Reprise de Parsifal selon Tatjana Gürbaca à l'Opéra de Flandre

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Avec cette production de Parsifal signée par Tatjana Gürbaca (dont nous venons de voir une régie de Werther à l’Opéra national du Rhin) pour l’Opéra de Flandre (étrennée in loco en 2013), on ne pourra plus prétendre que l’ultime opus lyrique de Richard Wagner est statique et qu’il ne s’y passe quasiment rien. Avec un incontestable sens de la scène, la metteure en scène allemande nous propose un Parsifal inégal et résolument profane (pas de rédemption ici ni pour le rôle-titre, ni pour Kundry…), mais d’une incroyable force dramatique pour ses moments les plus réussis. Malheureusement la « relecture » de Gürbaca n’est pas d’une complète cohérence, et malgré quelques brillantes idées, magistralement réalisées, sa transposition actuelle ne fonctionne que partiellement, faute de continuité dramaturgique. Avec son décorateur Henrik Ahr, elle a imaginé – pour unique décor - un grand cyclorama blanc sur lequel vient bientôt ruisseler des lames de sang, en référence au péché originel - et à l’acte sexuel auquel Amfortas et Kundry s’adonnent pendant l’ouverture. Le cygne que tue Parsifal prend les traits d’un enfant, tandis que Gurnemanz se déplace en chaise-roulante. Au II, les filles-fleurs sont pour nombre d’entre elles de vieilles femmes habillées en tutu. Une des très belles images du spectacle est cette ronde que Gurnemanz et Parsifal forment avec des gens de tout sexe et de tout horizon générationnel, ou encore le fameux Graal ici représenté par une femme enceinte... mais l’on a parfois du mal à comprendre – à l’instar de l’énigmatique Werther précité – où Gürbaca veut en venir…

La principale satisfaction vocale de la soirée est le Parsifal du ténor américain Erin Caves – solide Tristan à Bordeaux il y a trois saisons – qui fait preuve d’un investissement et d’une expressivité admirables, de pair avec un chant magnifique. La mezzo allemande Tanja Ariane Baumgartner – déjà remarquée dans un Vaisseau fantôme à l’Opéra de Francfort en 2015 – campe une Kundry dramatiquement hallucinante, et surprend par la qualité de sa voix ainsi que la maîtrise qui lui permet de triompher de toute la tessiture du personnage, sans forcer ses moyens naturels. A côté du Klingsor plutôt sommaire, mais puissant et mordant, de Kay Stiefermann, et de l’inhabituellement jeune Titurel de la basse finlandaise Markus Suikhonen, le baryton allemand Christoph Pohl compose un étonnant Amfortas, d’un expressionisme torturé, mais parfaitement respectueux de la ligne de chant. Enfin, le Gurnemanz de la basse slovaque Stefan Kocan offre une voix grave et puissante, toujours intensément soutenue.

Avec un premier acte mené presto en 1H38 montre en main, Cornelius Meister – qui nous avait éblouis in loco dans autre ouvrage de Wagner en 2016 – offre une direction plutôt emportée, qui sait faire un sort à chaque péripétie dramatique, tout en évitant adroitement tout alanguissement excessif. Surtout, le chef allemand réussit magnifiquement – à la tête d’un Chœur et d’un Orchestre de l’Opéra de Flandre exceptionnels – les deux célébrations des actes I et III.

Emmanuel Andrieu

Parsifal de Richard Wagner à l’Opéra de Flandre (Anvers), jusqu’au 4 avril 2018

Crédit photographique © Annemie Augustjins
 

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