Un bouleversant Elijah de Mendelssohn à Monte-Carlo

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Créé au Festival de Birmingham en août 1847, soit deux mois et demi avant la mort de son auteur, l’oratorio Elijah de Felix Mendelssohn est une œuvre grandiose en ses dimensions – et convaincante en son écriture –, mais qui ne jouit malheureusement d’une grande popularité que dans les pays anglo-saxons (il existe également une version allemande de l’ouvrage…). L’on ne peut donc que saluer l’initiative de Kazuki Yamada – directeur artistique et musical de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo –de l'avoir proposé à l’Auditorium Rainier III de Monaco, dans le cadre de la saison symphonique du Rocher. Quelle bonne idée il a eue également de faire venir l’excellent City of Birmingham Symphony Orchestra Chorus pour défendre l'écrasante partie chorale de cet extraordinaire ouvrage, l’une des expressions les plus accomplies du compositeur allemand. 

Elijah est construit tout entier autour du personnage-titre, l’Elie biblique de l’Ancien Testament, héros solitaire qui lutte contre les faux prophètes et les adorateurs de Baal, et qui se voit menacé de mort : il implore alors la bienveillance de l’Eternel, et finit par être enlevé au ciel dans un char de feu... La donnée d’Elijah (Elias dans la version allemande) est donc aussi imagée que dramatique, livrant à la musique un large champ d’expression, dont Mendelssohn tire parti avec une habileté sans pareille. Pour servir le héros, il est indispensable que le chanteur principal en ait le format, et c’est le cas avec le baryton-basse britannique Matthew Brook, qui nous avait déjà enchantés dans Ariodante de Haendel à l’Opéra de Stuttgart, et qui renouvelle ici notre enthousiasme, grâce à la beauté du timbre, à son émission péremptoire, à la justesse de sa diction, mais aussi à sa palette expressive suffisamment variée. Et si quelques coups de glotte sont à déplorer en première partie, il parvient dans la seconde à traduire la profonde humanité de son personnage, élevant la musique vers les sommets dramatiques requis par la partition. Autour de lui, trois excellents chanteurs, endossant chacun plusieurs rôles. Dans les parties pour soprano, l’anglaise Keri Fuge – qui nous avait, quant à elle, séduits dans Médée (rôle de Créuse) à Genève en mai dernier – fait à nouveau valoir la beauté de sa voix, toute de fraîcheur et de lumière, notamment quand elle interprète le rôle de la Veuve (de bouleversante façon...). Plébiscitée deux mois avant sa consœur, dans Tristan und Isolde (rôle de Brangäne) à l’Opéra de Montpellier, la mezzo Karen Cargill envoûte également, livrant des arias pétries d’humanité. De son côté, le ténor britannique Robert Murray (Obadias, Achab) offre un organe corsé et claironnant à la fois, dont le timbre se fait d’emblée remarquer par sa belle couleur.

Enfin, le chef japonais (ancien Lauréat du fameux Concours International de Besançon) dirige avec un superbe sens de l’architecture et une rare profondeur de sentiments, sans jamais sacrifier ni le lyrisme, ni la majesté de la sublime partition de Mendelssohn. Son souci du détail nous révèle même des facettes méconnues de la musique, admirablement servie par un Chœur de Birmingham et un OPMC tout simplement en état de grâce...

Un concert à marquer d'une pierre blanche !

Emmanuel Andrieu

Elijah de Felix Mendelssohn à l’Auditorium Rainier III de Monte-Carlo, le 3 novembre 2019

Crédit photographique © Emmanuel Andrieu

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