Un Cosi très réussi à l'Opéra de Marseille

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Après avoir fait les beaux soirs de plusieurs théâtres de l'Hexagone, le Cosi fan Tutte de Mozart, imaginé par Pierre Constant pour l'Atelier Lyrique de Tourcoing il y a vingt ans, aborde les bords de la Méditerranée, à l'Opéra de Marseille, sans avoir pris une ride. Modèle de simplicité et d'élégance, voilà une production qui s'attache à illustrer le propos de l'opéra, et à accompagner ce que racontent la musique et le livret. En ne cherchant pas à brusquer les personnages ou les situations, Pierre Constant nous laisse ainsi voir et entendre l'ouvrage de Mozart, sans faire écran. Cette fluidité est permise par le décor unique - et sans complication - de Roberto Platé (une paroi semi circulaire percée de portes et de persiennes qui sert d'abord de Hammam pour les hommes, puis de chambre à coucher pour les femmes), les (superbes) costumes on ne peut plus XVIIIe siècle de Jacques Schmidt et Emmanuel Peduzzi, ainsi que les lumières bienveillantes de Jacques Rouveyrollis, le tout sans la moindre faute de goût. Seul bémol, le fait qu'on ait relégué le Chœur de l'Opéra de Marseille dans les loges d'avant-scène, ce qui a nuit à leur cohésion autant qu'à leur justesse...

La distribution réunie à Marseille par Maurice Xiberras se révèle sans faille, et tous épousent avec verve et musicalité les méandres de l'écriture mozartienne. Pour commencer, le rapport des deux sorelle s'avère excellent : tour à tour semblables et différentes, sensibles et passionnées l'une et l'autre, chacune à sa manière. Après un « Come scoglio » d'une rare autorité, la soprano chinoise Guanqun Yu (Fiordiligi) ne cesse d'étonner par sa maîtrise technique et l'égalité d'une voix soumise, on le sait, à de redoutables sauts de registre. Déjà entendue dans le rôle de Dorabella - c'était à Montpellier il y a deux saisons -, la mezzo héraultaise Marianne Crebassa se montre toujours aussi remarquable comédienne et musicienne accomplie, se sortant avec tous les honneurs du difficile « Smanie implacabili », mené tambour battant par le chef.

Brillant Tonio le mois dernier à Lausanne, le ténor québecois Frédéric Antoun (Ferrando) subjugue une nouvelle fois grâce à un timbre radieux, une distinction vocale et un art de conduire la phrase qui font de sa prestation – et plus particulièrement de son air « Un'aura amorosa » - un moment de pur enchantement. Le baryton autrichien Josef Wagner ne lui cède en rien, incarnant un Guglielmo élégant et racé, à la voix impressionnante d'autorité et de souplesse mêlées. Du côté des manipulateurs, Marc Barrard, trop sensible et doux, ne transmet pas assez le cynisme d'un Don Alfonso - mais que la voix est belle ! -, tandis que celle d'Ingrid Perruche (Despina) commence à accuser le poids des ans, tout en prêtant à son personnage - en contrepartie - un aspect joyeusement désabusé qui sonne très juste.

Musicalement, le bonheur est sans mélange, grâce à la direction allante du directeur musical de la maison phocéenne, Lawrence Foster, qui obtient de l'Orchestre de l'Opéra de Marseille une homogénéité et une précision rares, avec notamment une Ouverture de fort belle facture.

Emmanuel Andrieu

Cosi fan tutte de W. A. Mozart à l'Opéra de Marseille – avril 2016

Crédit photographique © Christian Dresse

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