Hector Berlioz

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Informations générales

  • Date de naissance :11/12/1803
  • Date de décès :08/03/1869
  • Nationalité :France

Biographie

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Berlioz, portrait d’un musicien romantique

Hector Berlioz qui fut compositeur, chef d’orchestre, brillant critique musical et éminent théoricien de la musique, aurait dû être médecin… C’est ce que souhaitait son père, lui-même médecin dans une bourgade du département de l’Isère, La Côte Saint-André, où Louis-Hector Berlioz vit le jour le 11 décembre 1803. De ses cinq frères et sœurs, deux seulement survivront, Nanci, née en 1806, et Adèle, née en 1814. L’enfance à La Côte Saint-André sera scandée par les temps forts de l’épopée napoléonienne où s’enracine peut-être le sentiment épique qui soulèvera nombre des compositions du futur musicien.

La vie mouvementée d’un jeune musicien romanesque

Le jeune Hector se passionne très tôt pour la lecture. Il s’enthousiasme pour Chateaubriand et le « vague des passions », mais aussi pour une pastorale de Florian, Estelle et Némorin, qu’il lit et relit jusqu’à tomber amoureux de l’héroïne. En 1815, le réel rejoint le monde imaginaire quand Hector, âgé de 12 ans, rencontre avec émerveillement une jeune fille de 18 ans, Estelle Duboeuf. Il la décrira dans ses Mémoires : « Elle avait une taille élégante et élevée, de grands yeux armés en guerre, bien que toujours souriants, une chevelure digne d’orner le casque d’Achille, des pieds, je ne dirai pas d’Andalouse, mais de Parisienne pur sang, et des brodequins roses !… Je n’en avais jamais vu… Vous riez !… Eh bien j’ai oublié la couleur de ses cheveux (que je crois noirs pourtant) mais je ne puis penser à elle sans voir scintiller, en même temps que ses grands yeux, les petits brodequins roses ». Tout Berlioz est là, entre exaltation et fièvre amoureuse, avec tout le talent littéraire qui fera la richesse incomparable de ses articles musicaux comme de ses Mémoires. Cette Estelle va devenir un fil rouge de toute son existence. C’est pour elle qu’il composera une mélodie écrite sur des vers d’Estelle et Némorin, qui deviendra le motif initial de la Symphonie fantastique. C’est elle encore qui inspirera le thème de l’idée fixe de cette même symphonie. C’est elle qu’il  retrouvera au terme de sa vie, mariée, mère et grand-mère, âgée de 70 ans ! Et  c’est sur l’évocation d’Estelle, son « étoile », que Berlioz achèvera ses Mémoires en 1865. 

Hector  Berlioz s’adonne très vite à son autre passion, la musique. Il s’initie d’abord à la flûte, se procure des traités d’harmonie et commence à composer : à 15 ans, il signe sa première œuvre, un Pot-pourri concertant sur des thèmes italiens pour flûte, cor, deux violons, alto, violoncelle. Le docteur Berlioz ne fait rien pour encourager cette inclination et Hector doit s’inscrire à la Faculté de Médecine de Paris où il arrive en novembre 1821. Etudiant peu motivé, Berlioz déserte souvent les amphithéâtres pour l’Opéra où il découvre Salieri, Spontini, Méhul et surtout Gluck. Il fréquente assidûment la bibliothèque du Conservatoire où il étudie toutes sortes de partitions. Il compose des romances, Le dépit de la bergère, Pleure, pleure, pauvre Colette ou le Maure jaloux. En 1823,  Berlioz devient élève du compositeur Jean-François Le Sueur (1763-1837). Il envisage un opéra sur Estelle et Némorin, décide d’entrer au Conservatoire et abandonne définitivement la médecine.

En 1824, Berlioz écrit une Messe solennelle destinée à l’Eglise Saint-Roch. Comme il manque d’argent pour réunir les choristes et instrumentistes nécessaires à son exécution, il sollicite en vain un prêt de… Chateaubriand ! Heureusement, un fervent amateur de musique, Augustin Pons, permet à la Messe solennelle d’être créée : c’est la première fois que Berlioz entend sa musique. Plus tard, il dira avoir brûlé cette partition de jeunesse… dont on a retrouvé miraculeusement le manuscrit en 1991 dans une église de Belgique.

