Lucia di Lammermoor ou le triomphe du belcanto à l'Opéra Grand Avignon

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Malgré la relative déception suscitée par la défection de Julie Fuchs dans le rôle-titre, c'est un triomphe qu'a remporté cette Lucia di Lammermoor de Gaetano Donizetti - donnée pour deux soirs à l'Opéra Grand Avignon -, avant tout grâce à une équipe de chanteurs qui a su porter haut les couleurs du belcanto. Créée à Marseille en 2007, cette production signée par Frédéric Bélier-Garcia – que nous avions commentée lors de sa reprise dans ce même théâtre il y a deux ans - s’avère toujours aussi stylisée et épurée, riche en images belles et fortes, aussi éloignée de l’exotisme de pacotille que des délires psychanalytiques que nous voyons la plupart du temps.

Déjà présente dans la reprise phocéenne, Zuzana Markova reprend – avec brio - le rôle de Lucia à Avignon. La soprano tchèque se montre époustouflante dans la maîtrise de la ligne de chant autant que dans l'art des vocalises, mais il faut rendre également hommage à la précision et à la pureté de son émission, ainsi qu'à sa palette expressive des nuances et à sa science des pianissimi. Elle est sans conteste l'une des titulaires plausibles du rôle, même si l'investissement scénique pourrait gagner encore en vérité dramatique. 

Le ténor français Jean-François Borras séduit en Edgardo. Ses atouts ? Le timbre d’abord, naturellement prenant, suave et viril à la fois, bien adapté au rôle, et distillant un superbe jeu de couleurs et de nuances ; la franchise de l’émission ensuite, ferme et sonore sur toute l’étendue du registre. On prise aussi ses qualités de musicien et les belles sonorités chaudes de son médium : un talent qui ne fait que confirmer ses promesses au fur et à mesure des spectacles où nous le voyons distribué. Autre grand talent - l'une des étoiles montantes parmi les jeunes chanteurs français -, le baryton bordelais Florian Sempey (Enrico) dont on ne peut qu'admirer l'impeccable souplesse du chant, la noblesse désarmante du phrasé, en même temps que la noirceur et le mordant du timbre. De son côté, la basse sicilienne Ugo Guagliardo manque de profondeur dans le grave, mais confère, en revanche, une vraie présence au personnage de Raimondo, la plupart du temps engoncé dans la componction. Une mention, enfin, pour l'Alisa touchante de Marie Karall et l'Arturo incisif de Julien Dran, tandis que le Chœur maison – très bien préparé par Aurore Marchand - se montre à la hauteur de la tâche.

Dernière satisfaction de la soirée – malgré un cafouillage à la fin du deuxième acte -, la direction de Roberto Rizzi Brignoli qui, à la tête d’un Orchestre Régional Avignon-Provence en grande forme, rend justice à tous les raffinements de l’orchestration de Donizetti. Le chef italien parvient à imposer une lecture cohérente, vigoureusement théâtrale, soucieuse d’effets dans les paroxysmes dramatiques, mais également de transparence et d’élégance dans certaines introductions instrumentales. On portera enfin au crédit de Rizzi Brignoli son attention aux exigences du chant, et de l’indéfectible soutien qu’il apporte à ses chanteurs.

Une grande soirée de belcanto à l'Opéra Grand Avignon !

Emmanuel Andrieu

Lucia di Lammermoor de Gaetano Donizetti à l'Opéra Grand Avignon – les 24 & 26 avril 2016

Crédit photographique © Cédric Delestrade

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