Julie Fuchs et Frédéric Antoun font délirer le public de l'Opéra de Lausanne dans La Fille du régiment

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Une salle comble de spectateurs - et chauffée à blanc - salue cette nouvelle production de La Fille du régiment de Gaetano Donizetti par un véritable triomphe. C'est essentiellement la prestation vocale des deux protagonistes qui déchaîne, à juste titre, l'enthousiasme d'une audience lausannoise généralement plutôt réservée.

En effet, il est difficile d'imaginer – hors Juan Diego Florez qui a fait du rôle son cheval de bataille - Tonio plus accompli que celui incarné par le ténor québécois Frédéric Antoun (qui nous a accordé une interview après la représentation). Grâce à une dynamique vocale extrêmement soignée, résultat d'une technique d'émission irréprochable, le chanteur est à même d'offrir un chant élégiaque toujours varié et expressif, sans que sa voix ne perde rien en projection et en homogénéité : « Pour me rapprocher de Marie » touche à la perfection absolue. Quant aux aigus, les célèbres neuf contre-Ut inclus dans l'air « Ah mes amis », ils sont tout simplement fulgurants. Une présence scénique totalement décontractée complète un portrait que l'on n'hésite pas à qualifier d'idéal.

Comme l'on pouvait s'y attendre aussi, la jeune étoile montante du chant français Julie Fuchs se joue de tous les pièges d'une écriture vocale virtuose avec une aisance déconcertante, électrisant l'auditoire dans une leçon de chant, au deuxième acte, proprement stupéfiante. Mais c'est plus encore dans les moments élégiaques qu'elle réussit des prodiges de phrasé et de différenciation des couleurs de timbre, dans la romance « Il faut partir » et la cavatine « Par le rang et par l'opulence », en particulier, deux petits bijoux de raffinement dans les contrastes dynamiques et d'expressivité. En découle une Marie douce et tendrement mélancolique, moins exubérante qu'une Natalie Dessay (dans la fameuse production de Laurent Pelly qui a tourné sur les plus grandes scènes européennes), mais tout aussi plausible.

Avec goût et talent, le baryton français Pierre-Yves Pruvot et la mezzo américaine Anna Steiger dessinent un Sulpice et une Marquise on ne peut plus divertissants, vocalement solides et scéniquement efficaces. Dans la désopilante farandole que devient l'arrivée des invités au château, juste avant l'épilogue de l'histoire, on salue le numéro facétieux et drolatique d'Alexandre Diakoff, Hortensius de grand luxe.

A la tête d'un Orchestre de Chambre de Lausanne précis et concerné, le chef italien Roberto Rizzi-Brignoli dépasse largement le cadre du professionnalisme honnête, pour imposer une lecture flexible, au rythme implacable, caractérisée par un réel souci de varier les coloris instrumentaux. De son côté, le Chœur de l'Opéra de Lausanne, fort bien préparé par Jacques Blanc, manifeste un plaisir évident et s'investit sans compter.

Quant à la proposition scénique, en transposant l'intrigue à l'issue de la Première Guerre mondiale – les soldats sont ici tous des « gueules cassées » -, Vincent Vittoz – avec la collaboration d'Amélie Kiritzé-Topor pour les décors et Dominique Burté pour les costumes – essaie de soustraire cette œuvre à l'esthétique d'opérette qui en caractérise souvent les mises en scène, pour en souligner la « teinte » mélancolique ; intention louable et résultat somme toute satisfaisant, grâce aussi à une direction d'acteurs appropriée.

Un belle soirée lyrique à mettre au crédit de l'Opéra de Lausanne !

Emmanuel Andrieu

La Fille du régiment de Gaetano Donizetti à l'Opéra de Lausanne, jusqu'au 20 mars 2016

Crédit photographique © Marc Vanappelghem

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