A la fin de l’été 1827, alors qu’il travaille à une œuvre inspirée par sa découverte de Goethe, les Huit Scènes de Faust, qui, plus tard, deviendront La Damnation de Faust, le jeune homme découvre Shakespeare. Une compagnie théâtrale londonienne est venue donner à Paris plusieurs pièces du grand dramaturge. Pour Berlioz, c’est une révélation : « Son éclair, en m’ouvrant le ciel de l’art avec un fracas sublime, m’en illumina les plus lointaines profondeurs ». D’autant plus qu’il tombe éperdument amoureux de la jeune comédienne qui incarne le personnage d’Ophélie, Harriet Smithson, sans pourtant la rencontrer. C’est pour elle qu’il compose à 27 ans sa Symphonie fantastique, son plus grand chef-d’œuvre, créé le 5 décembre 1830. Sous-titrée Episodes de la vie d’un artiste, cette symphonie autobiographique exprime tout à la fois le « vague des passions » romantique, le désespoir ardent face à l’amour impossible, la poésie de la Nature, le délire de l’opiomane, tout cela emporté par une orchestration d’une richesse inusitée, avec des instruments alors peu employés, harpes, cor anglais, cloches, et un traitement rythmique d’une originalité visionnaire.

Une jeune pianiste belge de 18 ans, Camille Moke remplace bientôt Harriet dans le cœur bouillonnant de Berlioz qui demande en mariage sa nouvelle « étoile ». Comprenant qu’il lui faut établir sa situation pour convaincre la mère de la jeune fille, le musicien décide de concourir pour le Prix de Rome, qui lui assurerait une situation. Il avait déjà tenté deux fois l’épreuve sans succès en 1826 et en 1827 ; en 1828, il avait obtenu un second Prix avec sa cantate Herminie et, en 1829, saCléopâtre avait été recalée. En 1830, Berlioz obtient enfin ce Prix de Rome tant convoité avec une nouvelle cantate, Sardanapale, ce qui rassure la mère de Camille tout autant que le père d’Hector, lequel n’avait pas vu d’un très bon œil l’abandon par son fils de ses études de médecine.

Arrivé à la Villa Médicis le 10 mars 1831, le musicien amoureux s’inquiète d’être sans nouvelles de sa bien-aimée quand il reçoit une lettre de Madame Moke  lui annonçant sans ménagement le prochain mariage de sa fille avec le facteur de pianos Camille Pleyel. Fou de rage, Berlioz décide de rentrer à Paris pour, déguisé en soubrette, s’introduire chez les Moke, y tuer Camille, sa mère et son futur époux, puis se tirer une balle dans la tête. Mais, dans son équipée, il perd son déguisement et, arrivé à Nice, il est saisi par le doute et rentre à Rome, guéri de son amour pour Camille. Il en sortira une composition d’abord intitulée Le Retour à la vie, qui deviendra Lélio, dans lequel il affirme le pouvoir de la musique sur les passions. Il doit pourtant demeurer encore plusieurs mois à Rome, où il ne parvient pas à composer. Quand il s’agit de faire son premier « envoi de Rome », ce devoir imposé aux pensionnaires de l’Académie, il recopie sans vergogne le Resurrexit de sa Messe solennelle de 1824 et les membres de l’Institut le félicitent des « progrès accomplis » !

Nul n’est prophète en son pays

Finalement, il obtient de quitter Rome plus tôt que prévu et, en novembre 1832, il est de retour à Paris. Il y organise aussitôt un concert où figurent la Symphonie fantastique et Le Retour à la vie. Harriet, sa passion idéalisée de 1827, assiste au concert. Il ne lui avait jamais adressé la parole auparavant. L’amour renaît dans le cœur de Berlioz, il est payé de retour et, malgré l’opposition de ses parents, il épouse sa bien-aimée le 3 octobre 1833 à l’ambassade d’Angleterre, avec pour témoin son ami Franz Liszt. Le jeune couple s’installe à Montmartre et, au mois d’août 1834, Harriet accouche d’un fils, Louis. Berlioz compose, organise des concerts, souvent avec le soutien de Liszt dont le nom est déjà illustre. Il connaît quelques satisfactions artistiques, comme la rencontre avec Paganini à l’issue d’un de ces concerts. Le virtuose, séduit par l’originalité de Berlioz, lui commande une œuvre pour alto et orchestre : ce sera Harold en Italie. Mais les finances sont maigres : c’est ce qui amène Berlioz à se faire critique musical, pour assurer au moins un revenu régulier à son ménage. Il collabore notamment au Correspondant et au Journal des débats. Pourtant, il voudrait être reconnu dans ce qui est alors le temple qui fait les réputations : l’Opéra. Sur les conseils d’Alfred de Vigny, il choisit de composer un opéra sur la vie de Benvenuto Cellini. Mais sa composition en est interrompue par une commande de l’Etat, celle d’un Requiem destiné à célébrer le général Mortier, tué durant le fameux attentat de Fieschi, ainsi que les victimes de la Révolution de juillet. Finalement c’est pour les obsèques du général Damrémont, tué lors du siège de Constantine, que l’œuvre est créée à l’église des Invalides, par quelque cinq cents exécutants qui donnent à Berlioz la possibilité de déployer avec toute la théâtralité souhaitée ce flamboiement musical qui l’habite. Le succès est à la mesure des moyens engagés et le Tuba mirum en particulier, avec ses quatre orchestres de cuivres disposés de part et d’autres de la coupole, suscite un enthousiasme considérable.

