Un Elisir d'amore sibyllin à l'Opéra national du Rhin

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Quelques mois après son brillant Faust à l'Opéra de Lausanne, voilà un spectacle bien déroutant que le metteur en scène Stefano Poda signe - avec cet Elisir d'amore de Gaetano Donizetti - pour l'Opéra national du Rhin. Comme à Lausanne (et de manière générale), le démiurge italien prend à sa charge les décors, les costumes, les éclairages et même les chorégraphies, et crée un univers surréaliste, onirique et empli de symboles... qu'on peine cependant à relier à la fable naïve et bucolique du livret de Felice Romani. Poda imagine ici un univers où le végétal a tout envahi, des parois du décor à la voiture coccinelle d'Adina, jusqu'aux costumes du chœur et des solistes. Si un giganteque anneau trônait au milieu de la scène pendant toute la durée du Faust lausannois, c'est une immense pomme Granny Smith qui remplit ici le même office. Pivotant sur elle-même et s'entrouvant à l'arrivée de Dulcamara, c'est elle qui livre les élixirs miraculeux qui ont tôt fait de transformer – au sens premier du mot – tout le hameau : poussé(e) derrière un rideau tombé inopinément des cintres, chaque villageois(e) âgé(e) ou diminué(e) réapparaît jeune et pimpant(e)... jusqu'au curé de la paroisse qui ressurgit sous les traits d'un éphèbe adepte de SM tout moulé de cuir ! L'on rit beaucoup durant la soirée, mais reste que la scénographie – mentionnons également un énigmatique grand tas d'escarpins rouges, des coccinelles (l'insecte) omniprésentes sur les décors et les costumes etc.  – paraît « surdimensionnée » par rapport à l'histoire, et les intentions sibyllines de la proposition scénique quelque peu décalées en regard de la simplicité de l'ouvrage.

Joli timbre légèrement acidulé, phrasé délicat, aigus radieux, Danielle de Niese est une Adina de grande classe. Mutine, coquette, dotée d'un physique avantageux, la soprano australienne se fond dans son personnage avec un naturel parfait. Son Nemorino est campé par le fabuleux ténor espagnol Ismael Jordi - décidément enthousiasmant dans le répertoire donizettien (voir nos recensions de Maria Stuarda en Avignon et de Anna Bolena à Toulon). Il est en plus excellent acteur et son (très attendu) air « Una furtiva lagrima » révèle une suprême élégance dans le phrasé et des épanchements magnifiquement contrôlés.

De son côté, le baryton étasunien Franco Pomponi possède exactement le physique du rôle de Belcore – bellâtre à l'imposante carrure et au sourire carnassier -, et offre une interprétation pleine de panache. A son allure machiste, il ajoute une vraie aisance dans les vocalises, une élégance dans la ligne de chant et un timbre vibrant. Si le vétéran Enzo Capuano connaît toutes les ficelles du métier, campant un Dulcamara efficace scéniquement parlant, il a désormais du mal à maquiller ses faiblesses, avec un instrument qui ne répond hélas plus que par intermittences. Enfin, les quelques couplets dévolus à la soprano belge Hanne Roos attestent d'une belle élégance vocale et d'un timbre séduisant.

L'Orchestre Symphonique de Mulhouse n'est pas le parent pauvre de la soirée, loin de là, dirigé de manière énergique et pétillante par la cheffe britannique Julia Jones, à l'unisson d'un Chœur de l'Opéra national du Rhin musicalement et dramatiquement convaincant.

Emmanuel Andrieu

L'Elisir d'amore de Gaetano Donizetti à l'Opéra national du Rhin, jusqu'au 27 novembre 2016

Crédit photographique © Klara Beck

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