Philippe Jaroussky chante Haendel et Vivaldi à la Halle aux grains de Toulouse

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Deux jours après avoir dirigé son Ensemble Artarserse pour la première fois devant un public dans une mémorable version de concert d'Il Primo Omicidio de Scarlatti à l’Opéra de Montpellier, Philippe Jaroussky retrouvait sa casquette de chanteur : toujours avec son orchestre baroque, il proposait un récital dédié à Georg Friedrich Haendel et Antonio Vivaldi à la Halle aux grains de Toulouse. Plusieurs fois reporté à cause de la pandémie, il a dû être dédoublé sur deux soirées (les 27 et 28 mai) pour satisfaire toutes les demandes, le concert affichant déjà complet à une époque où la jauge était à son maximum.

Délaissant pour un temps les compositeurs méconnus, voire inconnus, qu’il s’attache à défendre et faire connaître au public (nous y reviendrons bientôt dans une interview qu’il nous a accordée), Philippe Jaroussky navigue ce soir dans une sphère qu’il connaît bien depuis vingt ans qu’il côtoie régulièrement ces deux compositeurs, soit dans des intégrales d’opéras, soit lors de récitals qui leur sont consacrés. Mais les arie qu’il a retenues sont loin d’être les plus célèbres, même si la cantate « Cessate omai cessate » du Prete rosso est au programme de tout récital vivaldien qui se mérite : reconnaissable entre tous, le timbre ne cesse de captiver et force est de constater qu’il se pare désormais de couleurs plus capiteuses dans le registre grave… mais aussi d’une puissance et d’une projection qu’on ne lui connaissait pas ! Vivaldi encore avec deux extraits tirés de son OlimpiadeMentre dormi » et « Gemo in un punto e fremo »), et disons d’emblée que l’audience n’aura pu que frémir devant le premier, avec un trille qui s’éteint aux confins de l’audible, à l’instar des flots qui s’échouent sur le rivage…

C’est avec la très rare Serenata intitulée Il Parnasso in FestaHo perso il caro ben ») qu’il débute la partie haendélienne, et l’on goûte avec lui le plaisir qu’il prend, de manière manifeste, à dire le texte, dans une véritable fusion avec les notes. La plainte du personnage est ici délivrée avec une économie de moyens qui serre les cœurs. La même émotion se dégage de l’air « Ombra Cara » (Radamisto), dont il parvient à saisir et à rendre les nuances les plus subtiles, pour le plus grand bonheur d’un public que l’on sent à la fois captivé et ému. Mais Haendel, c’est aussi la virtuosité et l’éclat, ce qu’il démontre à travers l’air « Vile, se mi dai vita » (tiré du même ouvrage), dans lequel le contre-ténor semble vouloir défier ses limites vocales, en même temps qu’il donne la pleine mesure de ses talents d’acteur : oubliées la retenue et la timidité auxquelles on a longtemps associé le chanteur !

Mais il faut absolument adjoindre à cette réussite son Ensemble Artaserse (fondé en 2002) : avec un effectif pourtant limité à quinze instrumentistes, il ne sonne jamais petit ou étriqué dans le vaste vaisseau hexagonal qu’est la Halle aux Grains. Pour que Philippe Jaroussky puisse se reposer la voix (lors d’un spectacle donné sans entracte), la phalange baroque interprète notamment des Concerti grossi issus de la plume du caro Sassone, dans lesquels les musiciens affichent une belle complicité et un bonheur de jouer éminemment communicatif.

Déchainé, le public obtient deux bis : le bouleversant « Sento in seno » (tiré du rarissime Tietiberga de Vivaldi) et « La voglio, e l’otterò ! » (« Je la veux, et je l’aurai ! »), extrait de Serse de Haendel, dont la théâtralité exacerbée finit de rendre le public totalement pazzo !

Emmanuel Andrieu

Philippe Jaroussky dans un récital Haendel/Vivaldi à la Halle aux grains de Toulouse, le 27 mai 2021

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