C’est sur la lancée de ce triomphe que Berlioz crée son opéra, Benvenuto Cellini,en 1838 : hélas, c’est cette fois un échec total – en dépit des soutiens de Liszt ou de Paganini, qui, quelques mois plus tard, après avoir entendu l’œuvre qu’il avait suscitée, Harold en Italie, fera à Berlioz un don de 20 000 francs, geste d’une incroyable générosité qui permettra au compositeur de se consacrer durant quelque temps uniquement à la composition, en particulier à celle de Roméo et Juliette, dédié, c’est bien le moins, au grand virtuose.

Berlioz a alors 35 ans et tout son destin est dessiné.

Sur le plan artistique, il va continuer de composer des œuvres dont beaucoup, en France, seront boudées par le public même si elles passionnent Liszt, Brahms ou Paganini. Pour un succès avec Roméo et Juliette à la création de laquelle assiste Wagner, ébloui, ou avec L’Enfance du Christ, il y a l’échec de La Damnation de Faust ou celui des Troyens, jamais joué en entier de son vivant ! Bientôt Berlioz comprend que, s’il n’est pas entendu dans son pays, il peut connaître le succès à l’étranger. Il entreprend une première tournée de concerts en Allemagne (1842-1844) où il est partout acclamé avec ferveur comme il le décrit dans son Voyage musical en Allemagne. Durant plus d’un quart de siècle, il va voyager dans ce pays qui apprécie sa musique. Il se rendra régulièrement à Baden-Baden où il créera son opéra Béatrice et Bénédict (1862). Voyageur infatigable, le compositeur boudé en France parcourt l’Autriche, la Bohême, la Hongrie, la  Russie ou encore l’Angleterre : partout, sa musique est admirée, comprise, écoutée avec ferveur. Cela n’a guère changé d’ailleurs ! Où peut-on aujourd’hui entendre le plus souvent les œuvres de Berlioz ? En Russie, en Allemagne et en Angleterre, le seul pays où la quasi intégralité de son œuvre a été enregistrée, et bien avant la célébration de son bicentenaire. Un des meilleurs chefs berlioziens a d’ailleurs été Sir Colin Davis. N’a-t-on pas coutume de dire ironiquement que Berlioz est « le plus grand musicien anglais » ?

Les dernières années

Berlioz a dû rechercher des commandes une bonne partie de sa vie, ce qui nous a valu entre autres l’impressionnante Symphonie funèbre et triomphale (1840) pour la translation des cendres des victimes de la Révolution de juillet sous la colonne de la Bastille, ou le Te Deum pour l’ouverture de l’Exposition Universelle de 1855. A côté de son activité de compositeur, il va devoir pérenniser son travail de critique musical qui non seulement en fera une des voix les plus écoutées de son temps mais nous offre aujourd’hui un passionnant témoignage sur la vie musicale de l’époque, d’autant que l’essentiel de ces feuilletons a été réuni par lui-même dans trois recueils successifs, Les Soirées de l’orchestre, Les Grotesques de la musique et A travers chants.

Sur le plan personnel, sa vie va encore être bouleversée : Harriet, impotente à la suite d’une mauvaise chute, sombre peu à peu dans l’alcoolisme. A partir des années 1840, il entretient une liaison suivie avec Marie Recio, une cantatrice sans grand talent qui l’accompagne en voyage, et pour laquelle, sans doute, il compose son beau cycle des Nuits d’été. En 1844, il se sépare d’Harriet, mais il devra encore attendre sa mort, dix ans plus tard, pour épouser Marie Recio. Et quand sa seconde femme mourra à son tour, en 1862, Berlioz, seul, se souviendra de son amour de jeunesse, l’Estelle aux brodequins roses qu’il retrouvera, sans doute un peu surprise de cette réapparition au bout d’un demi-siècle. C’est sur l’évocation d’Estelle, son « étoile », que Berlioz achève ses Mémoires en 1865. Au terme de cette vie traversée par des vagues de sentiments multiples, d’enthousiasmes, d’emportements, de passions parfois démesurées, c’est l’ « idée fixe » de la Symphonie fantastique qui revient, bouclant la boucle.

Les dernières années seront assombries par la maladie, une « névrose intestinale », sans doute un cancer de l’intestin, aussi par la mort de son fils Louis, devenu marin, qui succombe à la fièvre jaune dans le port de La Havane. Quelques mois plus tard, après un ultime voyage à Saint-Pétersbourg où il est fêté par les jeunes compositeurs César Cui et Rimski-Korsakov, Berlioz meurt chez lui à Paris, dans son appartement du cinquième étage de la rue de Calais, le 8 mars 1869. Cette année-là, Flaubert publie L’Education sentimentale.

Catherine Duault

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