le son comme elle le souhaite. Elle est très précise et ses conceptions de la technique du chant sont extrêmement claires et justes. Voilà ce qu’est le chant pour elle ! Nous avons beaucoup travaillé la respiration, le souffle et la façon de trouver un son homogène dans tous les registres. Évidemment, ce fut une chance primordiale pour mon évolution de pouvoir travailler musicalement des rôles comme Lucia, Marie dans La Fille du régiment, Norina dans Don Pasquale, etc. Des rôles qui l’ont rendue elle-même célèbre dans le monde entier…

Qu’y a-t-il prochainement dans votre agenda ? Quels nouveaux rôles allez-vous interpréter et quels sont ceux pour lesquels vous vous sentez prête à chanter dans un proche avenir ?

Prochainement, j’interpréterai le rôle de Donna Lisetta dans l’opéra de Cherubini Lo sposo di tre, marito di nessuno au Teatro del Maggio Musicale de Florence, puis le rôle d’Amore dans L’Orfeo ed Euridice de Gluck dans cette même ville. Après, je serai en tournée pour trois concerts à Moscou, Munich et Paris, avec l’Orchestra Musica Aeterna et le chef Teodor Currentzis, où l’on proposera à nouveau le programme de l’été dernier au Festival de Salzbourg - The Sound of Light -, avec des musiques de Rameau. Au mois de juin, je serai encore au Gran Teatre del Liceu de Barcelone dans le rôle de la Reine de la Nuit, dans La Flûte Enchantée de Mozart, sous la direction de Maestro Gustavo Dudamel. Lors du second semestre 2022, je chanterai pour la première fois le rôle-titre d’Adina de Rossini et celui d'Amina dans La Sonnambula de Bellini, ainsi que le rôle d’Ophélie dans Hamlet d’Ambroise Thomas.

Sinon, Gilda dans Rigoletto est un rôle que j’aimerais interpréter prochainement. J’adore cette femme et je me sens prête à lui donner vie musicalement au plus vite. Pour dire vrai, on me l’avait proposé mais je n’étais pas disponible lors des périodes envisagées. Espérons que cela se réalisera bientôt !

Interview réalisée en janvier 2022 par Emmanuel Andrieu
 

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