Interview : Marc Laho chante Nadir à l'Opéra Royal de Wallonie

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Un mois après son Hoffmann à l'Opéra de Toulon, le ténor wallon Marc Laho revient au répertoire qui l'a fait connaître - et qui l'a propulsé sur les scènes internationales – en chantant le rôle de Nadir dans Les Pêcheurs de perles. Chez lui - à Liège où il est né -, il nous a reçu avec sa simplicité et sa gentillesse coutumières.

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Opera-Online : Vous chantez actuellement le rôle de Nadir dans Les Pêcheurs de perles de Georges Bizet à l'Opéra Royal de Wallonie. Dans quel état d'esprit êtes-vous ?

Marc Laho : Chanter à Liège est en effet un grand plaisir puisque c'est ma ville natale, d'autant que c'est avec Les Pêcheurs de perles qui représentent pour moi un vrai défi. Depuis quelques années en effet, ma voix s'est élargie et j'aborde des rôles beaucoup plus « lourds », comme Don José, Hoffmann ou Caravadossi, que je viens de chanter, ici à Liège, il y a trois mois. Je n'avais plus chanté Nadir depuis sept ans, c'était à l'Opéra de Zurich, et donc il y avait un peu d'inquiétude : il m'a fallu retravailler ma voix, ma voix mixte notamment, pour retrouver la légèreté du rôle.

Aviez-vous votre propre conception du rôle avant le début de ce travail ? Avez-vous été amené à le réviser lors de ces répétitions liégeoises ?

C'est la première fois que j'ai l'occasion de travailler avec Yoshi Oida (MDLR : le metteur en scène). Au début, j'ai trouvé la mise en scène très statique et épurée, puis j'ai compris ses intentions, un travail qu'il a voulu concentrer sur les chanteurs, plutôt que de reposer sur une scénographie envahissante. Par ailleurs, il avait une intéressante conception de mon personnage, mais j'ai également pu lui proposer certaines choses, car c'est un homme très souple et à l'écoute des chanteurs.

Avez-vous écouté les enregistrements des grands anciens ténors francophiles : Raoul Jobin, Guy Chauvet, André Turp ou encore Alain Vanzo avec qui vous avez travaillé ?

Oui, comme tout chanteur. Cela dit, j'ai d'abord commencé à retravailler le rôle de Nadir sans écouter qui que soit. J'ai relu tout le livret, puis retravaillé la partition avec ma pianiste. Une fois ce travail fait, j'ai réécouté les autres ténors qui ont gravé le rôle, à commencer par Alain Vanzo qui est pour moi le meilleur Nadir de toute la discographie...mais sans volonté de le copier, en affrontant le rôle avec mes propres moyens.

En voyant arriver Nadir, les pêcheurs l'appellent le « coureur des bois ». Comment envisagez-vous le personnage ?

Je vois l'histoire comme une histoire d'amitié très forte entre deux hommes, deux hommes qui aiment la même femme et qui décident de ne plus la fréquenter pour ne pas mettre en danger cette amitié. Mais le serment ne sera pas tenu par l'un d'eux... C'est une histoire qui pourrait se passer aujourd'hui, c'est pour cela que je la trouve si touchante, elle parle d'une situation dans laquelle n'importe qui peut se retrouver.

Existe-t-il selon vous un « ténor français ». Quelles en seraient les caractéristiques premières ?

Oui, et j'espère en être un bon exemple ! (rires). Je défends énormément le répertoire français qui recèle une multitude de petits bijoux. Je trouve d'ailleurs que la France ne met pas assez son patrimoine lyrique en avant et n'emploie pas assez les chanteurs français. Cette aparté fait, la caractéristique première de l'école française de chant est la clarté de l'élocution et de la diction. On ne devrait pas avoir besoin de surtitres quand on chante en français !

A l'automne prochain, à Strasbourg, vous chanterez dans le merveilleux « poème lyrique » Pénélope de Gabriel Fauré...

Oui, je suis très heureux de retrouver Olivier Py à cette occasion, qui m'avait mis en scène dans Les Contes d'Hoffmann à Genève. C'est un vrai bonheur de travailler avec lui, il a un incroyable sens du détail et personne ne dirige mieux les chanteurs que lui. Il faut dire qu'il est comédien et sait ce que jeu scénique veut dire ! J'ai déjà commencé à travailler la partition car c'est un rôle exigeant ; je la connaissais déjà car j'avais chanté la partie d'Antinoüs au Festival d'Edimbourg il y a quelques années. Et je veux arriver à Strasbourg en maîtrisant complètement la partition pour ne m'occuper que du jeu d'acteur et de la mise en scène d'Olivier Py.

Pourriez-vous nous citer trois airs ou passages musicaux pour ténor qui sont inoubliables pour vous, et pourquoi ?

Mon préféré est peut-être celui de Kleinzach dans Les Contes d'Hoffmann, car c'est mon rôle fétiche. Je rêverai de chanter un jour le « Nessun dorma » dans Turandot, car c'est un air qui me touche viscéralement. Si je dois en citer un troisième, ça serait « La fleur que tu m'avais jetée » dans Carmen qui requiert un luxe infini de nuances et de raffinement. On l'entend malheureusement chanté trop souvent forte, alors qu'il faut le délivrer, à mon sens, avec le maximum de musicalité et de douceur.

Quelles rencontres vous ont marqué dans votre itinéraire artistique ?

Celle avec Luciano Pavarotti que j'ai rencontré lors du concours qui porte son nom, c'était en 1992 à San Francisco, où j'avais terminé finaliste. Une autre rencontre importante a été celle avec Renata Scotto à l'Opéra de Monte-Carlo, alors qu'elle y chantait le rôle-titre de Fedora, opéra dans lequel j'avais un petit rôle. Elle était venue me voir un soir dans ma loge pour me dire « Tu sais, Marc, tu as une voix magnifique ! ». Ca m'a fait un énorme plaisir et m'a motivé à poursuivre cette carrière.

Estimez-vous que votre carrière se déroule actuellement selon vos vœux ?

Je ne veux surtout pas brûler les étapes et vais donc à mon rythme. J'ai refusé pas mal de contrats car l'important dans une carrière, c'est de durer ! Certains mauvais choix peuvent mettre en péril votre voix, et je fais très attention aux nouveaux rôles que j'aborde.

Quelles sont les œuvres que vous souhaitez ajouter à votre répertoire ou reprendre dans le futur ?

Sans hésiter Werther ! Je ne l'ai pas encore mis à mon répertoire car je voulais attendre la maturité pour le faire : dans la voix, mais aussi dans la tête ! Pour faire ressentir ce personnage, il faut avoir vécu beaucoup de choses et traversé des épreuves. Et si je peux me permettre, je profite de la tribune que vous m'offrez pour prévenir les directeurs de théâtres que je me sens prêt pour le rôle ! (rires)

Propos recueillis à Liège par Emmanuel Andrieu

Marc Laho dans Les Pêcheurs de perles à l'Opéra Royal de Wallonie, jusqu'au 25 avril 2015

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