Anna Bolena en version de concert à l'Opéra de Marseille

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Après avoir triomphée ici-même à l'Opéra de Marseille dans La Traviata et Lucia di Lammermoor (rôle repris peu après à Avignon dans la même production), Zuzana Markova était de retour dans la cité phocéenne pour affronter (en version de concert) un des rôles parmi les plus difficiles du répertoire, celui d'Anna Bolena, une des Reines qui a inspiré Gaetano Donizetti pour créer sa fameuse Trilogie Tudor. Victime d'une laryngite à la première, elle n'a pas pu donner la pleine mesure de son talent, mais même entièrement remise, quelques jours plus tard, avouons que le compte n'y était toujours pas, et que les moyens vocaux de la belle soprano tchèque ne sont pas (pour l'instant) ceux d'une Anna Bolena. La cantatrice réussit pourtant à s'imposer par son infaillible préparation technique, sa musicalité irréprochable, sa profonde connaissance du style belcantiste et son incontestable classe d'interprète. Dans une perspective résolument originale, loin de certain modèle callasien, elle triomphe de tous les obstacles sauf dans les paroxysmes du « Giudici ! ad Anna ! » ou de « Coppia iniqua » ; privée du poids vocal et dramatique requis par le rôle, elle semble alors perdre confiance dans ses possibilités avec des conséquences fâcheuses sur la crédibilité de son incarnation, sans parler d'aigus tirés voire acides.

Bien qu'annoncée souffrante, la mezzo italienne Sonia Ganassi ne fait qu'un bouchée du rôle de Giovanna Seymour, grâce à l'arrogance du timbre, la luminosité et la rondeur des aigus, et une présence affirmée. Révélée ici même dans Semiramide l'an passé, la basse italienne Mirco Palazzi brosse un portrait d'Enrico aussi noble que menaçant, avec un chant précis et un sens infaillible des nuances. De son côté, le ténor albanais Giuseppe Gipali se tire avec tous les honneurs de la tessiture inhumaine de Percy, taillée sur mesure pour Rubini : la richesse de son médium, la netteté de sa diction, la vibration de son phrasé font passer au second plan ses occasionnelles tensions dans l'extrême aigu. Après sa (formidable) triple composition dans Il Trittico messin du mois dernier, la jeune mezzo française Marion Lebègue enthousiasme à nouveau : le timbre est d'une remarquable homogénéité, sur une large tessiture de mezzo colorature qui devrait lui assurer un avenir certain. Enfin, Antoine Garcin (Rochefort) et Carl Ghazarossian (Harvey) complètent dignement le plateau.

Cette superbe soirée de belcanto n'aurait pu être totale sans la direction souple, nerveuse, précise et attentive du chef italien Roberto Brizzi-Brignoli, à la tête d'un Orchestre de l'Opéra de Marseille magnifique de précision et d'engagement. Dès les premières mesures, on est sous le charme d'une musique qu'on a trop rarement l'occasion d'entendre avec une telle qualité sonore, et l'on déplorera, dès lors, que la partition ait été ici amputée d'une bonne vingtaine de minutes de musique...

Emmanuel Andrieu

Anna Bolena de Gaetano Donizetti à l'Opéra de Marseille – Du 23 octobre au 2 novembre 2016

Crédit photographique © Christian Dresse

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