Ruggero Raimondi met en scène La Damnation de Faust à l'Opéra Royal de Wallonie

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Pour sa seconde mise en scène à l’Opéra Royal de Wallonie – après Attila de Verdi (que nous avions vu à l’Opéra de Monte-Carlo) -, l’illustre basse italienne (reconvertie dans la mise en scène) Ruggero Raimondi n’a pas choisi la facilité en se confrontant à La Damnation de Faust de Hector Berlioz. Car on sait avec quel mal doivent se débattre les metteurs en scène pour parvenir à rendre crédible et passionnante cette partition assez hybride. Conçu comme un oratorio, baptisé « opéra de concert » et représenté sous cette forme la première fois à l’Opéra-Comique le 6 décembre 1846 (devant un parterre clairsemé), cette œuvre (également nommée Légende dramatique), à l’architecture complexe, est davantage une suite de morceaux symphoniques et vocaux qu’un opéra à proprement parler. Son adaptation pour la scène ne fut d’ailleurs réalisée que dans les années 1860 par Raoul Gunsberg, qui supprima pour l’occasion quelques passages et bouleversa l’ordre des scènes.

Ruggero Raimondi parvient à échafauder un spectacle habile qui, sans être particulièrement novateur, a le mérite d’illustrer et de donner vie à cette intrigue à la linéarité cascadante. Les tableaux se succèdent fluides et prestes, transportant le spectateur d’un monde à l’autre au gré des visions infligées à Faust. Il évite surtout la monotonie et les creux inévitables dans les longs passages privés de toute action en recourant à de nombreuses images vidéo projetées sur un voile de tulle qui sépare la salle de la scène. Elles sont la plupart du temps redondantes à l’action - scènes de guerre ou visions d’une Nature souveraine -, mais rythment néanmoins de façon intelligente le déroulement de la soirée. De son côté, le chef belge Patrick Davin dirige cette partition reconnaissable entre toutes d’une main ferme et incisive, réussissant à instaurer une parfaite lisibilité du drame grâce à un Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège aux pupitres homogènes : c’est par touches subtiles qu’il glisse d’une atmosphère à l’autre, domptant chaque sursaut, chaque transition abrupte avec clairvoyance et doigté. L’on n’en dira pas autant du chœur maison, particulièrement retors ce soir, à la fois braillard et désordonné…

Faust sur toutes les grandes scènes internationales dans les années 2000 – comme dans la production de Robert Carsen à l’Opéra Bastille en 2004 ou celle de Olivier Py au Grand-Théâtre de Genève en 2008 -, Paul Groves a perdu un peu de la puissance de la voix et de l'émail du timbre que nous admirions tant alors. Il reste cependant un chanteur racé, à la diction châtiée, et au style impeccable. Quant à Ildebrando D’Arcangelo, il campe un Mephisto presque parfait. Presque, car si, vocalement, la basse italienne chante avec une rare élégance, un timbre profond et une présence affirmée, il ne parvient cependant pas à faire un sort au texte avec l’ambiguïté que savent y mettre (généralement) les interprètes de culture française. Le baryton belge Laurent Kubla complète le trio masculin en interprétant un excellent Brander. Enfin, la Marguerite de la mezzo géorgienne Nino Surguladze ne manque pas de charme, mais plutôt de noblesse. Son chant lourd et rocailleux dans le bas médium, ainsi que sa tendance à chanter forte là où on attend des demi-teintes, prive son interprétation de la somptueuse romance « D’amour l’ardente flamme » du mystère qui doit normalement la nimber.

Emmanuel Andrieu

La Damnation de Faust de Hector Berlioz à l’Opéra Royal de Wallonie, jusqu’au 5 février 2017

Crédit photographique © Lorraine Wauters
 

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