Isabelle Battioni, nouvelle directrice, détaille sa vision et ses projets pour Ambronay

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Hier, la nouvelle directrice du Festival d’Ambronay, Isabelle Battioni, donnait une conférence de presse animée par Saskia De Ville après son premier mois à la tête de l’institution afin de présenter sa vision et ses projets pour ce lieu culte cher à tous les amateurs de musique baroque. Il faut dire que cette nouvelle directrice connait bien le système du Centre Culturel de Rencontre (ou CCR, elle a été déléguée générale de l’Association qui les fédère), ainsi qu’Ambronay (elle en fut directrice adjointe de 2004 à 2010 et a lancé Ambronay Editions). Cette première rencontre « virtuelle » a ainsi permis de voir qu’Ambronay conserve un visage souriant, mais aussi un pilier solide pour soutenir le Centre et le festival.

Il est vrai que la période actuelle est fortement troublée et peu propice à une prise de fonction, d’autant plus qu’il s’agit d’un moment de transformation, tant du contenu que du lieu d’accueil qui fait l'objet de travaux. Dans ce contexte, Isabelle Battioni pose cinq axes pour la vision qu’elle souhaite porter à Ambronay, mais appuie fortement sur l’aspect collectif, celui de patrimoine, ainsi que les dialogues et ouvertures qu’elle souhaite voir émerger afin d’aller « vers de nouveaux imaginaires » : face à une planète en mauvais état, il faut penser le monde, se donner collectivement des visions d’avenir, et le patrimoine est pour cela un parfait endroit d’encrage.

Dans un premier temps, la directrice souhaite donc « conforter le festival et les jeunes artistes », puis « renforcer l’attractivité du site », « développer le numérique », « accentuer la dynamique en direction des publics et de l’action culturelle », et enfin « renforcer le projet de territoire et rayonner ». Cette année est donc une année de transition, qui tend à l’élargissement du cœur d’Ambronay, un dialogue entre le baroque et les autres répertoires, notamment le contemporain. Isabelle Battioni évoque le projet de petites commandes, peut-être une ou deux par weekend, qui viendraient s’insérer dans une programmation plus large. Elle tient bien sûr à honorer les engagements déjà pris envers les artistes, et à affirmer le soutien du CCR. L’objectif est avant tout de maintenir le festival, qui se tiendrait du 10 septembre au 4 octobre, donc une durée un peu rallongée par rapport aux éditions précédentes, avec un dernier weekend orienté vers les jeunes talents du Centre. Nous avons par ailleurs déjà appris qu’au cours du premier weekend, nous devrions entendre Les Ombres, avec une création des Motets de Gervais, en grand effectif, tandis que le dernier weekend, le public découvrira des chœurs qui dansent sans danser avec Geoffroy Jourdain et Les Cris de Paris. Le côté participatif, avec son concert, est également une idée que souhaite maintenir la nouvelle directrice.

Parmi les observations tirés du dernier festival qui a pu être maintenu en automne dernier, se trouve le résultat fructueux de concerts un peu plus courts, sans entracte, qui pourraient donc être un format intéressant même hors Covid, de même que les interventions sur le territoires (dans les écoles, commerces, etc.). Une idée qui rejoint celle reposant sur un partage des espaces, le patrimoine du CCR qui est au centre d’un village, d’un département, autrement dit d’une vie collective, et c’est pourquoi Isabelle Battioni souhaite travailler à l’ouverture des portes de l’abbaye et du centre, tout au long de l’année. Une ouverture à de nouveaux partenariats est également évoquée, plutôt qu’une demande plus importante auprès de ceux déjà en place : l’ouverture de partenariats obéirait à la volonté d’ouverture à d’autres domaines, comme les jeunes artistes autodidactes, l’univers des jeux, la jeunesse (avec des écoles de musique, le public à distance, celui d’autres domaines musicaux ou artistiques comme les vidéastes, les plasticiens, etc.).

Bien sûr, le développement du numérique n’est pas forcément original au regard de la situation actuelle, mais si elle apparaît comme une contrainte pour certains, la nouvelle directrice estime que c'est là un outil de médiation et qu'il faut être proactif dans ce domaine qui est maintenant un impératif. Il ne faut pas avoir peur de s’associer à de nouveaux acteurs (comme le MOOC dont nous parlions en décembre et qui enregistre 3000 inscrits), afin de faire connaître la musique baroque et ses principes, et les faire vivre dans d’autres domaines, comme par exemple les sonorités qui lui sont propres ou l’improvisation. Le numérique a effectivement tendance à s’opposer à l’expérientiel, et il ne doit pas devenir le seul moyen de vivre ou connaître l’art, d’autant plus que tout le monde n’y a pas accès, mais il faut apprendre à vivre avec, à en faire une force et pourquoi pas créer un beau métissage entre réel et virtuel. D’autant plus qu’un CCR est aussi un lieu d’expérimentation.

La nouvelle directrice du CCR d’Ambronay affirme donc sa volonté de transition, d’ouverture, mais aussi de parité et de diversité, afin que tout le monde puisse y trouver sa place. La création peut être le lieu de ce changement. Parallèlement, le centre reste actif puisque l’ensemble El Gran Teatro del Mundo y est actuellement présent pour enregistrer son premier disque (qui devrait sortir d'ici à l'automne 2021). Et d’autres sorties de disques sont prévues dans l’année.

Enfin, pour Isabelle Battioni, le temps de la concurrence est passé, c’est à présent le temps des alliances. Des alliances et des aides, de création et de maintien de liens avec le public et les publics de tous horizons, ainsi qu’avec les artistes. Une belle vision d’ouverture, tournée vers l’avenir et la réflexion, ancrée dans le patrimoine : voilà ce que semble proposer cette nouvelle directrice, laissant présager encore de belles saisons à Ambronay que nous avons hâte de découvrir.

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