Streaming : Anna Netrebko était Anna Bolena pour la première fois (au MET)

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Moins de dix jours après Adriana Lecouvreur, on retrouve Anna Netrebko cette fois dans Anna Bolena de Gaetano Donizetti, toujours grâce au Nightly Met Opera Streams qui offrent l'opportunité aux mélomanes du monde entier d’assister quotidiennement à des opéras dispensés en streaming, piochés parmi l’incroyable trésor de captations vidéographiques que possède le Metropolitan Opera de New-York. Daté de septembre 2011, le spectacle marquait le premier épisode d’une Trilogie Tudor signée par l’Ecossais David McVicar (également signataire de la Lecouvreur précitée), mais valait surtout pour la présence incandescente de la diva russo-autrichienne, six mois après sa prise de rôle à la Wiener Staatsoper, dans un rôle mythique ressuscité par Maria Callas au milieu des années cinquante au Teatro alla Scala de Milan. 

Et c’est une prestation qui mérite d'être d’autant plus saluée que les deux précédentes incursions de la Netrebko dans le répertoire belcantiste au Met (I Puritani en 2007 et Lucia di Lammermoor en 2009) ne nous avaient, à titre personnel, guère convaincus à l'époque. Certaines subtilités propres au belcanto sont – cette fois -– autrement mieux maîtrisées : les suraigus sont gérés plus proprement, les consonnes sont ici liées avec plus de fermeté dans la ligne vocale, quand les passages legato brillent d'une beauté plus authentique. Bref, elle ne se contente pas de faire seulement du beau son, mais parvient aussi et surtout à mettre l’accent sur le sens du texte. Le fameux « Giudici ad Anna » prend ainsi des accents callassiens, et toute la longue scène finale s’avère jouissive tant la cantatrice parvient à établir une intensité dramatique qui va crescendo ; l'air « Al dolce guidami » est délivré avec d’infinies nuances et se conclut sur un pianissimo extatique. Enfin, le redoutable « Coppia iniqua » est interprété avec une farouche détermination, et même un courroux, qui soulèvent l’enthousiasme du public new-yorkais (vidéo ci-dessous).

Sa compatriote Ekaterina Gubanova lui donne une réplique très autoritaire en Seymour grâce à une émission qui, cependant, trahit son appartenance à l’école slave. Certaines notes fixes et une légère gêne dans les passages de vocalisations rapides ne retirent néanmoins en rien l’impact de son incarnation. Troisième russe de la soirée, Ildar Abdrazakov n’a pas de peine à traduire, tant scéniquement que vocalement, toute l’agressivité et la violence du Roi Henri VIII. Mais il est surtout confondant de santé, d’aisance, d’élégance stylistique et enfin d’intelligence musicale. De son côté, le ténor étasunien Stephen Costello (Lord Percy) démontre dans la cavatine puis la cabalette du premier acte (« Vivi tu ») qu’il possède toutes les armes requises pour satisfaire à sa partie, joignant facilité d’émission à une ligne de chant superbement contrôlée. Enfin, la mezzo américaine Tamara Mumford fait de son mieux pour rendre crédible le personnage assez pâle de Smeton, le page amoureux d’Anna Bolena, tandis que Keith Miller est loin de démériter dans celui de faire-valoir de Rochefort.

La mise en scène est une autre des grandes joies de la soirée. David McVicar – avec l'aide de Robert Jones pour la scénographie et Paule Constable pour les lumières – signe un spectacle très traditionnel qui cherche à souligner le développement des sentiments et des états d’âme plutôt qu'à accentuer les rebondissements et effets de scène auxquels il n'a que peu recours, si ce n’est pour la spectaculaire scène finale : on y voit Netrebko dégager sa nuque pour le bourreau qui apparaît par les cintres pour commettre sa sinistre besogne. De leurs côtés, les costumes de Jenny Tiramani sont tous aussi magnifiques les uns que les autres, et leur caractère vintage ajoute à la crédibilité historique farouchement défendue ici. L’homme de théâtre écossais n'est certainement pas un metteur en scène transgressif, mais ici au Metropolitan Opera, il semble encore plus prudent de ne pas offenser la sensibilité des abonnés...

Au pupitre, le chef italien Marco Armiliato mène les troupes du Metropolitan Orchestra avec une précision métronomique, sa direction un rien trop sage ayant tendance à émousser l’impact des scènes où la tragédie atteint son paroxysme, notamment au cours des fins d’actes. Fidèle à son habitude, il a également effectué quelques coupures ici et là, et a supprimé les reprises de nombreuses cabalettes.

A suivre, dans la foulée de cette Anna Bolena, et toujours sous la férule scénique de David McVicar : une Maria Stuarda avec Joyce DiDonato dans le rôle-titre et Roberto Devereux avec Sondra Radvanovsky en Elisabetta !

Emmanuel Andrieu

Anna Bolena de Gaetano Donizetti (en streaming) sur le site du Metropolitan Opera - disponible gratuitement (pour une durée de 24h) à partir du 27 avril à 19h30 (heure de New York, et le 28 à 1h30 du matin, heure de Paris) dans le cadre des Nightly Met Opera Streams, puis de manière payante via l'offre Met on Demand.

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