Rigoletto au Grand-Théâtre de Genève

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Etrennée au Festival d'Aix-en-Provence en juillet 2013, cette production du Rigoletto de Giuseppe Verdi, signée par le productif metteur en scène Robert Carsen, a emballé les uns, agacé les autres, et n'a en tout cas laissé personne indifférent. Comme souvent, le canadien transpose l'action dans l'univers du théâtre, ou plus exactement - cette fois - dans l'univers du cirque. Rigoletto apparaît ainsi déguisé en clown (« Cette idée de l'homme qui rit à l'extérieur mais qui pleure à l'intérieur » explique Carsen), sous un chapiteau (beau décor signé par son fidèle scénographe Radu Baruzescu), tandis que les courtisans du Duc sont répartis dans les gradins, tels des spectateurs-voyeurs. Car Robert Carsen force ici le trait : Rigoletto brandit ainsi de façon obscène sous leur nez une poupée gonflable, tandis que sur la piste du cirque des filles façon « Crazy horse » tournent en rond sous le fouet d'un dompteur-maître de cérémonie. Des images qui renvoient au « Traitement des femmes absolument terrible dans l'ouvrage de Verdi » commente Carsen. Si les idées maîtresses sont maintenues à travers les actes suivants, il reste qu'à cette vision particulière de l'ouvrage de Verdi, où tout est suggéré avec insistance, on peut préférer une interprétation plus proche des intentions du compositeur et de son librettiste.

A côté du Sparafucile de Sami Luttinen, qui tire de sa basse puissante d'inquiétantes inflexions, et de la Maddalena d'une ardente sensualité scénique et vocale d'Ahlima Mhamdi, la soprano géorgienne Sophie Gordeladze campe une Gilda au chant d'abord un peu frêle, mais qui gagne ensuite en fermeté de ligne. De son côté, le jeune russe Georgy Vasiliev est un ténor au beau timbre lyrique, mais au souffle un peu court, ayant souvent du mal à braver l'orchestre ; son physique en fait, scéniquement, un Duc idéal. L'élément majeur de la distribution reste ainsi le formidable baryton polonais Andrzej Dobber – enthousiasmant Simon Boccanegra à l'Opéra de Lyon en juin dernier – au timbre chaleureux et d'une belle expansivité, dont l'interprétation du rôle-titre, intensément expressive dans le lyrisme comme dans la violence dramatique, sont justement acclamés par le public genevois.

Reste le cas de la direction d'Alexander Joel. Elle semble bien routinière en première partie, avant de réserver quelques beaux moments par la suite, mais une certaine torpeur de l'ensemble de la soirée lui incombe probablement. Il semble n'avoir pas toujours osé prendre les options claires qui peuvent donner vie et homogénéité à l'ouvrage. Dommage...

Emmanuel Andrieu

Rigoletto au Grand-Théâtre de Genève, jusqu'au 16 septembre 2014

Crédit photographique © Carole Parodi

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