Le Crépuscule des Dieux au Liceu : Theorin, la Brünnhilde idéale

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Parmi les interprètes de la première du Crépuscule des dieux du Liceu, à Barcelone, la plus notable était l’immense, l’anthologique, l’inoubliable Brünnhilde d’Irène Theorin. La voix, la puissance, l’engagement scénique et la compréhension du rôle placent la soprano suédoise en lice pour être l'une des meilleures Brünnhilde au monde, si ce n’est la meilleure. Sa scène finale restera dans les mémoires de tous, pour de nombreuses années.



Les autres chanteurs offraient des prestations équilibrées, pour une moyenne de très haut niveau. Lance Ryan s’avérait particulièrement bon en termes d’engagement, courageux quand bien même sa voix n’était sans doute pas toujours aussi enveloppée qu’on pouvait l’attendre, tout en manquant parfois de nuances dans le personnage. Eric Halfvarson, dans le rôle de Hagen (remplaçant Hans Peter König, malade) offrait ce soir-là une brillante interprétation, empreinte d’une grande intelligence dramatique. Et pour sa part, Samuel Youn était tout à fait convainquant dans le rôle de Gunther. À l’inverse, Oskar Hillebrandt donnait à voir un pauvre Alberich. Jacquelyn Wagner, qui faisait ici ses débuts au Liceu, affichait de très belles qualités dans le rôle Gutrune et la troisième Norne. Michaela Schuster était quant à elle aussi puissante que magnifique en Waltraute. Les chœurs et seconds rôles proposaient en outre une belle prestation.

L’autre vainqueur de la soirée est le chef d’orchestre Josep Pons. En 2013, lors de sa première direction d’un opéra mis en scène au Liceu (et qui était aussi sa première direction d’une oeuvre scénique de Wagner), le chef espagnol avait déjà délivré une plutôt bonne partition de l’Or du Rhin, mais sa prestation dans ce Crépuscule des Dieux s’avère ici excellente, obtenant de l’orchestre un son superbe. Si Pons avait reçu quelques sifflets pour son Or du Rhin, le public lui a cette fois-ci offert une standing-ovation en fin de soirée, applaudissant les grands progrès du chef et de son orchestre. 

Cette production du Crépuscule des Dieux demeure cohérente et suit les règles déjà établies lors des titres précédents du cycle wagnérien. Ce Ring, tout droit venu de l'Opéra de Cologne et imaginé par Robert Carsen, se veut l'écho du contexte écologique, social et politique actuel : il met en scène des politiciens balauds qui, dépourvus d'ambition, se retrouvent pris au piège de leurs promesses non tenues, qui les entrainent dans leur propre perte, détruisant au passage la nature elle-même.

Cette mise en scène présente une direction à la fois sobre et méticuleuse des personnages, avec de très belles idées, telles que la transposition de la scène entre Hagen et Alberich dans un rêve de ce dernier. Visuellement, le décor est magnifique dans sa laideur, et abuse de la multiplication des atmosphères et des costumes fascistes. Néanmoins, l'ultime catastrophe cathartique et expiatoire de l'oeuvre - tout doit être détruit pour que tout soit reconstruit de nouveau -, avec Brünnhilde s'avançant dans la lumière, est tout simplement magnifique, théâtralement puissante et symboliquement pleine de sens, en plus d'être cohérente avec l'approche globale. Dans son ensemble, c'est une production pleine de talent.

Proposer un Ring est un défi colossal pour tout théâtre, à la fois au regard de perspectives techniques et artistiques, tant l’œuvre nécessite que chacun s’investisse totalement. Le Liceu a débuté ce Ring au cours de sa saison 2012-2013. Il a bien débuté et finit meilleur encore à tous égards, renouant avec l’ancienne réputation voulant que le Liceu soit l’une des plus grandes maisons wagnériennes d’Europe du sud.

Librement traduit de la chronique anglaise de Xavier Pujol

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