Orfeo ed Euridice au San Carlo de Naples

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Après 2003 et 2008, c'est la troisième fois que le Teatro di San Carlo de Naples reprend cette production « chorégraphique » d'Orfeo ed Euridice de C. W. von Gluck, donné ici dans la version viennoise de 1762, d'un impact dramatique supérieur à la version parisienne de 1774 (même si l'on peut regretter l'absence des superbes ajouts effectués par le compositeur).

Célèbre chorégraphe new-yorkaise, Karole Armitage concentre l'essentiel de sa mise en scène sur la danse, exploitant toutes les possibilités du large plateau du San Carlo, avec la complicité de son décorateur Brice Marden, dont le travail se résume à quelques panneaux stylisés et striés de marbrures. Par quelques mouvements chorégraphiques, Armitage réussit à évoquer des images et même des « tableaux » proprement animés. Les deux chanteurs principaux sont dédoublés par deux danseurs solistes, mais c'est le ballet des furies qui laisse l'impression la plus forte, en parfaite osmose avec la violence de la musique.

Dans le rôle d'Orfeo, Daniela Barcellona ne déçoit pas les attentes : sa parfaite musicalité lui permet une superbe construction des phrases et une ornementation des plus pertinentes. On admire également chez la cantatrice italienne la belle couleur ambrée du grave et une ligne de chant d'un raffinement extrême. Pénétrée de ce qu'elle chante, elle sait faire passer toutes les nuances du texte malgré le peu de soutien qu'elle reçoit de l'orchestre (on va y revenir).

Sa compatriote Cinzia Forte campe une excellente Euridice, avec un timbre beau et corsé, et une technique affirmée. Signalons qu'elle a chanté le rôle-titre de Traviata in loco en début de saison avec beaucoup de succès. Enfin, la mezzo italienne Giuseppina Bridelli apporte au personnage d'Amore la touche de vivacité et de fantaisie qui lui sied.

Dommage - dès lors - que la qualité du chant soit plombée par la direction du chef italien Francesco Ommassini, qui tire l'œuvre vers le classicisme le plus dur, ce qui n'est pas un contresens, sauf pendant les récitatifs, devenus de véritables pensums, car englués dans un legato lénifiant. Privilégiant un son d'orchestre ciselé et soyeux, Ommassini ne met pas non plus assez en valeur les soli instrumentaux tandis qu'à l'inverse, le Chœur du Teatro di San Carlo, sonore et engagé, sacrifie souvent l'homogénéité à l'expression (acte II).

A sa création, Orfeo ed Euridice était perçu comme une œuvre qui se démarquait du style baroque, et Gluck comme un pont reliant le baroque au bel canto. Sous cet éclairage, le style épuré de cette production du San Carlo est parfaitement approprié pour un opéra considéré, en son temps, comme un ouvrage moderne.

Emmanuel Andrieu

Orfeo ed Euridice de Gluck au Teatro di San Carlo de Naples, jusqu'au 4 juin 2015

Crédit photographique © Teatro di San Carlo

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