Monsieur Choufleuri d'Offenbach enchante le public d'Opéra des Landes

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En nos temps troublés et angoissés, Jacques Offenbach est une thérapeutique infaillible pour nous donner quelques instants de gaîté saine ; et sa musique toujours vive, étincelante, pleine d’inventions, d’une verve et d’une veine mélodique irrésistibles, nous redonne une euphorie toujours bienvenue. Après le très dramatique Pelléas et Mélisande brillamment défendu quelques jours plus tôt, l’Opéra des Landes (c’est-à-dire Olivier Tousis, son trépidant directeur artistique qui signe également la mise en scène) a donc fait le choix de la légèreté en proposant, comme second titre lyrique du festival, le drolatique Monsieur Choufleuri restera chez lui le…

Cet ouvrage est bien connu des amateurs du petit Mozart des Champs-Elysées, à la fois pour son livret signé par « Mr de Saint-Rémy » (autrement dit, le Duc de Morny, demi-frère de Napoléon III) et, surtout, pour son grand « trio italien » ici largement étoffé par de nombreux autres tubes lyriques pour rallonger la soirée, permettant au spectacle de durer 1h15 au lieu des 45 mn à l’origine – avec des airs extraits de La Chauve-Souris, des Mamelles de Tirésias, de La Périchole ou encore de Don Pasquale avec le duo extatique « Tornami a dir che m’ami ». Rappelons que le riche Choufleuri, pour faire accourir les foules dans son salon, engage trois étoiles du chant – la soprano Henriette Sontag, le ténor Rubini et la basse Tamburini – qui, hélas, se décommandent au dernier moment… Il appartient dès lors au père, à la fille et à l’amant de se faire passer pour eux, dans un italien plus qu’approximatif, et sur un pastiche féroce des canons artistiques de l’époque.

La scénographie de Mr Choufleuri, signée par Kristof T’Siolle, s'insère volontairement dans celle de Pelléas dont il avait également imaginé les (sobres) décors. Le château de Pelléas comme l'appartement bourgeois de Choufleuri sont les acteurs principaux des deux ouvrages. L'économie de moyens visuels de Pelléas demeure chez Choufleuri (les chaises noires sont volontairement identiques, elles sont tout autant étrangères au château médiéval qu'au salon bourgeois du début du XIXème siècle). Si le rôle-titre est engoncé dans une riche robe de chambre bourgeoisement d’époque, Babylas apparait en peintre du bâtiment tandis qu’Ernestine apparaît en écolière anglaise, ce qui déclenche un premier éclat de rires parmi le public. Les costumes de Juliette Rouge, les lumières de Frédéric Warmulla, et la direction d'acteurs d’Olivier Tousis, par opposition, font largement référence à l’œuvre. Ainsi pour les couleurs chamarrées et l'excentricité des costumes ou pour l’inventivité et la subtilité des éclairages, quand la direction d'acteurs se rapproche de la comédie de boulevard, avec une certaine liberté laissée aux artistes pour insérer quelques lazzi, et autres touches personnelles. Olivier Tousis fait ici le pari du burlesque et n’hésite pas à confronter certaines parties du texte à notre monde contemporain (extraits de chanson de Desireless ou de Céline Dion), ne lésinant ainsi ni sur les anachronismes ni sur les gags. Les chanteurs animent par ailleurs l'austère façade agrémentée du fameux échafaudage, qui passe de la fonction de tour d'angle de l'austère château à celle d'accès au toit par lequel surgit Babylas. Ces deux fonctions sont fort différentes, mais l’équipe artistique a choisi de laisser l'objet à sa fonction première, laissant planer un doute sur sa présence devant la façade de la grande maison bourgeoise du Parc de la Pandelle. Non, le château n'est pas (encore) en rénovation, mais peut-être le sera-t-il bientôt, devenant tout fringant, et par extension le lieu de référence du genre opéra en Sud Aquitaine ?

Vocalement, on se trouve face à une troupe qui chante avec entrain, sans que la mécanique scénique et musicale ne se grippe une seule seconde. Il faut saluer en premier lieu la superbe prestation de la soprano toulousaine Céline Laborie en Ernestine (qui foulera bientôt les planches du Théâtre du Capitole dans La Flûte enchantée) : son timbre cristallin et son engagement total attirent autant l’œil que l’oreille. Le bondissant Babylas de Pierre-Emmanuel Roubet ravit également l’ouïe avec son timbre élégiaque et puissant à la fois, tandis que le valet Peterman de Camille Artichaut se montre absolument désopilant, exagérant à merveille un certain accent belge. De son côté, Hervé Hennequin maîtrise toutes les ressources du comique propre au rôle-titre, tandis que le couple Palandard (Eugénie Berrocq et Maela Vergnes) s’acquitte avec brio de son numéro comique.

Emportés avec joie par une mise en scène simple mais drolatique à souhait, les chanteurs s’amusent donc comme des enfants sous la direction dynamique mais attentive de Philippe Forget et portés par les pianos vifs et chantants de Laura Nicogossian et Maurine Grais. Là encore, le public ne boude pas son plaisir et manifeste bruyamment sa joie d’avoir assisté à ce réjouissant spectacle !

Emmanuel Andrieu

Monsieur Choufleuri restera chez lui le… de Jacques Offenbach à l’Opéra des Landes (Soustons), jusqu’au 25 juillet 2021

Crédit photographique © Kristof T’Siolle

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