Pelléas et Mélisande à l'Opéra des Landes : une vraie réussite !

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Après que les deux premières représentations ont été contrariées par les aléas climatiques (nécessitant un repli vers la Salle Roger Hanin), la troisième et dernière soirée du Pelléas et Mélisande monté à l’Opéra de Landes pour son vingtième anniversaire a bel et bien pu avoir lieu dans le Parc de la Pandelle, devant la superbe demeure bourgeoise qui en est le centre, et qui avait déjà servi de « décor naturel » l’an passé pour un réjouissant Elixir d’amour de Donizetti.

Comme toujours à Soustons, c’est l’infatigable directeur artistique de la manifestation landaise, Olivier Tousis, qui règle également la mise en scène, assisté de son scénographe/compagnon Kristof T’Siolle. Ensemble, ils ont imaginé une structure métallique courant sur la façade de la maison, avec des entrées et sorties depuis les fenêtres (devant lesquelles apparaîtront des « veuves noires » en toute fin de représentation). Les accessoires sont réduits à l’essentiel : un trône pour le vieil Arkel, une épée pour le meurtre de Pelléas et un lit d’oreillers blancs pour le linceul de Mélisande. Les costumes sont intemporels, en lin, et oscillent dans un camaïeu allant du gris au brun. Le spectacle est donc d’une grande clarté, qui désigne les affects et incarne les personnages, et qui ose parfois casser les langueurs de Maeterlinck pour éclaircir certains non-dits. Mais si l’envoûtement opère pleinement, cela tient aussi à la magie des lieux, aux superbes éclairages évocateurs qui illuminent la façade alors que tombe peu à peu le jour, et surtout au climat onirique que dégage un appareil scénique réduit ainsi à l’essentiel.

Pour son premier Pelléas, le sémillant baryton Frédéric Cornille offre d’abord une diction qui coule avec un naturel irréprochable, et fait preuve d’une indéniable séduction physique et vocale. À l’élégance de son phrasé, il oppose un éclat qui tire son personnage loin de l’être efféminé auquel on le réduit trop souvent. La jeune Manon Lamaison incarne une Mélisande plus petite fille perdue que femme fatale, avec beaucoup de spontanéité, sa jeunesse et sa beauté faisant le reste pour ajouter à la crédibilité de son incarnation. Avec une voix fraîche et ductile, elle apporte une touche de lumière bienvenue dans ce contexte oppressant, tout en gardant jusqu’à la fin son mystère. Familier du rôle, le baryton-basse français Laurent Alvaro campe un Golaud de fière allure, d’une complexité fascinante. Il joue des sombres reflets de sa voix pour varier les intonations, passant de la compassion à la colère, puis au désespoir avec une vérité et une intensité dramatique qui ont touché en plein cœur l’audience. Thomas Dear campe un Arkel cacochyme et blanchi, avec des accents de gravité prophétique, et des couleurs de bronze dans l’extrême grave. De leurs côtés, Nathalie Espallier offre une émouvante scène de la lettre, avec sa présence altière, tandis que la jeune Faustine Egiziano campe un épatant Yniold, tout de vivacité. Enfin, homme-caméléon, Olivier Tousis s'octroie, avec beaucoup de bonheur, le rôle (si valorisant) du Médecin.

Femme-orchestre à elle toute seule, l’excellente pianiste Nathalie Dang combine précision et sensibilité, et surtout traduit à merveille la poésie sensuelle de Claude Debussy, et la mélancolie de ses évocations. Elle est aidée par le chef Philippe Forget, qui lui donne les départs, ainsi qu’aux artistes qu’il couve des yeux comme une poule ses poussins.
Avec un parterre plutôt bien fourni pour un ouvrage aussi exigeant dans le cadre d’un « petit » festival, les spectateurs n’ont pas boudé leur plaisir et ont manifesté leur satisfaction devant ce qu’il convient d’appeler une vraie réussite.

Emmanuel Andrieu

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy à l’Opéra des Landes (Soustons), le 18 juillet 2021

Crédit photographique © Emmanuel Andrieu

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