Un Barbiere sauce chili à l'Opéra national du Capitole

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« Elle peut vraiment tout faire », se dit-on après sa Rosina triomphale dans Le Barbier de Séville à l’Opéra National du Capitole. Eva Zaïcik nous avait avoué languir d'interpréter ce rôle dans une interview réalisée peu après le premier confinement. Certes, on note quelques tensions dans quelques rares aigus tendus, mais il ne s’agit que de vétilles, tant la mezzo française nous éblouit par la constance de sa voix opulente, au long d’un large registre, avec un bas médium solide et sensuel, une facilité dans les vocalises et autres acrobaties rossiniennes, sans parler de ses talents de comédienne (épatants autant dans la farce que dans le drame), de son enthousiasme, de son sex-appeal enfin. Cette Rosina, bouillonnante de vie, et chantée avec raffinement, destine maintenant Eva Zaïcik à d’autres grands emplois du XIXe italien !

A ses côtés, Christophe Ghristi a su réunir un plateau de la même eau, à commencer par le Figaro que toutes les grandes scènes internationales s’arrachent désormais, le baryton bordelais Florian Sempey (déjà entendu dans le rôle à l’Opéra de Marseille en 2018). Ce dernier arrive sur le plateau en Vespa (photo), ce qui arrache des rires aux spectateurs, avant même qu’il n’ait commencé son numéro de « factotum ». Pour le reste, on sait qu’il crève l’écran dans chacun de ses personnages, et qu’à une prononciation parfaite de l’talien, il adjoint une voix splendidement timbrée et tonitruante. En mafieux de la pègre locale, le toulousain Kévin Amiel campe un exquis Almaviva, fin et racé, séducteur impénitent et inépuisable dans sa (con)quête de la belle Rosina. Et ses ornementations séduisent, tout comme la clarté et la beauté de son timbre. Quant à Paolo Bordogna, il demeure un maître du chant sillabato, qu’il semble délivrer avec toujours plus de vélocité, apportant à Bartolo toutes les ressources de son tempérament comique. Même si le poids des ans et ses outrages commencent à se faire sentir sur la voix de Roberto Scandiuzzi, il n’en demeure pas moins un Basilio de référence. Une attention devra également être portée à la piquante Berta de la soprano roumaine Andreea Soare, à la voix saine, et à qui on a préservé ici le délicieux aria di sorbeto « Il vecchiotto cerca moglie ». Enfin, Edwin Fardini est un Fiorello très présent, tant scéniquement que vocalement. 

Il faut dire aussi que tout ce joli petit monde est impeccablement tenu par le chef italien Attilio Cremonesi (déjà dans la fosse du Capitole pour Il Turco in Italia du même Rossini en 2016) : pas le moindre décalage, une maîtrise idéale des crescendi et des accelerandi, un volcanisme de tous les instants, auquel l’Orchestre National du Capitole répond avec brio et enthousiasme.

Quant à la mise en scène, confiée à Josef Ernst Köpplinger, elle joue la carte de l’outrance et du grotesque, mais toujours avec bon goût, et déplace l’action dans quelque ville mexicaine au tournant des années 60/70 (les projections d'épines de cactus et la présence de nombreux Mariachis pendant la sérénade du I en attestent). L’imposante scénographie (conçue par Johannes Leiacker) est posée sur une tournette et laisse apparaître deux environnements différents. Côté rue, la façade de la maison de Bartolo qui jouxte une maison close en bas de laquelle trois péripatéticiennes (une blonde, une brune et une rousse) aguichent toutes les personnes de sexe masculin, quand bien même deux prêtres en goguette ! On apprend plus tard que c’est Berta, dont le rôle de bonne n’est qu’une couverture, qui est leur maquerelle, tandis que Figaro les ravitaille, entre autres choses, en préservatifs ! Ce grand mur pivote sur lui-même ensuite pour laisser place à l‘intérieur de la maison de Bartolo, avec son grand salon très sixties, son cabinet de musique avec piano, et surtout la chambre rose bonbon de Rosina, en jeune fille romantique qu’elle est (elle-même porte une robe de la même couleur). Pour autant, le metteur en scène abuse des saynètes secondaires qui nous distraient souvent d’intrigues accessoires. Des rajouts parfois inutiles qui, cependant, laissent l’oreille disponible à cette lecture enjouée du Barbiere

Emmanuel Andrieu

Il Barbiere di Siviglia de Gioacchino Rossini à l’Opéra National du Capitole de Toulouse, jusqu’au 29 mai 2022

Crédit photographique © Mirco Magliocca
 

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