Un Nabucco pour le chef et les voix aux Thermes de Caracalla

Xl_nabucco1 © Teatro dell'Opera di Roma

Toute représentation d’opéra amplifiée par les micros laisse une impression bizarre, celle d’écouter un enregistrement parfois sans rapport avec ce qui se passe sur scène. Difficile, donc, d’émettre un jugement définitif sur les chanteurs. Dans ce Nabucco donné dans les majestueux Thermes de Caracalla, où se déroule la « saison d’été » de l’Opéra de Rome, il nous a par exemple semblé que le baryton arménien Gevorg Hakobyan s’investissait avec ardeur dans le discours verdien, avec une morbidezza bienvenue dans les phrasés, mais une fois encore la sonorisation du spectacle peut fausser le jugement, notamment sur la puissance de la voix. Pas de doute, en revanche, sur la prestation de la soprano hongroise Csilla Borossdéjà entendue dans le rôle d’Abigaille au Grand-Théâtre de Genève – qui se joue toujours avec autant de facilité des écueils éprouvants dont cette partie est truffée, sans pour autant négliger la souplesse de la ligne ou chercher à forcer des moyens déjà imposants. L’actrice n’est pas en reste, et son engagement scénique force également le respect. Même satisfecit pour le Zaccaria de Riccardo Zanellato dont les accents, d’un engagement farouche, et les intonations, à la fois nobles et fières, confèrent à son personnage l’autorité qu’il requiert. Quant au ténor italien Antonio Coriano, il incarne un Ismaele au timbre juvénile et à l'expression variée, tandis que la Fenena d’Erika Beretti allie beauté de timbre et maîtrise de la ligne.

Confiée à l’italien Federico Grazzini, la mise en scène est ce qu’il y a de moins convaincant ce soir. Il situe l’action dans un lieu et un temps indéfinis, si ce n’est qu’il s’y déroule une guerre, ce dont témoigne des bâtiments éventrés et des hommes en armes vêtus de manière bien hétéroclite. La direction d'acteurs s’avérant par ailleurs plus que discrète, c’est donc sur les projections signées par Luca Scarzella que repose le vrai intérêt du spectacle : les images plus ou moins figuratives qui se succèdent sur les imposantes ruines (qui font office de fond de scène) imprègnent en effet la rétine. En fosse, l’excellent chef italien Roberto Rizzi Brignoli, très présent sous nos latitudes (il a dirigé Lucia à Avignon ou Anna Bolena à Marseille l’an passé) coordonne avec une calme autorité le Chœur et l’Orchestre du Teatro dell'Opera di Roma, dont il obtient une constante éloquence et sincérité d’accents. Il n’est pas donc pas pour rien dans la réussite de la soirée !

Emmanuel Andrieu

Nabucco de Giuseppe Verdi aux Thermes de Caracalla, jusqu’au 9 août 2017

Crédit photographique © Teatro dell’Opera di Roma

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