Un Requiem de Mozart en panne de mysticisme à Montpellier

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Que n’a-t-on dit et écrit au sujet du Requiem de Wolfgang Amadeus Mozart ? Bien que la légende l’a souvent emporté sur la réalité, on sait que la commande provient du Comte von Walsegg-Stuppach, musicien raté qui avait pour habitude de faire passer les œuvres des autres pour les siennes propres, à la mémoire de sa femme défunte –décédée en 1791, quelques mois avant Mozart... On sait également qu'à défaut d’avoir été supprimé par Salieri, le génie de Salzbourg, malade autant qu’épuisé par la composition de ses dernières œuvres, ne parvint pas à mettre un point final de son ultime chef-d’œuvre, terminé par son élève et ami Franz-Xaver Süssmayr.

A contrario du Festival d’Aix-en-Provence qui a choisi de donner l’ouvrage sous format scénique l’été dernier, l’Opéra de Montpellier vient de proposer le chef d’œuvre mozartien – trois jours d’affilée et à guichet complet – sous son habituel format concertant. Et ici, c’est le jeune assistant du maestro Michael Schonwandt, le suédois Magnus Fryklund, qui tient la baguette – il dirige là un de ses premiers concerts depuis sa nomination à l’Opéra Orchestre National de Montpellier auprès du grand chef danois. Disons-le sans ambage, si sa direction séduit souvent, faisant preuve notamment d’une louable maîtrise technique, elle n’emporte néanmoins pas toujours l’adhésion, car l’ardeur déployée par le jeune homme se fait bien souvent au détriment du mysticisme et de la ferveur (religieuse) dont l’ouvrage ne peut faire l’économie. Fryklund adopte des tempi volontiers animés et vivants ; l'introduction orchestrale et chorale du Kyrie est d’abord souple, puis on est emporté par l’élan imprimé au Dies Irae. La lente déploration dans le Lacrimosa et l’intimité du Recordare sont bien dessinées, tandis que la transparence et la finesse dans le Confutatis sont du plus bel effet : la souplesse et la musicalité de l’Orchestre et du Chœur maisons retiennent avec force l’attention.

Par ailleurs, le quatuor de solistes s’avère, lui aussi, très honorable : une Angélique Boudeville au beau soprano lyrique et épanoui, une Alyona Abramova très expressive, un Kévin Amiel au timbre gorgé de soleil, et un Julien Véronèse qui donne sa touche d’humanité à la partie de basse. Mais si cette interprétation du Requiem de Mozart tient la route, l’on n’a cependant guère été ému par la lecture du jeune chef (qui mérite néanmoins d’être suivi !...).

Emmanuel Andrieu

Requiem de Mozart à l’Opéra-Comédie de Montpellier (octobre 2019)
 

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