Une Aïda virtuelle au Festival de Macerata

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Si, au Festival de Macerata, Turandot a payé de malchance avec le retrait (suite à une chute) d’Iréne Theorin dans le rôle-titre (mais en fait pas du tout, le lecteur peut éclaircir ce mystère en cliquant ici), que dire de la production d’Aïda qui a subi tour à tour la défection de Maria Pia Piscitelli (superbe Norma à Tel Aviv l’hiver dernier) et de Sonia Ganassi (qu’on ne présente plus…). Las, il faut bien avouer que le public a cette fois perdu au change. Si la première, la soprano arménienne Liana Aleksanyan, fascine par un timbre unique et captivant, avec des accès de révolte qui font mouche grâce à une voix brillante passant facilement la rampe, les pianissimi de l’air du Nil et les envolées élégiaques du duo final lui causent en revanche bien du souci : l’émission tend à se durcir et le timbre se brise trop vite sur les fins de phrases. Au crédit de la mezzo italienne Anna Maria Chiuri, nous mettrons la sensibilité de l’artiste qui évite de faire d’Amnéris une virago, pour dessiner avant tout une femme amoureuse (et émouvante). Mais côté vocal, elle ne dispose malheureusement pas des armes nécessaires pour rendre justice à son personnage : son chant manque d’impact et d‘intensité expressive, la voix de puissance et de projection, le timbre de graves suffisamment profonds et sonores. Avec son profil vocal athlétique, Stefano La Colla – positivement remarqué à l’Opéra national du Rhin en juin dernier – n’éprouve en revanche aucune difficulté à donner corps aux états d’âme du général traître à sa patrie… mais il se montre malheureusement bien moins crédible dans ses élans amoureux. Le baryton italien Stefano Meo reste en retrait, avec un Amonasro entièrement construit sur le déferlement de décibels au point, à certains moments, de renoncer à toute ligne de chant digne de ce nom. Giacomo Prestia campe un Ramfis solide et monolithique à souhait, Christian Saitta apportant au Roi son timbre d’une noirceur imposante. Très bien aussi la Prêtresse de Federica Vitali, tandis que le Messager d’Enrico Cossutta est à oublier très vite.

Directeur artistique de la manifestation lyrique des Marches, une des plus belles régions d’Italie, Francesco Micheli reprend la production qu’il avait lui-même signée il y a trois ans, une mise en scène peut-être déroutante mais à coup sûr originale. La scénographie signée par Edoardo Sanchi prend la forme d’un immense ordinateur portable (papyrus moderne) sur lequel évoluent les protagonistes (le chœur est cantonné sur les côtés) et qui est régulièrement rehaussé de nombreuses images vidéos : des hiéroglyphes extraits du fameux Livre des Morts ou des mots ou phrases extraits du livret d'Antonio Ghislanzoni (qui débordent aussi largement sur l’immense mur du Sferisterio…). En fait, toute l’histoire est transposée à l’ère du numérique, et c’est Ramfis qui la raconte, depuis son propre ordinateur portable, en scribe des temps modernes qu’il est. Dans cette même optique, les costumes conçus par Silvia Aymonino sont assez futuristes, tandis que les chorégraphies imaginées par Monica Casadei sont également très contemporaines, puisant dans la Break Dance et le Hip-Hop. La scène finale montre l’ordinateur se refermer progressivement sur les deux amants pour les étouffer à jamais…

Enfin, sous la direction, d’essence éminemment verdienne - et passionnée - du chef italien Riccardo Frizza, l’Orchestre Philharmonique des Marches met parfaitement en relief tous les raffinements et les qualités esthétiques d’une partition par trop souvent vouée au clinquant et à la démesure. Signe d’un travail mené en convergence, le Chœur lyrique des Marches « Vincenzo Bellini » fait valoir une approche résolument identique.

Emmanuel Andrieu

Aïda de Giuseppe Verdi au Festival de Macerata, jusqu’au 14 août 2017

Crédit photographique © Alfredo Tabbochini
 

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